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La civilisation islamique : Le recul ottoman

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La désagrégation de l’État ottoman apparut très tôt. Dans un tel empire, tout reposait sur la personnalité de quelques dirigeants : sultans et vizirs ; or, les hommes énergiques manquent au début du XVIIe siècle. Les révolutions de palais se succèdent et la corruption s’installe à tous les niveaux. La vénalité des charges, de plus en plus pratiquée, conduit à un affaiblissement de l’autorité. Les pachas tendent à se rendre autonomes, mais comme ils risquent à tout moment d’être révoqués, ils ne se préoccupent plus que de faire rentrer l’argent pour leurs seuls besoins : en deux cents ans, Damas connut cent cinquante pachas ! Les janissaires, qui sont maintenant autorisés à se marier, à tenir boutique et à devenir propriétaires terriens, montrent leur force en faisant et en déposant les sultans. Sans armée disciplinée et sans finances solides, l’Empire ottoman était voué au déclin.

L’arrêt des conquêtes

L’autorité fut restaurée dans la seconde partie du règne de Mourad IV (1623-1640), puis sous les vizirs  Koprülu. Le premier, Mehmed (1656-1661), reconstitua, au prix d’une terrible épuration faisant de cinquante à soixante mille victimes, l’armée et la marine. Son fils Fazil Ahmed (1661-1676) continua son œuvre avec des méthodes plus souples, puis son successeur et beau-frère Kara Mustapha voulut réaliser le rêve que Soliman lui-même n’avait pu réaliser en 1529 : s’emparer de Vienne. Son énorme armée de deux cent mille hommes assiégeait la ville qui semblait sur le point de succomber, lorsque survint le roi de Pologne, Jean Sobieski, qui battit les Turcs et s’empara de leur camp. Les Turcs reculent et sont attaqués sur toutes les frontières occidentales. Par la paix de Carlovitz (1699), l’Autriche récupère la Hongrie. C’est la première paix désavantageuse que connaissent les Turcs.

Le recul au XVIIIe siècle

Une nouvelle puissance, voisine de l’Empire ottoman, apparaît et va se révéler très dangereuse au XVIIIe siècle : la Russie. Sous les règnes de faibles sultans comme le sultan des « Tulipes », Ahmed III (1703-1730), la Turquie connaît une suite de guerres contre l’Autriche, Venise, la Russie. Les janissaires, dont la valeur s’est dégradée depuis que leurs rangs sont ouverts à des Turcs, à des musulmans libres ou aux fils de janissaires, s’obstinent à conserver leurs méthodes de combat, alors que celles de l’Europe ont beaucoup évolué. Par le traité de Kutchuk-Kaïnardji (1774), la Russie obtient plusieurs territoires, la libre navigation sur la mer Noire et l’autorisation pour sa flotte de franchir les détroits. L’Empire ottoman révèle de plus en plus sa faiblesse et devient une proie tentante pour les grandes puissances européennes, surtout pour le « jeune colosse » qu’est la Russie.

La domination commerciale des Européens

Les « Capitulations » accordées à la France au XVIe siècle furent plusieurs fois renouvelées mais « la Porte » dut aussi en accorder à d’autres puissances comme l’Angleterre ou les Provinces-Unies qui prennent une place importante dans le commerce de l’Empire au XVIIe siècle. Si la France regagne la première place au XVIIIesiècle, c’est parce que les autres pays se sont dégagés pour s’intéresser à des marchés plus 192 intéressants. Les exportations turques ne concernent guère que les textiles, alors que les importations consistent de plus en plus en produits manufacturés (draps, quincaillerie), qui connaissent une grande.», faveur auprès des classes aisées. Les routes commerciales ne traversent plus l’Empire, qui souffre de ne pas avoir d’ouverture sur les grands océans Atlantique et Indien où triomphent les Européens avec leurs flottes modernes et leurs puissantes compagnies commerciales. L’Empire ottoman, où l’artisanat périclite, ne s’intéresse absolument pas aux sciences nouvelles ou aux techniques modernes en plein essor en Europe. Il est tombé sous l’emprise économique des Européens.

Le réveil religieux : le wahhabisme

L’Empire ottoman fut menacé par un mouvement religieux surgi du désert de l’Arabie : le wahhabisme, première tentative de réforme de l’islam par un retour à la pureté primitive. Il fut fondé par Mohammed ibn Abd al Wahhab (1705-1792), né à Uyaina dans le Nedjd.

Il étudia et voyagea dans le Moyen-Orient avant de revenir s’établir en Arabie. Il prêcha alors un islam intransigeant et austère, fondé sur le retour aux seules pratiques des débuts de l’islam et débarrassé de toutes les innovations postérieures. Il se plaça dans la lignée de l’école d’Ibn Hanbal et d’Ibn Taimiya. Il s’éleva contre le relâchement des mœurs, la décoration des mosquées et le culte des saints qu’il considérait comme un acte polythéiste. Ses adeptes se nommaient eux-mêmes les « unitaires » {almuwahhidun :« almohades »).

Le wahhabisme passa du plan religieux au plan politique à partir du moment où il fut soutenu par Mohammed ibn Séoud, cheikh de Dariya dans le Nedjd. L’accord fut parfait entre le doctrinaire et le politique. Armés d’une doctrine, les hommes d’Ibn Séoud se lancèrent à la conquête de l’Arabie : Nedjd, Al Hasa, Hedjaz avec La Mecque qu’ils prirent en 1803… Les Arabes s’élancèrent ensuite à la conquête de la Syrie et de l’Irak ; c’était la « deuxième ruée arabe » (Kalisky) mais l’Empire ottoman demanda à Méhémet Ali d’Egypte de les arrêter. Les fils de Méhémet Ali luttèrent de 1812 à 1818 jusqu’à l’écrasement final d’Ibn Séoud. Les wahhabites gardèrent la domination de l’Arabie orientale. Un descendant d’Ibn Séoud, Abd  el Aziz ibn Séoud (1880-1953), s’élancera à nouveau à la reconquête de l’Arabie (1924) pour fonder l’actuelle Arabie Séoudite où règne toujours le wahhabisme.

Un vent de réforme puritaine, venu des wahhabites, souffla sur le monde islamique ; et sous leur influence naquit, par exemple, l’ordre puritain de Mohammed Ali ibn Senoussi qui s’installa en Cyrénaïque vers 1830.

 

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