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Les religions ont-elles de l’avenir ?

Vous êtes ici : » » Les religions ont-elles de l’avenir ? ; écrit le: 26 janvier 2012 par mariouma

Le poids des religions dans les civilisations et les cultures, le rôle historique qu’elles ont eu, amène à s’interroger sur leur avenir.
Plusieurs hypothèses sont possibles :
–    Ceux qui voient dans les religions des pratiques magiques ou superstitieuses prédisent leur disparition. Il n’est pas exclu effectivement que certaines formes de religiosité populaire soient condamnées à long terme, mais la religion va bien au-delà.
–    Ceux qui constatent l’échec du matérialisme ambiant n’imaginent pas l’avenir sans un retour à la spiritualité. Le réveil de l’Islam fondamentaliste est, peut-être un peu rapidement, interprété de la sorte.
–    On peut aussi penser qu’une certaine internationalisation de la culture amènera fatalement à comparer le contenu des différentes religions. On passerait ainsi de la situation qui prévaut aujourd’hui où chaque culture est liée à certaines formes de religion à une situation de plus grande liberté où le choix de chacun pourrait s’exercer en comparant les messages proposés.
Dans cette dernière hypothèse, la question se pose des chances d’un syncrétisme, sorte de fourre-tout satisfaisant le maximum de tendances. Ceci peut paraître improbable en Occident où les convictions religieuses sont traditionnellement très tranchées, c’est cependant courant en Asie ou Chinois et Japonais, en particulier, sont très à l’aise dans la pratique simultanée de religions différentes.
~ H ne faut pas exclure non plus l’hypothèse où une religion apparaîtra nettement plus convaincante que ses concurrentes, mais il est clair que ceci n’est imaginable qu’au prix d’un effort considérable de dépouillement de ce qui est exagérément marqué par une culture ou une histoire
Particulière.
Sans jouer au devin, une réflexion sur ces problèmes peut avoir l’avantage de relativiser certains obstacles au dialogue des religions et d’ouvrir es perspectives sur l’évolution du monde spirituel.
En premier lieu, nous tournerons notre regard vers le passé pour nous
remémorer l’évolution constatée depuis plus de trois millénaires directoire.
Nous nous efforcerons alors de déterminer jusqu’où il est raisonnable d’extrapoler ces tendances du passé. A cet égard, il faudra tenir comment d’un facteur nouveau, absent jusqu’à présent, la facilité d’échanges culturels qu’offre le monde moderne.
Comment imaginer qu’à la veille d’une époque où nous pourrons recevoir sans effort sur nos écrans des émissions en français sur l’Islam en provenance d’Arabie Saoudite ou sur le bouddhisme en provenance du Japon, il n’y ait pas un besoin considérable de compréhension des autres croyances, de leur intérêt et de leurs limites.
Comme toujours la concurrence aura un effet bénéfique, au moins en ce qui concerne l’aspect intellectuel de la compréhension des religions Pour ce qui est de la vie proprement spirituelle qui est personnelle et intérieure, le moins qu’on puisse dire c’est que l’envahissement des masse média ne la favorise pas encore. A quand un programme de silence devant une belle montagne ou dans la pénombre d’un cloître ?
Dans un tel environnement, qui n’est qu’une hypothèse, comment se présentera la confrontation des croyances religieuses ? Y aura-t-il une certaine convergence ou un durcissement des particularismes ?
Et Dieu dans tout cela, n’a-t-il pas son plan qu’avec sa discrétion habituelle il nous laisse le soin de découvrir petit à petit ? Ce serait bien étonnant qu’après avoir mené sa création depuis le « big bang » initial jusqu’au degré de complexité que nous connaissons, il se contente de la pagaie de nos idées et de nos croyances.
Puisque nous avons le don de la liberté, il est inévitable que notre recherche soit erratique et incertaine, mais ne constatons-nous pas cependant une lente convergence vers un destin d’épanouissement de l’homme en Dieu ?
Peut-être ces sujets de réflexion sont-ils vains. Il s’agit pourtant de comprendre ce que l’humanité fait sur cette terre depuis des millénaires.
L’importance de la question mérite d’examiner toutes les explications possibles, y compris celles fournies par les religions. Or il est intéressant de constater des évolutions de plus en plus rapides et relativement convergentes des religions dans leur conception du monde et du rôle qu’y tient Dieu.

L’évolution des religions dans le passé

Les religions sont aussi vieilles que l’humanité. D’après ce que nous savons de leur état au début de la période historique, le premier stade de leur développement présentait des analogies avec les religions animistes ui subsistent à notre époque. L’homme expliquait le monde par le jeu d’une multitude de dieux ou de puissances inconnues qui maniaient à leur guise les êtres et les forces de la nature. Dès que l’homme agissait, il était en présence de dieux qu’il fallait se concilier et apaiser. Tout était sacré et religieux.
Ceux qui pouvaient parler aux dieux étaient investis d’un pouvoir qui débordait largement ce que nous appelons aujourd’hui le domaine spi¬rituel. Les sorciers, guérisseurs et autres grands prêtres acquéraient leur pouvoir magique par une initiation secrète. En somme, faute d’explications scientifiques des phénomènes naturels, tout était entre les mains des prêtres, ce qui conduisait naturellement à la superstition, au polythéisme et à la confusion du temporel et du religieux.
Cette situation ne pouvait se débloquer qu’avec l’apparition de l’esprit scientifique, qui considère que les dieux laissent la nature suivre ses lois immuables.
La conception selon laquelle les dieux n’interviennent pas à tout propos a provoqué un progrès décisif de l’humanité qui découvrait ainsi une liberté fondamentale : celle de pouvoir agir sur la nature en observant son fonctionnement.
Ce changement d’attitude ne s’est pas produit brutalement. Il a fallu des siècles pour que l’homme accède à une plus grande abstraction ; l’invention des chiffres et des lettres en est un exemple. En matière religieuse l’observation conduisait à constater la présence simultanée du Bien et du Mal en toute chose. L’explication la plus simpliste consistait à attribuer chaque événement à une divinité, bonne ou mauvaise selon les cas. Dans un stade ultérieur, on en est venu à considérer le monde comme le théâtre de la lutte d’un dieu du Bien et d’un dieu du Mal. On trouve encore les traces de cet état des religions dans le zoroastrisme.
Ce n’est que bien plus tard qu’on comprit que deux dieux ne pouvaient donner une explication satisfaisante de la création : l’existence même d un deuxième Dieu est contradictoire avec la toute-puissance du premier.
C’est l’intuition géniale d’Abraham – ou la révélation qu’il reçut – qui est à l’origine de toutes les formes de monothéismes. Grâce à lui, un pas décisif était franchi dans la conception des relations de l’homme avec la nature. Au lieu de placer le divin au niveau des phénomènes naturels, le Monothéisme distingue le créateur de la création, enlevant à cette



dernière une partie de son inaccessibilité et de son mystère. En plaçant Dieil au-dessus de la nature, le monothéisme a séparé, en quelque sorte,Ce profane du sacré et a permis à l’homme d’agir sur la nature sans contrainte d’origine superstitieuse.
Sous cet angle, à bien y regarder, le monothéisme est à l’origine de l’esprit scientifique et de la notion même de laïcité.
La conception du monde qu’implique un Dieu unique est si séduisante que la plupart des religions polythéistes ont évolué vers l’idée d’un Dieu suprême dont les différents dieux seraient des manifestations ou des créatures.
De la même façon, les religions de type philosophique où la notion de Dieu ne semblait pas nécessaire, comme c’est le cas du bouddhisme, ont évolué de leur côté vers une certaine personnalisation de l’absolu, en l’occurrence une divinisation de Bouddha ressenti parfois comme une incarnation de la divinité.
Enfin, depuis moins d’un siècle, la notion de Dieu unique s’assortit de la reconnaissance généralement admise qu’il est le même pour toutes les religions. Il n’y a pas si longtemps en effet, chaque religion disait adorer le vrai et seul Dieu, ce qui impliquait que les autres religions adorassent un faux Dieu. On a maintenant franchi cette barrière : on admet que le Dieu unique porte des noms différents selon les langues, les cultures et les religions.
C’est un progrès décisif dont on peut se demander pourquoi il a été accompli si tard et pourquoi il passe presque inaperçu.
Depuis peu cependant, l’évolution des religions semble encore s’accélérer.

L’évolution récente des religions

La lecture superficielle de la presse fait ressortir quelques faits religieux
marquants de notre époque :
–    Déchristianisation apparente de l’Occident avec la baisse du recrutement sacerdotal et de la fréquentation des églises ainsi que la contestation des principes catholiques en matière de limitation des naissances ou de mariage des prêtres.
–    Succès populaire des voyages du pape.
–    Multiplication des sectes douteuses.
–    Réveil du fondamentalisme dans l’Islam et, à un moindre degré, dans certaines Eglises protestantes.
p’autres faits, peut-être plus importants, passent quasi inaperçus :
La disparition rapide de l’animisme considéré comme religion indépendante, les pratiques animistes s’accommodant de plus en plus des grandes religions dominantes.
L’évolution de l’hindouisme par craquement de la société traditionnelle qui le soutient.
_ Le développement des « nouvelles religions » au Japon où le bouddhisme absorbe des thèmes chrétiens.
La perte de crédibilité de l’athéisme agressif au profit de l’indifférence religieuse.
_ La mise en pratique du dialogue œcuménique entre communautés chrétiennes.
_ L’acceptation assez générale du principe de laïcité qui tend à éviter la récupération des religions par la politique.
–    La perte de crédit du fanatisme chez les intellectuels.
–    La multiplication des Eglises chrétiennes « locales » et l’acculturation des grandes Eglises chrétiennes.
–    Le développement rapide des religions « marginales » comme la foi bahaïe, l’Eglise des mormons, les témoins de Jéhovah…
–    Le changement radical par rapport au siècle dernier de la perspective dans laquelle les chrétiens voient leur rôle missionnaire.
A ces faits de nature religieuse s’ajoutent de profonds changements provoqués par la société industrielle :
–    Le conditionnement par les médias est l’un de ceux-là. L’information circule instantanément mais elle est aussi de plus en plus superficielle ; les événements religieux intéressent davantage par leurs manifestations spectaculaires que par leur contenu spirituel.
–    Les peuples industrialisés trouvent naturel de vivre dans une richesse inimaginable il y a seulement un demi-siècle ; les valeurs morales ont vu leur prestige s’effriter au profit des valeurs boursières.
–    Les contacts de plus en plus faciles et fréquents entre les peuples, plus précisément entre les « jet-societies », conduisent à relativiser les croyances, à effacer leurs aspérités et à créer une sorte de culture « mondialiste », tolérante et superficielle, dans laquelle les religions deviennent quelque peu folkloriques. Les valeurs universelles sont celles exprimées par l’O.N.U., des principes généraux officiellement admis mais piétinés à chaque fois qu’ils dérangent.
Bien d’autres facteurs nouveaux exercent leur influence, directe ou indirecte, sur les différentes religions. En particulier des événements économiques ou politiques jouent leur rôle : ainsi la persistance du conflitraélo-palestinien ou l’invasion de l’Iraq par les Américains et leur coalition, quoique n’étant pas de nature religieuse, provoquent des réactions plus en plus vives de la part des musulmans. La multiplication des instructions de mosquées financées par les revenus du pétrole saoudien va de pair avec une influence grandissante de l’Islam wahhabite et de ses tendances fondamentalistes.
On mesure à quel point sont complexes les paramètres qui orientent ou conditionnent l’évolution de chacune des religions. Aussi le lecteur voudra bien faire preuve d’indulgence si les considérations qui suivent sur l’avenir des religions gardent un caractère schématique, voire simpliste. Cette tentative vaut cependant mieux, selon nous, que l’absence de réflexion.

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