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Le confucianisme

Vous êtes ici : » » Le confucianisme ; écrit le: 18 janvier 2012 par mariouma

Le confucianismeLe confucianisme est indissociable de 25 siècles de culture chinoise. Ses traces sont encore aujourd’hui perceptibles dans le mode de vie des pays que la Chine a imprégnés de sa civilisation comme la Corée, le Japon et le Viêtnam. Il ne faut pas pour autant se l’imaginer comme l’une de ces doctrines enisme dont l’Occident est friand. Confucius lui-même n’a jamais bâti de théorie révolutionnaire, il s’est surtout efforcé, dans une période troublée de l’histoire de la Chine, de trouver un protecteur qui appréciât ses principes sociaux et politiques.

Il faut bien constater que son système a de quoi séduire le pouvoir : il repose sur le respect des gens en place et des traditions ancestrales.
Rien de tout cela ne ressemble à une religion si ce n’est qu’à sa mort le seigneur du lieu fit un temple de son domicile pour honorer sa mémoire.
Cependant, il ne faudrait minimiser ni la personnalité de Confucius ni son rayonnement personnel. Il suscita déjà de son vivant des disciples fidèles dont son petit-fils, auteur de deux des ouvrages classiques du « confucianisme ».
Plus tard, son œuvre fut continuée et amplifiée par un autre grand philosophe, Mengzi, connu en occident sous le nom de Mencius Confucius n’a laissé aucun livre et ses entretiens avec ses disciples n’ont été rédigés qu’un siècle après sa mort.



Ce qui, en fait, a donné à l’enseignement de Confucius son prodigieux succès, c’est bien ce qu’il cherchait lui-même : l’appui du pouvoir. Ainsi sa personne s’efface derrière l’image légendaire que ce pouvoir a voulu en donner.

Sa vie est cependant assez bien connue. Confucius a vécu de 551 à 479 avant notre ère, à l’époque ou la Chine se déchirait en féodalités rivales et que l’on appelle poétiquement Printemps et Automnes du nom d’une chronique historique. Confucius est donc contemporain de Bouddha et de Pythagore. Sa famille était pauvre mais de petite noblesse, ce qui lui permit, malgré la mort prématurée de son père, de recevoir une bonne éducation. Il apprit donc selon l’usage de l’époque, la danse, la musique, le tir à l’arc, la conduite des chars, l’écriture et le calcul. Après ses études, il fut un moment intendant des greniers publics de sa principauté, se maria à 19 ans et ouvrit à 22 ans sa propre école. Sa réputation s’accrut après un voyage qu’il fit à la capitale de l’empire Zhou, Loyi, pour y étudier les rites religieux. Il y aurait rencontré Laozi, le maître du taoïsme, ce qui est peu vraisemblable, car une ou deux générations les séparent. Cette rencontre doit plutôt être comprise symboliquement, elle signifie que Confucius s’est parfaitement accommodé du polythéisme taoïste de son époque. Confucius était trop respectueux de l’ordre établi pour partir en lutte contre des dieux auxquels il ne croyait vraisemblablement qu’à moitié. Esprit assez peu religieux, comme le sont beaucoup de Chinois, il ne nie pas les dieux mais conseille « de les respecter et de s’en tenir éloigné ». Il ne nie pas non plus l’existence d’un Dieu suprême caché qui serait l’empereur de toutes les divinités mais son enseignement se veut avant tout pratique. Il se comporte en philosophe laïc et agnostique.

Les principes du confucianisme

Le confucianismeConfucius recherche avant tout une société sans conflits. Il privilégie donc nécessairement les règles de gouvernement qui tendent à l’équilibre social et à un juste milieu.
Il part de l’analyse que la société repose sur cinq relations de dépendance qui créent chacune des obligations de natures différentes. Ces relations sont celles :
_ de roi à sujet ;
–    de père à fils ;
_ de mari à femme ;
–    d’aîné à cadet ;
–    entre amis.

Ces relations impliquent une morale où la notion de respect est essentielle :
–    Le respect du Créateur, ou des dieux, nous apprend la tolérance. Puisque les dieux ont bâti un monde si diversifié, nous devons l’accepter comme tel et ne pas chercher à le bouleverser.
–    Le respect de la nature nous impose la bienveillance. Nous ne devons pas profiter d’une quelconque position de force pour exiger plus que notre dû.
–    Le respect de l’Histoire implique le culte des ancêtres et la pratique des rites. Si les hommes font leur devoir et rendent un culte aux dieux, ceux-ci feront leur travail en apportant leur bénédiction et la paix au monde. Le respect s’étend à l’avenir que l’homme ne doit pas chercher à modeler exagérément selon ses désirs.
Pour pratiquer cette morale, trois qualités et cinq vertus sont nécessaires. Les qualités sont la prudence, la pitié et le courage. Les cinq vertus sont le respect de soi, la largeur de vues, la loyauté, le zèle et la bienfaisance .
Rien de tout cela n’est véritablement révolutionnaire mais, à une époque d’anarchie et de guerres entre principautés rivales, on conçoit que ce prêche pour l’ordre et l’apaisement social ait été apprécié. Pourtant le succès du confucianisme n’a été que progressif, précisément peut-être parce qu’il n’existait pas de son vivant de pouvoir assez fort pour récupérer cette doctrine à son profit exclusif.

L’évolution historique du confucianisme

Le confucianismeLa période troublée qu’a vécue Confucius dure encore plus de 150 ans après sa mort, quoi qu’apparaissent de plus en plus nettement les changements économiques et techniques qui conduisent au premier grand empire, celui des Qin2, en 221 avant notre ère, à l’époque où est entreprise la construction de la Grande Muraille. Pendant cette période, l’enseignement de Confucius n’est pas oublié mais il ne prend pas son essor.
Avec les premiers empereurs de la dynastie Han, les lettrés confucéens assoient leur influence : « l’empereur peut gagner son empire en combattant à cheval, il ne peut le garder sans doctrine ». C’est de cette époque, au IV  siècle de notre ère, que date l’institution des examens de recrutement des mandarins. Les principes de Confucius sont officialisés, adoptés et adaptés par le pouvoir au point que, même après l’éclatement de l’empire Han, vers 186 ap. J.-C, le confucianisme ne sera jamais plus abandonné complètement.

Ainsi, quand le bouddhisme pénètre en Chine, à partir du IVe siècle de notre ère, il trouve deux conceptions de la vie qui s’équilibrent assez bien : le confucianisme qui stabilise l’autorité et privilégie les lettrés aux dépens des marchands et le taoïsme qui propose au peuple des recettes magiques d’immortalité. Le bouddhisme a pour effet curieux de structurer par contagion ce taoïsme, assez éloigné de ses principes, pour en faire une religion avec prêtres, cérémonies et livres saints. Bouddhisme et taoïsme prennent l’habitude de coexister au point de partager les mêmes temples mais au prix d’une dénaturation importante de leur contenu initial.
Par la suite, au cours de la longue histoire de la Chine, on assiste à un continuel balancement entre les périodes de pouvoir fort, qui favorise le confucianisme, et celles de désagrégation où le peuple vit d’espoir dans sa religion, mélange de bouddhisme et de taoïsme. C’est ainsi que le confucianisme retrouve sa vigueur sous l’empire Song, vers le XII  siècle, puis sous les Ming, à partir du XIVe siècle.
En 1910, juste avant l’instauration de la République, on assiste à une étrange tentative d’établissement d’une Eglise confucianiste sur le modèle de l’Eglise catholique : on y vénère Confucius comme un dieu, symbole de l’hommage à rendre aux ancêtres, mais sans rien attendre de lui.

Ce qu’il subsiste aujourd’hui du confucianisme

Par sa nature même, le confucianisme est toujours davantage du côté des lettrés que du côté du peuple. Celui-ci, souvent superstitieux, se sent plus à l’aise dans l’exubérance du taoïsme et du bouddhisme « à la chinoise » que dans le carcan de la morale de Confucius. C’est pourquoi le confucianisme n’a laissé aucune trace dans le domaine religieux qui n’est vraiment pas sa spécialité tandis qu’il imprègne encore profondément la vie culturelle et sociale.
Cette influence marque non seulement la Chine mais aussi les pays qui portent l’empreinte de sa civilisation comme la Corée, le Japon ou le Viêtnam.
Les exemples abondent dans les domaines les plus divers :
–    La langue coréenne comporte cinq styles de discours qui correspondent précisément aux cinq relations de la société confucéenne. On emploie un style plus ou moins respectueux selon les rangs respectifs des interlocuteurs. Ces règles sont si strictes qu’il est pratiquement impossible qu’un neveu puisse converser avec un oncle plus jeune que lui (le cas peut se produire) en effet, un neveu doit s’adresser respectueusement à son oncle mais le cadet doit, au contraire, marquer la supériorité de son âge : le système confucéen est pris en défaut et il n’existe pas de solution satisfaisante.
–    En Corée également survit encore, à vrai dire un peu artificiellement, une musique de cour parfaitement confucéenne.
–    Dans le domaine politique, le respect du pouvoir en place qu’exige le confucianisme ne favorise pas l’alternance ni, par conséquent la démocratie. Or, à l’exception du Japon où la démocratie a été imposée par les Américains après la défaite de 1945, les pays que nous avons cités ont tous des régimes forts, peu enclins à se faire contester par la base. Même au Japon, l’habitude d’un pouvoir fort où les anciens ont le rôle prépondérant s’est conservé dans l’entreprise. On pourrait évidemment objecter que, sous cet angle, l’Union Soviétique était confucianiste : elle se méfiait, en tout cas, autant des dieux que Confucius lui-même.

Quelques pensées de Confucius

Vous ne savez pas ce qu’est la vie, comment pourriez-vous savoir ce qu’est la mort ?
Vous ne savez pas comment servir les hommes, comment sauriez-vous servir les dieux ?
Pourquoi rendre le bien pour le mal ? Que rendrez-vous alors pour le bien ?

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