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La civilisation islamique : Les grands problèmes du monde musulman contemporain

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La civilisation islamique : Les grands problèmes du monde musulman contemporain

 

Les problèmes politiques

Les Frères musulmans (1928)

C’est la forme la plus fondamentaliste du mouvement des réformateurs. Cette confrérie fut créée par le cheikh Hassan el Banna, un instituteur d’Ismaïlia, en réaction contre la colonisation et l’inertie des musulmans. Il s’appuie sur un Coran interprété dans un sens intransigeant et il met l’accent sur la guerre sainte entendue dans le sens aussi bien culturel, politique que militaire. S’adressant d’abord aux masses populaires, la confrérie comptait sans doute près d’un

million d’adhérents en 1948. Elle entretenait des groupes paramilitaires et pratiquait des attentats non seulement contre les Juifs de Palestine, mais aussi contre des personnalités égyptiennes, ce qui lui valut d’être dissoute en 1949 et à nouveau en 1954 par Nas­ser qu’ils avaient essayer d’assassiner. Le mouvement s’étendit hors d’Égypte et son programme fut repris par beaucoup d’associations. Les Frères musulmans réapparaissent en force en Égvpte où ils sont à nou­veau tolérés depuis 1971 et dans plusieurs pays où ils exercent une influence sensible.

Le socialisme arabe

Après une phase où beaucoup d’intellectuels arabes avaient été tentés par le modèle occidental, un certain nombre d’entre eux furent attirés par le marxisme, à l’époque des luttes coloniales, mais ils se heurtèrent à l’obstacle fondamental de l’athéisme auprès des masses. Les partis marxistes furent parfois intégrés dans les partis gouvernementaux, mais ils furent la plupart du temps persécutés et interdits : Irak, Égypte… L’islam ne peut accepter les critiques marxistes de la famille et de la propriété dont il reconnaît la légitimité. Comme l’islam et le marxisme sont animés par le même idéal de justice sociale, les penseurs musulmans sont tentés de dissocier l’idéologie marxiste de la méthode d’analyse économique qu’ils retiennent. Ainsi est né le socialisme arabe.

  • Le Baas. La plus importante de ces théories a mené à la création du Baas (parti de la résurrection arabe), fondé en 1942 par deux intellectuels syriens formés à Paris, Michel Aflak et Salah Bitar (mort en 1980). Pour eux, unité arabe et socialisme sont liés, et ils ont pour objectif de créer une nation arabe du Maroc à l’Irak, libérée de la colonisation et forgée par le socialisme. « L’unité mettra fin à la désintégration, la liberté chassera l’oppression et le socialisme remédiera au sous-développement. » Il s’agit d’un socia­lisme inspiré plus par le personnalisme de Mounier que par le marxisme. Il se donne pour but de réaliser la justice sociale par la limitation de la propriété, non son abolition. Le Baas est un parti panarabe qui a surtout réussi son implantation en Syrie et en Irak dans les milieux intellectuels et militaires. Parvenu au pouvoir en Syrie en 1963, il s’est scindé en branches rivales qui se sont succédé 240 depuis au pouvoir. Il a conquis le pouvoir en Irak en 1968.
  •  Le nassérisme. Le Baas a eu comme grand rival, autour des années 1960, le nassérisme qui était aussi une forme de socialisme arabe et qui visait également à réaliser l’unité. Il s’agissait de moderniser le pays en nationalisant les sociétés étrangères, en limitant la propriété terrienne, en constituant un secteur nationalisé puissant, en industrialisant sous la direction de l’État… Le danger fut de voir apparaître une classe privilégiée de bureaucrates d’État et de militaires.

D’autres pays comme l’Algérie, la Libye, l’Afghanistan, la Tunisie (de 1962 à 1969) connaissent ou ont connu des expériences socialistes, mais le socialisme arabe vraiment original se cherche toujours.

Le panarabisme n’a cessé de se renforcer entre les L’unité arabe deux guerres, recevant l’adhésion de l’Égypte vers 1930 et de nombreux Maghrébins. Il était animé notamment par Chekib Arslan et par Azzam pacha.

La fondation de la Ligue arabe (22 mars 1945)

À partir de 1939, la Grande-Bretagne joua à nouveau la carte arabe et revint à son idée de royaume arabe.

Une première tentative d’union, dite du « Croissant fertile », fut lancée par l’irakien Nuri Saïd qui proposait la formation d’une grande Syrie comprenant la Syrie, le Liban, la Palestine et la Transjordanie, puis la formation d’une Ligue arabe avec l’Irak. Ce projet dévoilé en novembre 1942 suscita l’opposition de l’Arabie Saoudite, de la majorité des Libanais et des Syriens, et surtout de Nahas pacha d’Égypte qui répliqua en lançant un contre-projet d’union. C’est ce dernier qui l’emporta et la charte de la Ligue arabe fut signée au Caire le 22 mars 1945 avec pour objectif :

« le resserrement des rapports entre les États membres et la coordination de leur action politique ». Les sept premiers adhérents (Égypte, Irak, Arabie Séou­dite, Transjordanie, Yémen, Syrie et Liban) ont été peu à peu rejoints par les pays arabes. Ayant son siège au Caire et ses secrétaires généraux égyptiens, la Ligue vécut sous la prédominance égyptienne. Elle fut confrontée au problème d’Israël et de la Palestine, et ne put empêcher la création de l’État juif ni réaliser l’unité des Arabes lors des guerres de 1956, 1967 et 1973. Elle ne put faire taire les discussions et les mésententes entre pays membres. Son aspect positif est surtout d’avoir été un forum permettant la confrontation des particularismes, un foyer d’études et d’échanges… À la suite de l’accord entre Israël et l’Egypte, ce pays en fut écarté et le siège de la Ligue fut transféré provisoirement à Tunis (1979).

Les tentatives d’union

Champion du panarabisme, Nasser se crut sur la bonne voie de l’union, lorsqu’il proclama en 1958 la fusion de l’Égypte et de la Syrie dans une République Arabe Unie, mais le divorce survint dès 1961, ce qui laissa une profonde amertume dans le peuple. Le rêve unitaire fut ensuite repris par Kadhafi qui constitua en 1971 l’Union des Républiques Arabes, associant l’Égypte, la Syrie et la Libye, mais elle fut vouée elle aussi à une existence éphémère. Le Libyen chercha encore à réaliser des fusions avec l’Egypte, la Tunisie ou le Soudan, mais ses initiatives restèrent sans lende­main. En 1980, poursuivant inlassablement son idée, il annonça une fusion entre la Syrie et la Libye. Mais l’opinion arabe, lassée et déçue par tous les échecs, ne réagit plus à l’idée unioniste. Force est de constater que le monde arabe se trouve dans la situation où il avait été placé en 1919-1920.

 Les États ou les groupes d’Êtats s’opposent souvent sur des questions d’options politico-économiques derrière lesquelles on sent l’ombre des deux superpuissances. On distinguait ainsi dans les années 1960 les pays progressistes derrière l’Egypte nassérienne et les pays conservateurs derrière l’Arabie Séoudite. Les monarchies ont subi une sévère régression depuis la Seconde Guerre mondiale : Egypte (1952), Irak (1958), Libye (1969), Iran (1979). Seules subsistent celles du Maroc (Hassan II), de Jordanie (Hussein) et d’Arabie (Khaled). La plupart des pays islamiques sont aujour­d’hui des républiques, mais elles sont rarement démocratiques. Des régimes militaires ou autoritaires se sont installés dans la plupart d’entre eux.

  • Ils ont parfois des différends pour des questions territoriales : Maroc et Algérie, Iran et Irak.
  • Le monde arabe présente des différences considérables dues à la colonisation et à la manière avec laquelle a été conduite la lutte de libération. Le Maghreb dans son ensemble a été beaucoup plus marqué par la colonisation que les pays du Moyen-Orient.

En Egypte, le peuple a gardé sa personnalité en dépit de toutes les dominations successives, alors qu’en Algérie il est en quête de sa personnalité, tiraillé entre l’héritage arabe, la longue présence française et l’option socialiste.

  • Le monde arabe est ballotté entre les courants nationaux et les courants d’unification. Beaucoup de pays doivent régler leurs problèmes de régionalismes ou de minorités avant de penser aux fédérations, même si les masses sont toujours sensibles à l’idée d’unité.

En 1975 commence une guerre interminable qui va du ruiner le petit Liban. Le fragile équilibre instauré en 1943 entre les 17 communautés religieuses semble rompu à partir de 1970 par l’arrivée massive des réfugiés palestiniens qui y trouvent une terre d’asile et une autonomie que leur avaient refusée les autres pays arabes. La guerre débute entre les chrétiens phalan­gistes qui dénoncent l’implantation palestinienne et une coalition formée de Palestiniens et de musulmans « progressistes » qui veulent un Liban arabe. Dès 1976 interviennent la Syrie, à Beyrouth et dans le Nord du Liban, et Israël dans le Sud. Une guerre désormais indéchiffrable, tant les renversements d’alliance sont fréquents, oppose les différentes communautés : chrétiens-maronites, shiites, Druzes, sunnites… Chaque communauté a une ou plusieurs milices qui contrôlent une portion du territoire libanais. En juin 1982, Israël veut en finir avec les Palestiniens du Liban et pousse l’opération « Paix en Galilée » jusqu’à Beyrouth-Ouest qui est bombardée pendant deux mois. Après les massacres de Palestiniens à Sabra et Chatila opérés par les troupes phalangistes en août 1982, les troupes palestiniennes de l’O.L.P. doivent évacuer Beyrouth pour Tripoli au Nord- Liban. Le pays se retrouve à nouveau occupé au nord par les Syriens, au sud par les Israéliens, tandis qu’une force internationale (États-Unis, France, Royaume-Uni et Italie) se déploie à Beyrouth. Les attentats meurtriers se multiplient, rendant vaines toutes les tentatives de médiation. Totalement impuissante, la force internationale se retire en février- mars 1984. L’année 1983 vit aussi l’affrontement de tendances palestiniennes rivales dans la plaine de la Bekaa, puis à Tripoli, et une « guerre de la montagne ». dans le chouf entre chrétiens et Druzes qui l’emportèrent. Les Palestiniens fidèles à Yasser Arafat durent quitter Tripoli pour la Tunisie (1984). La situation devient de plus en plus confuse et incontrôlable. Les Syriens se réinstallent à Beyrouth-Ouest en fé­vrier 1987. En 1989, un général chrétien, Aoun, pro­clame une guerre de libération contre les Syriens, mais il se retrouve seul lorsque la majeure partie des clans libanais accepte l’accord de Taef (Arabie) pla­çant le Liban sous le contrôle syrien. Le général Aoun résiste jusqu’en octobre 1990.

La révolution iranienne apparaît comme un des événements les plus importants de notre époque. Dans la recherche des origines profondes, on peut noter que le shah Mohammed Reza Pahlavi a voulu profiter de la manne pétrolière pour industrialiser son pays et en faire non seulement la grande puissance économique du Moyen-Orient, mais aussi une des premières puissances mondiales… Or l’industrialisation se faisait suivant les normes occidentales et semblait ne profiter qu’à une minorité de privilégiés : on voyait se juxtaposer deux économies, deux sociétés, deux universités, deux cultures… Parallèlement, le shah essayait d’établir son pouvoir impérial sur les souvenirs de l’empire perse achéménide de Cyrus et de Darius, rappelés lors des fêtes grandioses du couronnement en 1967 et celles de Persépolis en 1971… Ces allusions n’étaient pas perceptibles pour le peuple qui n’y vit que dépenses inutiles. On peut donc dire que le shah, confiant dans le soutien de son armée modernisée « à l’américaine » et de sa terrible police (Savak), n’avait pas su proposer à son peuple une vision d’avenir mobilisatrice. Il attira contre lui de nombreux mécontentements, surtout ceux du clergé shiite qui se dressa contre lui au nom de l’indépendance nationale face à l’occidentalisation. La révolution islamique était préparée depuis longtemps par le professeur et conférencier populaire Ali Shariati (1933-1977) appe­lant au renversement du régime pour qu’apparaisse la résurrection. La révolution iranienne s’est faite sous le signe de l’union entre les intellectuels influencés par Shariati et les masses populaires. Un réseau efficace de mobilisation et de diffusion des mots d’ordre par cassette est organisé par le clergé des ayatollahs et 244 mollahs. L’un de ceux-ci, Khomeinv, exilé depuis 1963 en Irak puis en France, acquiert une renommée inter­nationale grâce aux médias lors de son séjour en France. La mosquée devient le centre de l’opposition qui déferle dans la rue pendant toute l’année 1978 et donne libre cours au martyrisme qui est capital dans le schiisme. Le régime du shah laisse la place à la république islamique de l’imam Khomeiny (fév. 1979). Cette révolution marque une rupture avec les idées sur lesquelles l’Occident vivait aux xixe et XXe siècles, car on refuse l’État nation, on ne tolère aucune laïcité, on remet en cause le droit international, on rejette le jeu économique… Les débuts du nouveau régime sont marqués par l’affaire des otages de l’ambassade américaine à Téhéran (nov. 1979- janv. 1981).

En septembre 1980 commence la guerre entre l’Irak et l’Iran. L’Irak veut contrôler le Chatt el Arab et abattre le régime de Khomeiny. Le conflit s’enlise vite dans une guerre de position jalonnée d’offensives meurtrières et vaines, de bombardements de villes, d’utilisation d’armes chimiques par l’Irak… Ce conflit échappe complètement au schéma habituel de la bipolarisation Est-Ouest… On pourrait y voir une guerre entre le régime laïc de Bagdad et le régime islamique de Khomeiny qui veut exporter sa révolution, mais il se heurte à l’Arabie séoudite et aux Émirats arabes qui soutiennent l’Irak de Saddam Hussein de leurs deniers. Est-ce le conflit millénaire entre la Perse et le monde arabe ? Les occidentaux se contentent de surveiller le golfe et le détroit d’Ormuz, voie royale de l’or noir. Le cessez-le-feu intervient enfin en août 1988 grâce aux bons offices de l’O.N.U., laissant deux pays meurtris et ruinés économiquement.

 

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