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L’histoire de l’orthodoxisme

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L’histoire de l’orthodoxisme

 

Un peu oublié dans l’Occident focalisé par la lutte Réforme  Contre Réforme, l’orthodoxisme est-il la véritable Eglise chrétienne ? Pour l’orthodoxe, cette question saugrenue ne se pose pas : il est évident, par définition, que son Eglise est celle du Christ par excellence, celle qui depuis deux mille ans suit fidèlement la tradition remontant directement à Jésus et à ses apôtres.

Au cours des premiers siècles de notre ère, l’expansion du christianisme s’est naturellement développée à partir de son foyer d’éclosion, la Palestine, vers les pays limitrophes tels que le Liban et * la Syrie, la Turquie, l’Egypte et la Grèce. Grâce au prestige de Pierre, Rome, première implantation occidentale, connut rapidement un rayonnement dépassant de loin l’importance de sa communauté. Malgré ce charisme le nombre des chrétiens d’Orient justifie le fait que les sept premiers conciles œcuméniques se soient tous tenus de ce côté du monde et, plus remarquable encore, sans la présence du « pape » alors simple évêque de Rome. Bref, à l’origine, le christianisme, né en Orient, était bien une religion orientale.

Pendant les premiers siècles les chrétiens étaient regroupés territorialement autour de leurs évêques qui s’étaient donné une large autonomie. Ils ne reconnaissaient à l’évêque de Rome, successeur de Saint Pierre, qu’une préséance protocolaire n’entraînant aucune subordination hiérarchique. Au début du IVe siècle un homme joua un rôle considérable dans la christianisation du monde et plus particulièrement dans l’orthodoxisme. C’est en effet en 312 que l’empereur Constantin aurait vu, en traversant la | France, une croix dans la lumière du soleil sur laquelle son œil aurait lu : « Par ce signe, tu vaincras ». Et curieusement, suite à ce message si peu chrétien (que n’oubliera pas Clovis en son temps), Constantin se convertit et la violence, pour longtemps, entra dans l’Église : à partir de ce point d’inflexion les chrétiens persécutés devinrent persécuteurs.

Le changement fut rapide : en 313 Constantin décrétait officiellement la tolérance de la foi chrétienne. Moins de cinquante ans

après, le christianisme était non seulement la religion la plus favorisée mais la seule reconnue par la législation. L’empereur prit encore deux décisions qui allaient profondément marquer l’évolution de la jeune Eglise. Premièrement il décida d’établir sa nouvelle capitale à Byzance qu’il rebaptisa Constantinople. Si ce transfert eut des motivations politiques et économiques, il résulta aussi de raisons religieuses : Constantin, en effet, estimait que l’ancienne Rome était trop païenne pour être la capitale de l’empire chrétien dont il rêvait. Aussi prit-il une décision radicale pour éviter la propagation du paganisme dans sa nouvelle capitale inaugurée en 330 tout rite païen y fut interdit. La deuxième décision capitale de Cons tan tin fut de convoquer à Nicée, en 325, le premier concile réunis Sant toutes les Eglises chrétiennes qu’il présida lui-même « comme l’envoyé céleste de Dieu ».

Jusqu’en 681 la vie religieuse fut dominée par les sept concile généraux qui, d’une part, fixèrent la structure de l’Église en insti tuant les cinq grands sièges ou patriarcats et, d’autre part, définirent les doctrines fondamentales de la foi chrétienne : la Trinité e l’incarnation. Ces conciles s’évertuèrent aussi à rechercher 1 Vérité afin que celle-ci ne soit pas dénaturée par les nombreuses hérésies qui foisonnaient : arianisme, nestorianisme, monophysisme, monothélisme…

Les querelles commencèrent très tôt, déjà sous Constantin lorsque Arius, prêtre d’Alexandrie, affirma que Jésus n’avait pas 1 nature divine du Père. Pour les orthodoxes, cette hérésie était insupportable : elle entraîna la guerre et la mort d’au moins di mille chrétiens, en Egypte notamment. Ensuite, Constantin h même fut attaqué par Donat, l’évêque de Carthage, qui dénonçai déjà et avec lucidité, la collusion entre l’Eglise et l’Etat, le « césar papisme », source de tous les futurs malheurs. Puis, durant pli d’un siècle (726-843), se développa une longue querelle au sujet d icônes. Dans la tradition orientale, les images des saints et des personnages bibliques devinrent peu à peu un moyen de recevoir d grâces particulières de Dieu. Pour les occidentaux, de telles pi tiques ressemblent fort à de l’idolâtrie et lorsqu’en 726 l’Empereur Léon III ordonna de détruire toutes les icônes, la résistance d orthodoxes s’organisa. Mais la cause principale de la rupture entre les deux Eglises fut évidemment la suprématie revendiquée p l’évêque de Rome contre l’avis de l’Église orientale qui préconisait l’égalité des patriarches.

Lorsque celui de Constantinople, Michel Cérulaire, proscrivit rites latins, le pape Léon IX réagit en accusant l’Eglise byzantine plus de quatre-vingt-dix hérésies. Devant cette situation conflictuelle l’empereur organisa, en 1054, une rencontre entre les deux

camps. À cette occasion, les délégués du pape n’hésitèrent pas à déposer sur l’autel de la Basilique Sainte Sophie une bulle d’excommunication contre Cérulaire et les siens qui réagirent vigoureusement en lançant des anathèmes aux délégués. La rupture entre les deux Eglises était consommée. Plus que les disputes entre papes et patriarches, en 1204 l’odieux sac de Constantinople par les Croisés acheva de radicaliser l’opposition du peuple et du clergé byzantin contre la lointaine Rome. Aujourd’hui, l’unité reste un vœu pieux mais, en 1965, l’excommunication mutuelle a quand même été levée.

Contrairement à l’Église romaine qui sut toujours garder son indépendance vis-à-vis des rois et des empereurs détenteurs du pouvoir temporel, l’administration de l’Eglise byzantine fut totalement dominée par le pouvoir impérial. Le césaropapisme fut total : considéré comme élu de Dieu, l’empereur de Byzance détenait autant le pouvoir temporel que spirituel et il ne resta plus à l’Église byzantine qu’à se tourner vers la vie mystique, la liturgie et la spiritualité. Tandis que l’Occident, avec la scolastique, préparait l’esprit scientifique, l’Orient développait davantage la mystique et le monachisme, notamment avec l’hésychasme des moines du Mont-Athos.

La prise de Constantinople par les musulmans en 1453 créa une situation nouvelle pour les orthodoxes de l’Empire défunt qui se trouvèrent peu à peu minorisés et dominés par un pouvoir extérieur à leur culture, à leurs valeurs. Conformément à ses traditions, le nouveau pouvoir islamique donna aux orthodoxes le statut de milet, c’est-à-dire de minorité protégée. Les avantages pour le patriarcat étaient bien réels : il jouissait d’une protection puissante et voyait même sa position renforcée au sein du monde orthodoxe, car la Porte, préférant n’avoir qu’un interlocuteur, évita la multiplication des ethnarques. Mais les inconvénients étaient tout aussi manifestes. Les orthodoxes étaient soumis à des taxes et impôts discriminatoires et le patriarche élu était contraint d’acheter sa confirmation : il devint le jouet du pouvoir islamique et perdit beaucoup de son indépendance, de sa réputation et de son influence. Pour multiplier les rentrées, les Turcs n’hésitèrent pas à renverser 105 patriarches sur les 159 qui se succédèrent entre le XVe et le XXe siècle. Le patriarche nommé s’empressait évidemment de récupérer sa mise sur les évêques qui, à leur tour, taxaient les membres du clergé paroissial, ceux-ci taxant les fidèles.

L’islam ne distinguant pas le profane du sacré, le politique du religieux, le nouveau pouvoir considéra qu’il devait en être de même dans le monde chrétien. L’Eglise orthodoxe devint donc une institution autant civile que religieuse où le patriarche était non seulement le chef de l’Église, mais aussi le chef civil des orthodoxes. Ce système,

qui se maintint jusqu’en 1923, permit aux chrétiens d’Orient de maintenir, à défaut d’indépendance, leurs spécificités et leurs particularités durant les quatre siècles de domination étrangère.

Malgré sa lamentable situation interne, le patriarcat de Constantinople garda sa puissance extérieure, étant considéré par le sultan comme le chef de tous les chrétiens orthodoxes tombés sous sa domination. Les autres patriarcats de l’Empire Ottoman ne conservèrent qu’une autonomie théorique et ne retrouvèrent leur réelle indépendance qu’au XIXe siècle, lorsqu’ils se libérèrent de la domination turque. Ce fut d’abord l’Église de Grèce organisée en 1850, puis celle de Bulgarie en 1870 et celle de Serbie en 1879 et enfin celle de Roumanie en 1924. En 1922 la Grèce, après avoir essayé de réaliser sa « grande idée » consistant à réunir politiquement tous les territoires habités par des Grecs, dut, suite à une guerre lamentable évacuer la Turquie : un million et demi de Grecs retournèrent ver la terre qu’ils avaient quittée 3000 ans plus tôt ! Aujourd’hui Constantinople comprend moins de 4000 fidèles…

Le résultat de cette longue subordination de l’Eglise orthodoxe au pouvoir musulman fut évidemment un grand conformisme : toi jours menacés, les orthodoxes s’efforcèrent de maintenir intacte 1 tradition. Toutefois, la formation de l’élite se fit souvent en Occident, chez les catholiques ou les protestants, ce qui permit à l’Eglise orthodoxe de s’ouvrir aux autres courants de la chrétienté.

 

Vidéo : L’histoire de l’orthodoxisme

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