A quoi sérve les religions

> > A quoi sérve les religions ; écrit le: 26 janvier 2012 par mariouma

Décrire les religions, mettre en évidence leurs originalités ou leurs points communs, apprécier leur influence dans les différentes sociétés sont des tâches qui relèvent de l’art du journaliste ou de la science du sociologue. C’est un exercice qui peut être plus ou moins réussi mais qui n’a pas d’autre objet que d’informer.
Cependant, la vie spirituelle à laquelle les religions prétendent faire accéder se situe bien au-delà de la réflexion intellectuelle. C’est pourquoi nous aurions le sentiment de laisser notre lecteur sur sa faim si nous ne tentions de rechercher avec lui quel est le sens de cette présence permanente du fait religieux dans les différentes cultures.
Certes, la religion ne tient pas la même place dans toutes les sociétés mais elle n’est jamais complètement absente, parfois même elle paraît être une obsession fondamentale.
A quel besoin universel répond le simple fait que les religions existent ? Pourquoi les religions sont-elles tentées d’intervenir dans des domaines aussi divers que la morale ou la conception des institutions politiques ?
Quelle crédibilité peut-on accorder aux recommandations des religions dans la mesure où elles ne s’accordent pas entre elles et où rien ne permet apparemment de vérifier leur véracité ?
Dieu, s’il existe, a-t-il un plan que nous pouvons tenter de deviner ? Où nous conduit-il et quel rôle les religions jouent-elles dans un tel plan ?
Les réponses à ces questions sont, pour une large part, très subjectives. Il semble toutefois utile d’y apporter notre propre réflexion, ne serait-ce que pour permettre au lecteur de confronter son analyse à la nôtre.

Les besoins et les aspirations de l’homme  : la recherche du bonheur

S’il fallait définir d’un mot ce qui constitue la motivation principale des activités humaines, c’est au bonheur que l’on penserait tout naturellement.
On dit généralement qu’il vaut mieux être beau, riche, intelligent, puissant, aimé et bien portant que laid, pauvre, bête, exploité, détesté et malade.
Cependant 011 a rarement tout à la fois et pas autant qu’on le souhaite. La sagesse veut donc que nous limitions nos ambitions et la question est de savoir à quel bonheur nous pouvons accéder.
Il y a d’abord la satisfaction des besoins naturels. Comme tout animal, l’homme cherche avant tout à survivre. L’instinct de conservation, le simple besoin de vivre, nous pousse à satisfaire nos appétits, ce qui nous procure des jouissances. Les plus primaires d’entre elles sont, par exemple, celle d’être au chaud, de manger et de boire, d’assouvir des pulsions sexuelles, de dormir, etc. Assez souvent, et cela montre bien la continuité qui existe entre l’animal et l’homme, l’ambition se limite à la satisfaction, parfois techniquement très sophistiquée, de ces besoins vitaux élémentaires.
Mais notre cerveau nous complique la vie : certains ont tout pour être heureux et perçoivent leur vie comme un échec ; d’autres, apparemment très déshérités, qui vivent dans une extrême pauvreté ou souffrent de lourds handicaps physiques, rayonnent d’un inexplicable bonheur intérieur.
De plus, nous ne limitons pas notre bonheur au présent ; nous sommes ainsi faits que l’avenir nous préoccupe et que nous voulons l’organiser à notre profit. Bref, nous avons des ambitions. Chacun s’en forge selon son tempérament, son éducation, son expérience…
Pour les uns, ce sera le pouvoir ou l’argent, pour d’autres, la recherche de la considération ou de l’amour, pour d’autres encore un enrichissement personnel par la connaissance, l’intensité de la vie intellectuelle ou spirituelle, pour d’autres enfin le don de soi, le dévouement envers les enfants, les amis, la patrie, la communauté religieuse…
Ainsi le contenu du bonheur est très variable selon les individus, leur expérience, leur éducation… Il comporte en proportions variables des composantes matérielles, intellectuelles, sentimentales et spirituelles ; y dépend largement de l’idée qu’on s’en fait. Même les masochistes puisqu’il paraît qu’ils existent, recherchent un certain plaisir et trouvent leur bonheur là où d’autres ne voient que souffrance et perversion.
D’autre part le bonheur peut s’imaginer dans l’absolu mais il se vit dans le relatif. Chaque société, comme chaque individu, secrète une certaine idée du bonheur qui tend à être proposé comme modèle.

Ce conditionnement par la société peut conduire certains à rechercher un bonheur stéréotypé, inadapté à leur situation personnelle, donc inaccessible et source de déception.
Pour qui serait particulièrement sensible à la publicité de la télévision, le bonheur – qui n’arrive pas qu’aux autres – consisterait à gagner au loto et à faire une croisière sous les tropiques en compagnie de jolies filles bronzées : on ne peut être heureux que jeune, mince, élégant et dans un climat de vacances. Avouons qu’il y a de quoi décourager tous les vieux affreux qui sont forcés de trimer pour gagner leur vie !
Heureusement ces publicités sont le plus souvent interprétées comme l’image d’un rêve impossible et elles ne traumatisent pas exagérément les téléspectateurs.
Si l’on en juge par certaines enquêtes, l’idée qu’on se fait du bonheur est plus proche de la réalité : c’est la famille qui est le plus souvent citée (48 % des enquêtés), puis l’amour (45 %), l’amitié (40 %), le travail (31 %), l’argent (25 %), les loisirs (20 %) et la religion (9 %). Malgré le caractère disparate des choix proposés, il est frappant de constater que la majorité des personnes interrogées voit son bonheur dans la réussite de rapports sociaux au sein de la famille, du couple ou d’un groupe d’amis.
Pour bon nombre d’entre nous, la dimension sociale du bonheur s’étend également à la recherche et la construction d’une société plus juste et plus harmonieuse ou, plus simplement, au souci du bonheur de nos enfants.
Toutes ces aspirations au bonheur, quelles qu’elles soient, se heurtent à des limites imposées notamment par le niveau de développement matériel et culturel de la société où l’on vit.
A côté du bonheur simple que peut nous offrir la vie ou de la sagesse qui nous fait tirer le meilleur parti de ce que nous avons et de ce que nous sommes, nous rêvons tous à un monde idéal où régnerait notre conception de la justice. Peu importe de savoir si cet espoir est vain,révèle des besoins profondément ancrés dans notre nature qui sont souvent le moteur de nos actes.
Ces besoins sont, eux aussi, multiples et dépendent évidemment des individus mais on trouve toujours, plus ou moins clairement exprimé, le désir de savoir si la vie a un sens, l’aspiration à plus d’amour et de justice, le refus de l’exploitation, de la souffrance, du malheur ou de la solitude, le besoin de se réaliser ou même de se dépasser…
Chacun découvre un jour ou l’autre son impuissance à créer le monde dont il rêve ou même à satisfaire les piètres ambitions de son égoïsme.
L’inévitable expérience de nos limites nous révolte ou nous fait mûrir. Elle nous force à des accommodements, des adaptations ou des compromissions quand elle ne nous pousse pas à l’extrémisme.
Malgré tout, nous gardons plus ou moins enfoui dans notre subconscient une aspiration profonde à sortir de notre condition et à dépasser nos limites. Nos réactions dépendent de multiples facteurs tels que notre caractère, nos expériences passées, notre état de santé, notre âge, notre éducation, notre environnement culturel, etc.
Certaines de ces réactions sont de fausses solutions à nos problèmes, d’autres relèvent de ce que l’on dit être la sagesse, d’autres enfin font appel à la religion. Nous verrons que la distinction n’est pas toujours nette entre ces catégories.
Une autre attitude, pour affronter les difficultés de l’existence, consiste à s’efforcer de les connaître et de les expliquer. La sagesse ne commande- t-elle pas de ne demander à la vie que ce qu’elle peut offrir ? En attendre des chimères ne peut conduire qu’à la déception.
Le bonheur que nous poursuivons exige que nous fassions preuve d’un minimum de lucidité. A la question posée à froid : « Voulez-vous vous attirer des ennuis ? », personne ne répond par l’affirmative. Pourtant certains choix conduisent immanquablement au pire et nous n’hésitons pas à les faire. La raison de cette attitude peut provenir :
–    d’un manque d’information ou d’éducation ;
–    d’une mauvaise perception des risques ;
–    de réactions spontanées mal contrôlées ;
–    du désir délibéré de casser quelque chose, en soi ou chez les autres

Dans tous les cas, un peu de réflexion serait utile mais les décisions absurdes sont prises le plus souvent à chaud, quand on est hors d’état de réfléchir. C’est donc avant qu’il faut se préparer : la formation du caractère et de la personnalité est, à coup sûr, le meilleur moyen d’éviter un maximum d’ennuis.
Pour nous y aider, rappelons-nous que, depuis quelques centaines de milliers d’années que des hommes vivent sur cette terre, nos dizaines de milliards de prédécesseurs ont expérimenté toutes les situations, des plus tragiques aux plus insolites, même si aucune n’est exactement semblable à la nôtre en particulier. Et comme nos ancêtres n’étaient ni plus ni moins sots que nous, ils se sont petit à petit forgés une sagesse faite de bon sens à laquelle il est utile de se référer en cas de besoin.
C’est ainsi que chacun se fait sa philosophie, plus ou moins cohérente, plus ou moins stricte, plus ou moins satisfaisante, et qu’il essaie de s’en contenter. Il y a des philosophies optimistes et d’autres pessimistes, des philosophies élitistes ou, au contraire, à vocation universelle, des philosophies intuitives ou marquées par l’esprit scientifique…
Pour orienter notre vie, nul d’entre nous n’échappe à la nécessite d’avoir une philosophie, c’est-à-dire un système de valeurs assorti de règles de comportement plus ou moins strictes.
De tous temps, des sages ou supposés tels, des anciens frottés à expérience de la vie, ont cherché à formaliser une morale compatible avec la
psychologie de la société considérée, avec ses croyances et sa logique de Il arrive aussi que des intellectuels de talent, mais orgueilleux ou perturbés, construisent une doctrine à prétention philosophique qui connaît un temps le succès de l’originalité.
Comment se faire une opinion entre ces théories contradictoires ? Le mieux serait sans doute de pouvoir les étudier toutes en les confrontant avec sa propre expérience. Les jeunes n’ont, hélas, pas assez de recul pour juger sereinement et leur enthousiasme les porte parfois à se laisser séduire par une théorie brillante mais creuse. Le risque est grand, même pour un adulte, de se laisser captiver par une doctrine ou un système qui, à partir d’une analyse attrayante, diverge vers quelque utopie ; on en arrive à tout interpréter de façon doctrinaire en fonction de ce système et à s’aliéner complètement.
Les philosophies, malgré leur incontestable utilité, ne sont donc pas sans dangers. Qu’en est-il des religions et que proposent-elles de plus séduisant que les philosophies ?

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