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La civilisation islamique : De la colonisation aux indépendances : 1918-1962

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De la colonisation aux indépendances1 - La civilisation islamique : De la colonisation aux indépendances : 1918-1962

L’évanouissement du rêve du grand royaume arabe (1920)

La guerre contre l’Empire ottoman au Moyen-Orient avait été menée essentiellement par les Anglais, étant donné que les Français supportaient le poids principal de la guerre sur le front ouest. Après la victoire, les Anglais dénoncèrent les accords Sykes-Picot sous le prétexte que les Français avaient peu collaboré. D’âpres marchandages eurent lieu entre les deux puissances. Pendant ce temps, un congrès de notables arabes, réuni à Damas, demanda l’indépendance de la Syrie et de l’Irak pour Fayçal et Abdallah, les deux fils d’Hussein de La Mecque. Fayçal, qui n’avait pas été écouté à la conférence de la Paix à Paris, fut proclamé roi de Syrie le 8 mars 1920 et son frère, roi d’Irak.

Les mandats Cependant, une conférence internationale, réunie à français et San Remo (25 avril 1920) attribua le mandat de la anglais S.D.N. à la France sur la Syrie et à l’Angleterre sur la Palestine et l’Irak. Le régime du mandat, création nouvelle, était un « système permettant à des populations politiquement mineures de s’éduquer elles-mêmes, de façon à parvenir au complet self-government ».

Les troupes françaises du général Gouraud bousculèrent celles de Fayçal aux portes de Damas (24 juillet 1920) et la France s’installa en Syrie. Elle créa en août le « Grand Liban » avec Beyrouth, Tripoli, Saïda, Tyr et la Bekaa.

Les Anglais en s’installant en Irak provoquèrent une insurrection générale (30 juin 1920) qu’il fallut durement réprimer. Ils installèrent Fayçal sur le trône de Bagdad en 1921 et détachèrent de la Palestine la Transjordanie pour la confier à son frère, Abdallah (1922).

La Palestine, devenue mandat britannique, vit arriver 224 les immigrants juifs. Dès 1920-1921, les Arabes réagirent et trouvèrent un chef en la personne de Hadj Amin el Husseini, grand mufti de Jérusalem.

L’année 1920 resta comme « l’année de la catastrophe » pour les Arabes qui se sentirent frustrés et trompés par les grandes puissances. Les luttes nationales s’effectueront dans le cadre des frontières imposées par elles.

L’évolution des pays colonisés entre les deux guerres

Dans l’Empire français

Au Proche-Orient, si le Liban fut calme pendant l’occupation française, la Syrie montra au contraire une farouche hostilité. Il faut dire que la France mena une politique maladroite et hésitante en morcelant le pays en plusieurs États autonomes (1922), puis en revenant à une réunification en 1925. Au cours de cette année, éclata la grande insurrection du djebel Druze conduite par le pacha Al Attache. Malgré la dure répression, les nationalistes n’abandonnèrent jamais leur volonté d’indépendance. En 1936, sous le Front populaire, un traité fut signé avec la Syrie, reconnaissant son indépendance et sa souveraineté, mais il ne fut jamais ratifié par le parlement français. La même politique fut appliquée au Liban. La Seconde Guerre mondiale permit aux nationalistes, aux Anglais et aux Forces françaises libres de chasser les représentants de Vichy. L’indépendance des deux pays fut accordée en 1943.

Au Maghreb

Les mouvements nationalistes se développèrent en réaction contre la domination coloniale, mais aussi contre certaines structures sociales que la France avait encouragées : caïdat, grands féodaux, etc.

Il n’est pas question de traiter ici le problème de la colonisation, mais relevons quelques faits qui permettent de comprendre la montée du nationalisme. Au Maghreb, la colonisation a créé une économie et une société dualiste en opposant un secteur moderne et un secteur traditionnel. L’aspect le plus visible est la création d’une agriculture moderne couvrant en 1955 quatre millions huit cent mille hectares (trois millions 226 en Algérie, un million au Maroc et huit cent mille en Tunisie) sur des terres où le relief et le climat permettaient une mise en culture favorable à certaines productions comme le blé ou la vigne. L’autre aspect fut la construction de moyens de communication (routes, chemins de fer, équipement portuaire) et l’exploitation minière (phosphate, fer, plomb, zinc, cuivre) par de grandes sociétés liées à des banques métropolitaines. La colonisation a laissé se développer un secteur primaire excédentaire en face d’un secteur secondaire .très restreint à un moment où la croissance démographique exigeait d’importantes créations d’emplois. Elle a accentué les disparités régionales en favorisant la zone tellienne et elle a laissé l’économie traditionnelle se détériorer, que ce soit l’agriculture traditionnelle dans laquelle les paysans n’ont aucun moyen pour modifier les modes de production, que ce soit l’élevage, gêné par la limitation des parcours, ou que ce soit l’artisanat qui subit la concurrence des produits manufacturés. La colonisation a aussi favorisé une minorité autochtone bourgeoise de propriétaires fonciers et de négociants, alors que se développent une classe ouvrière et un sous-prolétariat de paysans déracinés.

Le nationalisme tunisien, déjà apparu avant la guerre avec le parti des « Jeunes Tunisiens » de Sfar et Bach Hamba, se manifesta le premier au lendemain du conflit pendant lequel les Tunisiens s’étaient montrés loyaux vis-à-vis de la métropole. En 1920 naquit le parti Destour (« Constitution ») animé par le cheikh Thaalbi qui publia la même année La Tunisie martyre, ses revendications où il opposait la situation de la Tunisie d’avant 1881 à celle de la période coloniale. Le Destour demandait essentiellement des droits politiques : parlement, suffrage universel, gouvernement responsable… Ce parti formé d’intellectuels acquit une audience auprès du peuple, mais il se figea dans une opposition rigide qui ne donna aucun résultat. Vers 1930, à la faveur de certains événements : crise économique, congrès eucharistique de Carthage…, une nouvelle génération d’hommes jeunes, venus de milieux plus populaires, va relancer l’agitation nationaliste. L’un d’eux, Habib Bourguiba, né en 1903, rentre en 1927 comme avocat à Tunis après des études de droit à Paris. Il se heurte aux vieux dirigeants du Destour, fonde en 1932 un journal, L’Action tunisienne, et crée en 1934 au congrès de Ksar Hellal un nouveau parti nationaliste, le Néo-Destour, pour « lut­ter en vue d’obtenir l’indépendance de la Tunisie en s’opposant à l’impérialisme français et à la colonisation responsable de la misère ». Les dirigeants sont déportés dans le Sud, puis libérés en 1936 par le Front populaire, porteur d’espoir. Le Néo-Destour se reconstitue alors, ainsi que le syndicat qu’il influençait (U.G.T.T.) et ses mouvements de jeunesse. Bourguiba vient à Paris présenter son programme d’indépendance par étapes, mais la France ne prend aucune disposition précise. Le nationalisme se durcit. Bourguiba doit en 1937 lutter contre l’influence du cheikh Thaalbi qui, au retour d’un long séjour en Orient, veut orienter le nationalisme vers l’arabisme et le panislamisme. Une vague d’agitation, en 1938, entraîne l’arrestation de tous les dirigeants.

La France dut d’abord faire face aux résistances armées qui s’opposaient à l’installation du protectorat : celle du Moyen Atlas, commencée en 1914, ne s’acheva qu’en 1921 ; puis en 1925, ce fut la guerre du Rif menée par le républicain Abdelkrim. Engagée contre l’Espagne, la rébellion s’étendit ensuite au Maroc français et il fallut des forces considérables pour en venir à bout. La conquête française continuait dans le Maroc saharien et ne s’acheva qu’en 1934.

Le « Dahir berbère » de 1930, décret qui visait à enlever les tribus berbères à la juridiction coranique pour les transférer à la juridiction française, constitua le point de départ du nationalisme urbain marocain. Cortèges, manifestations, propagande dans les associations sportives ou culturelles et institution d’une fête du trône marquèrent cette naissance. En 1934, les nationalistes regroupés dans un « Comité d’action marocaine » présentèrent un plan de réforme. Comme ailleurs, les espoirs suscités par le Front populaire furent vite déçus. De nombreuses manifestations marquèrent l’année 1934 tandis qu’une scission intervint dans le comité d’action entre les amis d’Allal al Fassi et ceux d’Hassan el Ouezzani.

En Algérie Le nationalisme apparaît aussi autour de l’année 1930 qui marque le centenaire de l’occupation, mais il est 228 divisé en trois tendances.

  •    « Association des oulémas réformistes » (1931) du cheikh Ben Badis qui se réclame du réformisme musulman des salafiyyah. Ils     l’indépendance de l’Algérie derrière le slogan : « L’Algérie est notre patrie, l’islam, notre religion, l’arabe, notre langue. »
  •    « L’Étoile nord-africaine » de Messali Hadj. De tendance marxiste, ce mouvement est surtout suivi par les ouvriers algériens de France.
  •     « Les Évolués » comme Ben Djelloul et Ferhat Abbas demandent l’évolution des Algériens musulmans vers la citoyenneté française à part entière, l’Algérie devenant « une province ». En 1936, un congrès musulman algérien réunit les trois tendances à Alger pour mettre au point des revendications. Le projet Blum-Violette prévoit une représentation parlementaire de l’Algérie en accordant le droit de vote à une élite, mais ce projet est abandonné, consacrant l’échec des « Évolués ».

Dans l’Empire anglais

Les Anglais eurent beaucoup de difficultés au Proche- Orient, mais pratiquant une politique un peu plus souple que celle des Français, ils accordèrent plus tôt l’indépendance.

Pays de bédouins faciles à administrer, elle obtint son La Transjordanie indépendance en 1928 tout en conservant des liens militaires étroits avec la Grande-Bretagne.

Au contraire, l’Irak ne connut jamais le calme. Les L’Irak minorités étaient nombreuses dans ce pays peuplé en majeure partie de shiites : Kurdes sunnites, Assyriens chrétiens… Fayçal, faible et versatile, ne fut jamais accepté par la population et il dut constamment proclamer l’état d’exception en face des émeutes et des révoltes. L’Angleterre déclara souverain l’État d’Irak en 1925 et lui accorda l’indépendance en 1930 tout en maintenant des bases militaires, le contrôle sur les voies de communication et ses intérêts pétroliers (création de l’Irak-Petroleum Company en 1928).

L’Angleterre y rencontra une résistance opiniâtre de la part du puissant parti Wafd (« délégation ») créé en 1918 par Zaghloul pacha. Contrainte aux concessions, elle accorda l’indépendance en 1922, mais en se réservant quatre domaines, la défense, la sécurité des communications, la protection des minorités et des intérêts étrangers, enfin le Soudan. Le roi Fouad Ier établit une monarchie constitutionnelle en 1923. Un jeu politique triangulaire entre le roi, le Wafd et l’Angleterre marqua l’Égypte jusqu’en 1936, où, dans un nouveau traité, l’Angleterre confirme l’indépendance en ne se réservant plus que le canal de Suez.

En 1936, le jeune roi Farouk appela Nahas pacha, le chef du Wafd, à la tête du gouvernement, mais les nationalistes réclamaient toujours le départ des soldats anglais.

La Palestine

Les difficultés survinrent des contradictions de la politique anglaise. La Palestine, incluse dans la Syrie ottomane, aurait dû en effet faire partie du royaume arabe ; or, elle se retrouvait sous domination anglaise, et en plus, ouverte à l’immigration juive. Dès 1920, les Arabes, se sentant menacés économiquement, réagirent devant l’arrivée de dix mille Juifs. Les Anglais donnèrent en 1922 une interprétation restrictive à la déclaration Balfour en limitant l’immigration à « la capacité économique du pays à absorber les nouveaux arrivants ». La période 1922-1929 fut relativement calme, car les Juifs n’arrivèrent pas en grand nombre et beaucoup repartirent, surtout en 1926-1927. Ils n’étaient encore que cent soixante-quinze mille sur un million trente-six mille habitants en 1931. C’est le nazisme qui, par la menace qu’il représentait en Europe centrale, relança l’immigration. Le sentiment arabe s’éveilla de plus en plus et provoqua des émeutes. C’est ainsi qu’en 1936 la Palestine vécut dans une atmosphère de guerre civile. Les Anglais proposèrent alors un partage entre un Etat juif, un Etat arabe et une zone internationale (Jérusalem), solution qui fut repoussée. La recrudescence des troubles en 1938 amena les Anglais à publier en 1939 un « livre blanc » qui prévoyait un Etat binational où les Juifs ne représenteraient que le tiers de la population, ce qui signifiait pour eux la fin de l’immigration. Si l’Angleterre opéra ce revirement, c’est qu’elle pensait que les Juifs ne représenteraient jamais la majorité et surtout parce qu’elle voulait s’attacher à nouveau les Arabes et 230 relancer l’idée du grand royaume arabe.

 

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