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Les conquêtes et la naissance d’un monde musulman

Vous êtes ici : » » Les conquêtes et la naissance d’un monde musulman ; écrit le: 15 mai 2012 par Samouha

Les conquêtes et la naissance d'un monde musulman

Les conquêtes arabes sont un des événements majeurs de l’histoire mondiale, puisqu’elles ont brisé définitivement l’unité du monde méditerranéen et gagné à une ; nouvelle civilisation les vastes territoires compris entre l’Inde et l’océan Atlantique. Ces conquêtes posent un grand problème historique, car elles frappent par  leur rapidité, et pourtant leur longue durée, alors qu’on pouvait s’attendre à un essoufflement rapide.



Elles étonnent aussi par la disproportion entre les ; moyens et l’immensité des territoires conquis : en effet, un peuple de nomades sans traditions militaires affronte et bat les armées régulières des deux grands Empires byzantin et perse, puis parvient à fonder un  empire durable. On peut donc s’interroger à juste titre sur les causes des conquêtes et sur les raisons de leurs succès.

Les causes des conquêtes

L’attirance du croissant fertile

L’attirance du La tradition rapporte que les Arabes islamisés se sont croissant fertile rués avec l’enthousiasme propre aux nouveaux convertis pour répandre l’islam par l’épée. C’est l’image du guerrier avec dans une main l’épée et dans l’autre le Coran. En fait, cette idée doit être complètement rejetée, car on n’a jamais vu les vainqueurs donner le choix entre la conversion et la mort. Au contraire, il a toujours été affirmé que les « gens du Livre » (la Bible) devaient être respectés. On leur adjoignit même plus tard les zoroastriens, les bouddhistes et les hindouistes. Il semble bien que les raisons économiques aient été beaucoup plus déterminantes. Nous avons déjà signalé combien les Arabes du Nord étaient tentés de s’infiltrer dans le « Croissant fertile » et comment les Byzantins et les Perses s’étaient protégés en s’appuyant sur les Ghassanides et les Lakhmides. Or, quand les premiers conquérants s’ébranlent, ces deux remparts se sont écroulés à la suite des quarante 26 années de guerre que viennent de se livrer les deux grands empires. La conquête se place, d’autre part, aussitôt après la sécession des tribus bédouines qui avait suivi la mort du Prophète. Abu Bakr trouva dans la conquête un exutoire pour dompter les énergies et donna son accord pour les premières expéditions en Syrie et en Irak. L’initiative de ce côté est d’ailleurs venue des tribus situées près de la frontière et non du pouvoir central de Médine.

L’islam,ciment de la conquête

Les motifs matériels apparaissent donc prépondérants. Il faut bien reconnaître cependant que si la conquête n’avait pas été soutenue par le ciment de l’islam, elle risquait d’être éphémère. Plusieurs textes parlent de l’islamisation et des conversions qui se faisaient dans les armées. Peu à peu les conquêtes se firent au nom d’Allah et une part du butin lui revint. Ainsi, on peut affirmer que si la religion ne fut pas à l’origine des conquêtes, elle a néanmoins joué un rôle essentiel pour la conservation et la gestion des territoires conquis.

 Les raisons du succès des conquêtes arabes

Elles sont de deux ordres :

La faiblesse des adversaires

Les deux Empires byzantin et perse se trouvaient épuisés après la longue guerre qui les avait opposés de 590 à 630. La Perse vit huit souverains se succéder sur le trône de 629 à 632, tandis que l’Empire byzantin était ruiné par de très graves dissensions religieuses. Dans ces vastes ensembles formés d’une juxtaposition de provinces, les populations étaient complètement détachées des pouvoirs centraux qui les opprimaient et elles accueillaient souvent avec satisfaction l’arrivée d’un conquérant oriental. Les deux empires, très mal renseignés sur l’Arabie et l’islam, n’opposèrent au début que des troupes peu importantes et il n’était pas question pour eux de coordonner leurs efforts. C’est donc la révélation de l’extrême faiblesse de ces empires qui incita les Arabes à poursuivre leur chevauchée.

La fougue des Arabes

Les Arabes ont fait preuve à ce moment précis de qualités exceptionnelles. Ils dominaient leurs adversaires par leur mobilité. Leurs généraux ont révélé de grandes capacités : ainsi Khalid ibn Walid, « le sabre d’Allah », le conquérant de la Syrie et de l’Irak dont la gloire rendit jaloux le calife Omar ; Amr ibn al As, le conquérant de l’Égypte ; Oqba ibn Nafi, celui du Maghreb. Les textes évoquent aussi la supériorité numérique des Byzantins et des Perses lors des batailles de Yarmuk ou de Qadisiyya. À quel facteur faut-il alors attribuer la victoire des Arabes : à l’enthousiasme religieux, au désir de butin ou à la démoralisation de l’adversaire ?

Les grandes étapes des conquêtes

La Perse fut attaquée la première dès 633

Plusieurs raids indécis furent menés avant la bataille décisive de Qadisiyya sur les rives de l’Euphrate, victoire qui permit aux Arabes de s’emparer de Ctésiphon (Mada’in), la capitale de la Perse sassanide (636 ou 637). Quelques années plus tard, l’offensive reprit en direction de l’Iran et après la victoire de Nahawend, « victoire des victoires », où l’armée perse fut anéantie il ne restait plus qu’à progresser vers le nord’et le sud. Le dernier roi perse, Yazdigird III, demanda en vain l’aide des Turcs et des Chinois et fut tué en 651 sur les bords de l’Amou Daria (Oxus). En moins de vingt ans, PEmpire sassanide avait disparu.

La Palestine et la Syrie

La campagne fut préparée à Médine et les Arabes reçurent le renfort des Ghassanides, mécontents des Byzantins qui ne les payaient plus. Les colonnes partirent à la fin de 633 et remportèrent une grande victoire à Agnadayn en juillet 634. Damas se rendit sans combattre. Byzance envoya alors une armée plus importante, mais elle fut mise en déroute sur le Yarmouk, affluent du Jourdain, au cours de l’été 636. Jérusalem se rendit en 638. La Palestine et la Syrie dont les populations avaient accueilli les Arabes en libérateurs, étaient définitivement perdues pour les Byzantins.

L’Égypte

Égypte L’occupation et la pacification de l’Egypte furent menées par Amr ibn al As, habile diplomate autant que bon militaire, avec rapidité de 639 à 642. Il créa en 643 la base militaire d’Al Fustat à la jonction de la haute et de la basse Egypte et en 646, la première flotte 28 musulmane fit son apparition à Alexandrie. Les problèmes internes de la communauté musulmane à la fin du califat d’Othman et sous celui d’Ali provoquèrent un arrêt des conquêtes.

La deuxième vague de conquêtes : fin du VIIe- début du VIIIe siècle

La conquête de l’Afrique du Nord se révéla longue et difficile. Un premier raid sans lendemain fut mené en 648-649, puis Oqba ibn Nafi dirigea une expédition au cours de laquelle il fonda la place d’armes de Kai- rouan (« campement »). Son successeur dut céder, face à la résistance opiniâtre des Berbères. Oqba revint en 681 et conduisit une fantastique chevauchée jusqu’à l’Atlantique dans le Souss et jusqu’à Tanger, mais il fut tué en 683, lors d’un accrochage avec les Berbères, près de Biskra. Un nouveau chef. Hassan ibn al Nu- man s’empara de Carthage, en 695, qu’il dut abandonner pour aller combattre une terrible révolte des Berbères de l’Aurès dirigée par la Kahina (« la magicienne ») de la tribu des Jerawa. Il reprit Carthage en 698, jeta les bases de Tunis et peu à peu les tribus berbères se soumirent. En 705, Musa ibn Nusayr est nommé gouverneur ; il conduit une expédition jusqu’à Tanger et, en 709, il s’empara de Septem (Ceuta), dernier bastion byzantin.

La conquête de l’Espagne fut imprévue, car décidée précipitamment par Musa ibn Nusayr et son lieutenant berbère Tariq ibn Zyad, presque entièrement en dehors du contrôle de Damas. Musa trouva là un moyen de canaliser l’énergie des Berbères comme Abu Bakr l’avait fait avec les Bédouins. La conquête fut menée à partir de 710 par Tariq qui connut tant de succès qu’il suscita la jalousie de Musa, lequel arriva à son tour avec une armée pour s’assurer le contrôle des régions conquises. La conquête fut facilitée par l’état d’affaiblissement où se débattait l’Espagne wisigothique au milieu des querelles dynastiques et des révoltes provinciales. D’Espagne, les Arabes s’avancèrent dans le Sud de la France, s’installèrent à Narbonne, d’où ils menèrent des raids dans la vallée du Rhône et vers les pays de la Loire. Charles Martel les arrêta, près de Poitiers, en 732.

Les conquêtes en Asie centrale furent reprises par Al Hajjaj, le terrible gouverneur d’Irak de 694 à 714. La Transoxiane, située entre l’Amou Daria et le Syr Daria, fut conquise par Qutaïba ibn Muslim, tandis que Mohammed Ibn al Qasim s’emparait de la vallée de l’Indus. La domination des Arabes n’y fut cependant pas très solide et il faut attendre le début du XIe siècle pour voir la conquête effective du Sind par Mahmud de Ghazna.

Les conséquences des conquêtes

La tolérance des vainqueurs

Il est à noter tout d’abord que les conquêtes arabes, La tolérance qui eurent une influence si profonde sur l’histoire de des vainqueurs l’humanité, ont commencé par n’avoir que des conséquences peu perceptibles pour les populations des pays conquis. Ce fait est à mettre au crédit des conquérants qui surent faire preuve d’un grand esprit de tolérance. Deux éléments se juxtaposent dans la nouvelle société. Les Arabes constituent une aristocratie militaire soucieuse de percevoir les impôts et de continuer l’expansion qui leur fournit le butin. Celui-ci est partagé entre les combattants et Allah, représenté par le calife, lequel en perçoit un cinquième. Seules les terres de l’État, de l’empereur ou des grands propriétaires en Iuite furent confisquées. L’armée fut scindée en milices calquant la structure de la société bédouine et elle lut répartie dans l’empire. Les conquérants créèrent des bases militaires ; des villes-camps dont certaines comme Kufa ou Basra en Irak, Fustat en Égypte ou kairouan en Ifriqiya devinrent ensuite des grandes villes. Les peuples conquis obtinrent le statut de protèges (dhimmis) et furent soumis au paiement de l’impôt. Une fois celui-ci acquitté, ils purent continuer à mener la même vie qu’auparavant avec leur religion et même leurs autorités locales. A. Miquel résume très bien les rapports entre les Arabes et les populations conquises : « Le statut accordé aux juifs et aux chrétiens est sans doute en plein Moyen Âge, exemplaire, mais il n’est qu’un des signes parmi d’autres d’une altitude d’ensemble de l’islam, l’une des clés majeures de son succès : au plan temporel, il a bouleversé le moins possible, s’est superposé plus qu’imposé, coulé, chaque fois qu’il a pu, dans les vieilles habitudes de Orient méditerranéen et de la Perse. Bref, il a voulu «’lie, aussi peu que possible, l’étranger, l’intrus » (dans l’iance-Pays arabes, n° 85, p. 25). Ce sont dans les réions périphériques, là où s’inscrit progressivement la frontière, que les populations eurent à souffrir des  raids incessants menés par les Arabes et leurs adversaires pendant des décennies. Une sorte de vaste « no man’s land » apparaît ainsi dans le Nord de l’Espagne et dans le Sud-Est de l’Asie Mineure.

La maîtrise des routes commerciales

À la faveur de la conquête, les Arabes sont maintenant maîtres de toutes les routes commerciales, caravanières ou maritimes qui conduisent de la Méditerranée à l’Extrême-Orient. Sur le plan religieux, l’islam sera progressivement adopté par les populations conquises, par conviction ou par intérêt. L’islamisation commence assez tôt alors que l’arabisation se fera généralement très lentement. Les conquêtes arabes ont ainsi créé un empire, mais la civilisation musulmane n’existait pas encore. Elle apparaît en gestation dans le califat omayyade de Syrie.

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