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La décadence de l’empire ottoman et les rêves devant l’impérialisme européen : La colonisation européenne

Vous êtes ici : » » La décadence de l’empire ottoman et les rêves devant l’impérialisme européen : La colonisation européenne ; écrit le: 17 mai 2012 par chiraz modifié le 25 novembre 2014

La colonisation européenne

Toute l’Afrique du Nord de la mer Rouge à l’océan Atlantique passa sous la domination européenne.

En s’attaquant à la régence d’Alger, la France se lança dans la grande politique coloniale. La source du conflit est une histoire embrouillée de livraison de blé 212 faite par la régence au Directoire et restée impayée, mais les causes profondes résident dans le désir de l’armée de sortir de son inactivité, celui de Marseille de retrouver sa place en Méditerranée et surtout dans la volonté de Charles X de réussir une opération de prestige pour raffermir son trône chancelant. Alger fut prise le 15 juin et Charles X fut renversé le 30 juillet. Louis-Philippe hésita devant la conquête et se contenta d’une occupation restreinte (1830-1836) sur la côte, mais le problème fut que partout, à l’exception de Constantine, la domination turque s’effondra. Les hésitations de la France et l’effondrement turc permirent la constitution d’un vaste État autour d’un descendant d’une grande famille maraboutique, Abdelkader. Animé par une foi profonde, Abdelkader proclama la guerre sainte. Il mena d’abord des opérations limitées, accepta des traités puis, en 1839, déclencha une révolte générale. La France se lança alors dans une guerre de conquête sous la direction de Bugeaud, qui opéra avec des petites colonnes très mobiles pratiquant une dévastation systématique des régions insoumises. La résistance animée par les confréries fut tenace et la guerre, coûteuse en vies humaines, dura jusqu’en 1847. La colonisation des terres commença : colonisation militaire « à la romaine » d’abord, puis colonisation privée individuelle ou par sociétés capitalistes, l’ensemble portant déjà sur un million deux cent mille hectares en 1866. Les structures traditionnelles avaient été bouleversées alors que survinrent des calamités, sécheresse et invasion de sauterelles qui entraînèrent la famine et des épidémies décimant la population, qui passa de deux millions sept cent mille habitants en 1861 à deux millions cent mille en 1371. La famine, la colonisation des terres et l’envoi en France de soldats algériens pour la guerre de 1870 provoquèrent l’insurrection de 1871, dirigée par El Mokrani, à laquelle participèrent les deux tiers de la population.

Le protectorat sur la Tunisie

Si la conquête de l’Algérie a été violente, l’occupation de la Tunisie, de l’Égypte, du Maroc et de la Tripolitaine se fera au terme d’un lent travail diplomatique, d’une série de pressions économiques et de tentatives de réformes vouées à l’échec.



La régence de Tunis tenta d’abord de sauver son indépendance par une politique d’équilibre entre les grandes puissances : de 1830 à 1860, le bey chercha la protection de la France contre les tentatives du sultan d’Istanbul, soutenu par l’Angleterre, pour reprendre en main la Tunisie comme il l’avait fait en Libye en 1835. Le bey Ahmed (1837-1855) voulut moderniser le pays en commençant par l’armée et la marine, ce qui entraîna des dépenses excessives et l’intervention croissante des grandes puissances. Ses successeurs, sur les conseils de consuls français et anglais, firent des réformes libérales : Pacte fondamental (1857), qui établit l’égalité entre tous les Tunisiens mais accorda aussi la liberté de commerce et le droit de propriété pour les étrangers ; constitution de 1861, qui créa un conseil de soixante membres. La méfiance des populations devant ces réformes, l’augmentation des impôts et l’accaparement des charges et des activités lucratives par les mamelouks et les étrangers provoquèrent une insurrection des tribus qui gagna tout le pays (1864). L’arrêt de rentrée des impôts, les exactions du premier ministre Khaznadar aboutirent à des emprunts considérables à l’étranger, si bien qu’en mai 1867, c’est la banqueroute et la mise en tutelle des finances tunisiennes par la France, l’Angleterre et l’Italie (1869).

Le premier ministre Khaireddine (1873-1877) chercha à redresser le pays en allégeant les impôts et en surveillant leur perception, en réorganisant la justice, en modernisant l’enseignement (collège Sadiki)… mais il était trop tard, car dans le grand élan colonial de cette période, la rivalité entre la France et l’Italie s’exacerba (guerre des consuls Roustan et Maccio).

Finalement encouragée par l’Allemagne et l’Angleterre, la France mena une intervention armée à partir de l’Algérie (mai-juin 1881) et contraignit le bey à signer le traité du Bardo qui institua le protectorat. L’occupation du pays se heurta à une dure résistance des populations.

En Egypte, le percement du canal de Suez (1859-1869) entraîna une ingérence accrue des étrangers. La France le mena à son terme malgré l’hostilité de l’Angleterre. Le pacha avait obtenu cent quatre-vingt mille actions sur les quatre cent mille émises par la Société Universelle du Canal. Constatant après coup l’avantage économique de ce canal, l’Angleterre profita des difficultés financières d’Ismaïl (1863-1879) qui s’était 214 lancé dans une politique de modernisation et de prèstige, pour lui racheter les cent quatre-vingt mille actions, devenant ainsi le principal actionnaire. En 1876, la banqueroute plaça les finances égyptiennes sous le contrôle franco-anglais. L’Angleterre et la France agirent conjointement pour déposer Ismaïl en 1879, mais l’Angleterre intervint seule en 1882 contre Arabi Pacha qui s’était mis à la tête d’un mouvement nationaliste (Tell el Kébir, septembre 1882). L’Égypte était dès lors placée sous son protectorat de fait, même si le terme ne fut employé qu’en 1914.

Au début du XIXe siècle, le Maroc vivait replié sur lui-même, dans la nostalgie du passé, avec sa population rurale à plus de quatre-vingt-dix pour cent. Le pays apparaissait comme une juxtaposition de tribus dont une partie obéissait au sultan (Bled Maghzen), alors que l’autre, essentiellement dans les montagnes, défendait jalousement son indépendance (Bled Siba). Il était tourné vers l’Afrique et fermé à l’Europe, au point que le trafic caravanier l’emportait sur le trafic maritime. Moulay Abderrahman (1822-1859) voulut encore sauver à tout prix l’indépendance de son pays, mais la défaite des Marocains devant les troupes françaises sur l’oued Isly en 1844 fit sentir la nécessité d’une modernisation. La pression européenne devint trop forte et le Maroc dut s’ouvrir au commerce européen par le traité de commerce signé avec l’Angleterre en 1856, suivi de traités analogues avec l’Espagne (1861) et avec la France (1863). La dépendance du Maroc allait s’aggraver, car les consulats étrangers abritaient un personnel important, dont beaucoup de protégés marocains, et les concessions aux sociétés étrangères pour les travaux publics ou l’exploitation des mines se multipliaient. Plusieurs puissances intéressées par le Maroc, tenaient à être traitées sur un pied d’égalité : la France, l’Angleterre, l’Espagne, puis l’Allemagne. Hassan Ier (1873-1894) sut admirablement pratiquer une politique de balance entre elles, ce qui retarda la perte de l’indépendance. Celle-ci fut pourtant encore bien entamée par la conférence de Madrid (1880), qui étendit le système de la protection et accorda le droit de propriété aux étrangers.

Hassan Ier essaya de résister aux convoitises européennes en créant une armée et une marine modernes et en prenant lui-même en main la construction du réseau de communications et l’exploitation des mines.

La majeure partie du monde musulman, surtout si l’on tient compte de l’Inde, était colonisée en 1914. Il ne faut pas oublier non plus la colonisation russe en Asie centrale. Les Russes progressèrent en effet des deux côtés de la mer Caspienne aux dépens de la Perse. Le Turkestan et les provinces caucasiennes devinrent russes, mettant ainsi le tsar à la tête d’une importante population musulmane. La Russie se retrouva aussi au début du XXe siècle en compétition avec l’Angleterre pour le contrôle de la Perse. Un accord survint en 1907 délimitant leurs zones d’influence réciproques.

La semi-colonisation de l’Empire ottoman

L’Empire ottoman, «l’homme malade de l’Europe», disait-on de lui au XIXe siècle, essaya de se moderniser par des réformes administratives. La réforme de 1839 (Tanzimat) prévoyait une réorganisation de la perception des impôts et l’égalité de tous les sujets de l’empire, sans considération de religion ou de race. En fait, l’Empire fut incapable de se ressaisir.

Après la guerre de Crimée (1856), l’influence franco- anglaise se développa, notamment dans l’enseignement (lycée français de Galata). Tout le développement économique était aux mains des étrangers et le pays, acculé à des emprunts répétés par suite du déficit chronique des finances, devint de plus en plus la proie des prêteurs européens, ce qui le conduisit à la banqueroute en 1875. À cette date, les « Jeunes Turcs », formés dans les écoles européennes et désireux de faire des réformes, renversèrent le sultan et exigèrent une constitution du sultan, Abdelhamid II. Celui-ci ne tarda pas à supprimer les réformes, si bien qu’une seconde révolution « Jeune Turque » fut nécessaire en 1908 pour obtenir une monarchie constitutionnelle.

Après 1890, ce sont les Allemands, lancés dans la Weltpolitik, qui se montrent les plus actifs. Guillaume II se dit l’ami et le protecteur d’Abdelhamid II, à qui il rend visite en 1889 et 1898. L’Allemagne obtient la mission de réorganiser l’armée turque, ce qui explique que l’Empire ottoman se tournera vers les Empires centraux en 1914. Elle obtient aussi en 1903 l’autorisation de prolonger le chemin de fer d’Anatolie jusqu’au golfe Persique et d’exploiter les mines sur une largeur de vingt kilomètres le long de la ligne, grande victoire en comparaison des quelques tronçons concédés aux Anglais et aux Français. Le B.B.B. (Berlin-Byzance- Bagdad) fut salué comme la grande réalisation du règne de Guillaume II. Cette prépondérance allemande suscitait bien des jalousies, mais Abdelhamid était satisfait de pouvoir s’appuyer sur l’Allemagne pour éloigner sa crainte de voir l’Angleterre souder l’Egypte à l’Inde.

À la veille de 1914, l’Empire ottoman est dominé économiquement par les étrangers qui détiennent les ports, le téléphone, le commerce et les richesses minières. Ayant perdu ses territoires européens (sauf Istan­bul) et africains, il ne lui reste plus que l’Asie occidentale, que les grandes puissances sont prêtes à dépecer.

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