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Le berceau de l’Islam : l’Arabie

Vous êtes ici : » » Le berceau de l’Islam : l’Arabie ; écrit le: 15 mai 2012 par Samouha

Le berceau de l'Islam : l'Arabie

L’île arabe

L’Islam est né dans une région restée en marge des grands empires qui se sont succédé au Proche-Orient durant l’Antiquité : l’Arabie. « L’île arabe » est un véritable subcontinent entouré sur trois côtés par la mer et coupé du monde asiatique occidental par le désert. Elle se divise en trois zones orientées nord-sud : la Tihama, basse plaine littorale qui s’étire le long de la mer Rouge, le Hedjaz (« barrière »), véritable muraille dont certains sommets dépassent deux mille mètres, le Nedjd, vaste plateau incliné vers le golfe Persique et parfois recouvert par d’immenses dunes comme dans le Nefoud et le Roub al Khali (« le quart vide »), un des déserts les plus terribles du monde. Les montagnes du Yémen et du Hadramaout ferment la péninsule au Sud.



Le climat oppose le Nord et le Sud, car si la majeure partie de l’Arabie est désertique, les montagnes méri-dionales reçoivent les pluies de mousson, ce qui leur valut d’être déjà appelées par les Romains, « Arabie Heureuse ». En dehors de cette région, l’Arabie est en effet une mer de pierre et de sable, d’où n’émergent que quelques îlots de verdure : les  oasis.

Dans ce monde, les communications furent toujours difficiles, mais il est intéressant de noter qu’elles étaient cependant moins risquées sur le continent que sur l’eau, en raison des multiples courants ou bancs de sable et de coraux, qui parsèment la mer Rouge et l’océan Indien.

 Rapide aperçu sur l’histoire de l’Arabie préislamique

Les Arabes avaient déjà derrière eux une longue histoire, lorsqu’ils apparurent au grand jour sur la scène 6 internationale avec le Prophète et les conquêtes.

Une civilisation brillantes au Sud

L’Arabie du Sud connut tout d’abord au premier millénaire avant Jésus-Christ une brillante civilisation.
Celle-ci reposait sur une agriculture en terrasses produisant céréales, parfums et épices, et sur un commerce actif favorisé par la position de carrefour entre l’Extrême-Orient et le monde méditerranéen. Plusieurs royaumes connurent tour à tour leur heure de gloire : Ma’an, Saba et sa capitale Marib, Qataban, Hadra- maout… La région attirait les Romains, puisqu’ils envoyèrent en 25-24 avant J.-C. une expédition dirigée par Aelius Gallus, laquelle se perdit dans les immensités désertiques avant d’avoir atteint son but. La destruction de la digue du barrage de Marib aurait ensuite ruiné le pays et entraîné une émigration vers le nord. Le Yémen devint plus tard l’enjeu dans les luttes entre les deux grandes puissances de l’époque : la Perse Sassanide et l’Empire byzantin. Vers 510 après J.-C. parvint au pouvoir un prince converti au judaïsme et soutenu par les Perses, Dhu nuwas (« l’homme aux mèches tombantes »), qui, par sa per-sécution des communautés chrétiennes, provoqua une expédition des Abyssins d’Axoum, alliés de Byzance. À leur tour, ceux-ci installèrent et protégèrent des rois alliés ; l’un d’eux, Abraha, aurait, vers 570, l’année de la naissance du Prophète, essayé de prendre La Mecque avec une armée accompagnée d’un ou de plusieurs éléphants. À la fin du siècle, les Perses rétablissaient à nouveau une dynastie qui leur était favorable.

Infiltration arabe au Nord

Au Nord de la péninsule, les Arabes cherchaient depuis longtemps à s’infiltrer dans le « Croissant fertile ». Ils créèrent d’ailleurs des royaumes comme celui des Nabatéens de Petra qui devinrent vassaux de Rome au cours du premier siècle avant J.-C. et celui de Palmyre où l’ambitieuse reine Zénobie (Zeineb) voulut tenir tête aux troupes romaines, mais essuya un échec en 270 après J.-C. Deux Arabes, Elagabal (218-222) et Philippe l’Arabe (244-249), montèrent sur le trône impérial à Rome.

Plus tard, pour freiner la poussée arabe vers le nord, les Empires byzantin et perse créèrent deux États-tam-pons arabes : la principauté des Ghassanides, nomades convertis au christianisme monophysite (une seule nature, la nature divine dans le Christ) et celle des Lakhmides, chrétiens eux aussi mais nestoriens (deux 8 natures dans le Christ), bien connus par les poètes qui fréquentaient leurs princes dans leur capitale, Hira. Ces deux États se livrèrent à une lutte acharnée pendant tout le VIe siècle.

Les Bédouin : tribus nomades de l’Arabie centrale

Si le Nord et le Sud de l’Arabie vivaient sous l’influence des Byzantins ou des Perses, les tribus nomades de l’Arabie centrale étaient restées, quant à elles, farouchement indépendantes. Les Bédouins n’avaient jamais formé d’États, à l’exception du royaume de Kinda. Ils menaient un genre de vie pastoral fondé sur l’élevage du dromadaire, animal providentiel puisqu’il fournissait la nourriture (lait), le vêtement et la tente ; il servait de monnaie d’échange et aussi de moyen de transport. La vie était naturellement précaire dans le désert ; c’est pourquoi, lorsque la faim les tenaillait trop, les Bédouins recouraient à la razzia (ghazou), pratique qui n’avait rien de déshonorant pour eux.

Les Bédouins qui se reconnaissaient un ancêtre commun formaient une tribu subdivisée en clans (groupes de tentes) et en familles. Le clan était le cadre de vie en dehors duquel toute existence était impossible en raison de la très forte solidarité (asabiyya) qui unissait les hommes. Les Bédouins se conformaient à un idéal moral (mffruwwa : « virilité ») fait de courage, d’endurance, de dignité, du sens de l’honneur et de l’hospitalité. La justice reposait sur la loi du talion et la vendetta (tha’i), ce qui entraînait des meurtres en séries, sauf-si on payait le prix du sang par une compensation (diya). Le clan, élément principal de cette société, était dirigé par un cheikh (ou sayyid), doyen qui, loin de disposer d’un pouvoir absolu, gouvernait assisté du conseil formé par l’ensemble des chefs de famille.

Une religion polythéiste

Les Bédouins ne semblent pas être très préoccupés par la religion, pourtant ils pensent que la terre est tout entière peuplée d’esprits invisibles, les djinns, qu’il ne faut pas contrarier. Pendant la période ante-islamique, appelée par les historiens Djahiliyya (« ignorance »), on vénérait des dieux locaux à caractère astral : ainsi au Hedjaz, c’était Allah, « Dieu » créateur de l’univers et ses trois filles, Allât, Ozza et Manat ; à La Mecque, le principal dieu était Hubal, une idole en cornaline rouge. On leur consacrait des sanctuaires qui constituaient des aires sacrées (haram) servant d’asile pour tout individu. Quelques communautés juives vivaient au Yémen et dans les oasis du Hedjaz comme Yathrib ou Khaibar. Des communautés chrétiennes s’étaient également formées au Yémen, où la ville de Najran était le siège d’un évêché, et au Nord où, en dehors des Ghassanides et des Lakhmides, certaines tribus comme les Taghlib et les Kalb s’étaient converties au christianisme. Il existait aussi en Arabie des hanifs (religieux) vivant en solitaires, adeptes du monothéisme sans être juifs ou chrétiens. Ils adhérèrent plus tard soit à l’islam soit au christianisme.

Arabes du Nord ,Arabes du Sud

Les Arabes, s’appuyant sur des généalogies tribales  compliquées, affirmaient former deux groupes. Citons M. Rodinson  : « On rattacha toutes les tribus d’Arabie, y compris les Sudarabiques, alors pleinement arabisées, au schéma biblique du chapitre X de la Genèse. Elles auraient formé deux bran-ches. Les tribus du Nord et du Centré auraient eu pour ancêtre Adnan, descendant d’Ismaël, fils d’Abra- ham. Ce seraient paradoxalement des « Arabes arabisés », alors que l’on qualifiait de « vrais Arabes », les Sudarabiques supposés enfants d’un Qahtan identifié au Yoqtan biblique, descendant direct de Sem, fils de Noé. Ce classement reflète les luttes pour le prestige et le pouvoir des premiers siècles de l’Islam […] ». La tradition reprise par les historiens arabes continua à opposer les Arabes du Sud (Yéménites ou Kalbites) et les Arabes du Nord (Nizarites ou Qaisites), distinction fondée sur des différences linguistiques. Cette opposition eut de fâcheuses répercussions aux premiers temps de l’Empire musulman.

Un peuple poète

 La poésie était la forme d’expression par excellence des Arabes. Le poète était un être à part, à la fois admiré et craint, car on le croyait inspiré par les djinns, mais il était indispensable à la tribu dont il était le porte-parole. Il chantait les mérites de sa tribu, exaltait les exploits de ses héros et il la défendait contre les attaques des tribus ennemies. Les autres thèmes poétiques étaient l’amour de la femme, le désert qui fournit une multitude de tableaux descriptifs avec ses animaux et ses paysages… Ces poètes utilisaient déjà toutes les ressources de la langue arabe. Nous retiendrons Imroulqays (mort vers 540), prince héritier évincé par les Lakhmides du royaume de Kinda, des poètes philosophes comme Zuhair, le moralisateur Labid, le poète guerrier Antara, des poètes 10 brigands comme Shanfara et Taabbata Sharane qui se vantent de leurs prouesses, les poètes courtisans de la cour des Lakhmides d’Al Hira, Tarafa (mort à 26 ans), Dhubyani et Adi ibn Zayd, enfin les poétesses spécia-listes de l’élégie comme Al Khansa (morte vers 644).

La place de La Mecque dans l’Arabie préislamique

La Mecque occupe une dépression entre des montagnes abruptes et dénudées. Elle avait été fondée envi- ( ron deux siècles avant l’hégire par les Qoraishites qui s’y sédentarisèrent. Ils firent de la ville un sanctuaire et un marché. La Kaaba, cube de maçonnerie dont on fit remonter la création plus tard à Abraham, jouissait, d’une grande notoriété grâce à la pierre noire, une météorite qui y était enchâssée. Chaque année s’y déroulait un pèlerinage en liaison avec les foires qui se tenaient dans les contrées environnantes. Ainsi à Ukaz, une grande foire servait aussi de cadre à des concours de poètes arabes et on y venait pour dénoncer les traîtres et les ennemis et réclamer justice. La Kaaba et le pèlerinage procuraient aux Qoraishites un grand prestige auprès des autres tribus arabes. Bien située à mi-chemin entre le Yémen et la Syrie, La Mec¬que était devenue une plate-forme commerciale qui avait profité des troubles que le Yémen connut au VIe siècle. On semble déceler dans la période de la jeunesse du Prophète une véritable course à l’enrichissement qui portait ombrage à l’ancien idéal tribal.

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