Jésus Messie: Le serviteur
Dans la tradition chrétienne, Jésus est présenté comme le Messie qui accomplit la figure du « Serviteur » annoncée par le livre d’Isaïe : un envoyé de Dieu qui sert, souffre et donne sa vie pour la multitude. Ce rapprochement, présent dès les évangiles, a profondément marqué la manière dont les premiers chrétiens ont compris la passion et la mort de Jésus.
Les chants du Serviteur dans le livre d’Isaïe
Dans la seconde partie du livre d’Isaïe, quatre passages poétiques évoquent un mystérieux « Serviteur du Seigneur » : Isaïe 42, 1-4 ; 49, 1-6 ; 50, 4-9 et 52, 13 – 53, 12. Les biblistes les appellent les « chants du Serviteur » depuis les travaux de l’exégète allemand Bernhard Duhm, à la fin du XIXe siècle. Le dernier, le plus célèbre, décrit un serviteur méprisé, frappé, « compté parmi les criminels », dont la souffrance profite pourtant à beaucoup : « c’est par ses blessures que nous sommes guéris » (Isaïe 53, 5).
Des lectures différentes
L’identité de ce Serviteur fait l’objet d’interprétations diverses. Dans la tradition juive, il est le plus souvent identifié au peuple d’Israël lui-même, éprouvé par l’exil, ou à un prophète ; le texte nomme d’ailleurs explicitement le serviteur « Israël » en Isaïe 49, 3. La tradition chrétienne, dès le Nouveau Testament, y lit au contraire une annonce de la passion de Jésus. Les Actes des Apôtres (8, 26-35) racontent ainsi comment le diacre Philippe explique ce passage à un haut fonctionnaire éthiopien en lui annonçant Jésus.
Jésus et la figure du serviteur dans les évangiles
Plusieurs passages des évangiles associent Jésus à cette figure :
- Dans l’évangile de Marc, Jésus déclare : « Le Fils de l’homme est venu non pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Marc 10, 45).
- Le soir du dernier repas, il lave les pieds de ses disciples, geste habituellement réservé aux serviteurs (Jean 13, 1-17).
- Dans les trois évangiles synoptiques — Matthieu, Marc et Luc —, c’est juste après que Pierre l’a reconnu comme le Messie que Jésus annonce qu’il doit souffrir, être rejeté, mis à mort et ressusciter (Marc 8, 27-33).
- Dans l’évangile de Luc, il reprend une phrase du quatrième chant : « Il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté parmi les criminels » (Luc 22, 37, citant Isaïe 53, 12).
- Les quatre évangiles rapportent qu’il fut crucifié entre deux autres condamnés.
Un Messie inattendu
À l’époque de Jésus, l’attente messianique prenait des formes variées ; beaucoup espéraient un roi descendant de David, qui libérerait Israël de la domination étrangère. L’image d’un Messie serviteur, humilié avant d’être glorifié, bouleversait ces attentes, et les évangiles montrent les disciples eux-mêmes déroutés par ces annonces. Les premiers chrétiens ont fait de ce paradoxe un élément central de leur foi. L’apôtre Paul l’exprime dans l’hymne de la lettre aux Philippiens (2, 6-11), où le Christ « prend la condition de serviteur » avant d’être exalté.
Cette lecture relève de la foi chrétienne : elle propose une interprétation des Écritures juives à la lumière de la vie de Jésus. Elle a durablement influencé la théologie, la liturgie de la Semaine sainte et l’art, qui ont souvent représenté le Christ souffrant sous les traits du Serviteur d’Isaïe.


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