Les omayyades : l’Empire arabe (661-750)

> > Les omayyades : l’Empire arabe (661-750) ; écrit le: 16 mai 2012 par Samouha

Le siècle des Omayyades, première dynastie héréditaire de l’Islam, est une période d’organisation dans tous les secteurs de cet immense empire encore agrandi par la deuxième vague de conquêtes au début du VIIIe siècle. Cette période prépare l’extraordinaire épanouissement de la civilisation dans les siècles suivants.

Les grandes périodes de l’histoire de la dynastie

Les règne brillant de Mo’awiya

Mo’awiya était gouverneur de Syrie depuis 638, lorsqu’il entra en conflit avec Ali. Comme il était solidement installé en Syrie au milieu de ses troupes arabes fidèles, il décida d’y rester et de faire de Damas la capitale de l’Empire. De ce fait, le centre politique du monde musulman changea. L’Arabie entra progressivement dans l’ombre et les villes saintes de La Mecque et Médine, résidences de familles enrichies, devinrent surtout villes de pèlerinage. Mo’awiya s’appuya sur la Syrie et sur son complément, l’Egypte, d’où l’imprégnation très forte d’influences byzantines que l’Empire subit alors que l’ancien monde perse sassanide se trouva laissé à l’écart et devint le centre de l’opposition shiite. Les kharijites se soulevèrent aussi à la fin du règne mais dans l’ensemble, le règne de Mo’awiya, vanté pour sa finesse politique, fut calme.

La deuxième rupture de la communauté : les troubles  de 680 à 693

La venue au pouvoir de Yazid, fils de Mo’awiya, jugé comme un « monstre d’impiété et de dépravation », relança les révoltes et les schismes. Les shiites d’Irak de la proclamèrent comme calife Hussein, mais le malheureux fut écrasé par le gouverneur d’Irak et assassinée avec les siens à Kerbela en octobre 680 (10 moharrem 61). La passion d’Hussein devint un des thèmes majeurs du shiisme et chaque année, le 10 moharrem donne lieu à de grandes fêtes commémoratives. Lacommunauté était définitivement coupée en deux groupes.

Beaucoup plus grave fut le soulèvement en Arabie d’Abdallah ibn Zobair, fils d’un vieux compagnon du Prophète et petit-fils d’Abu Bakr par sa mère. Il représentait les milieux pieux et traditionalistes de La Mecque et de Médine. Proclamé commandeur des  croyants, la Syrie et l lrak etaient prêts a le reconnaitre car, après la mort de Yazid (683) et le regne de quarante jours de son fils Mo’awiya II, le pouvoir était à prendre, mais, se faisant le champion de l’Arabie délaissée, il s’obstina à ne pas vouloir quitter Médine.Pendant ce temps, à Damas, on élut calife un homme  d’expérience, ancien secrétaire d’Othman et ancien gouverneur de Médine, Marwan, qui, malgré son règne très court (mort en 685), sauva la dynastie omayyade. Une sanglante bataille fratricide, opposant en juillet 684 les Arabes du Sud (Kalbites) favorables à Marwan, aux Arabes du Nord (Qaïsites), partisans d’Abdallah ibn Zobair, à Marj Rahit, se termina par la victoire des premiers.

Le frère d’Abdallah, Musab ibn Zobair, tenait l’Irak oùil dut réprimer la révolte de Mukhtar (685-687), l’ancien secrétaire d’Ali qui s’était soulevé au nom de Mohammed ibn al Hanafiya, fils d’Ali et de la Hanafiya (non pas d’Ali et de Fatima comme Hasan et Hussein,ce qui montre que les shiites sont plus attachés à Ali, qu’à la descendance même du Prophète).

En 685, Abd al Malik succéda à Marwan. Il s’attacha à rétablir l’unité de l’Empire au prix de l’achat d’une paix de dix ans à Byzance en 689. Il élimina Musab  d’Irak en 691 et mena une expédition en 693 contre La Mecque qui soutint un siège de six à huit mois au terme duquel Abdallah ibn Zobair fut exécuté. L’unité de l’Empire était rétablie.

L’apogée de la dynastie sous Abd al Malik (685-705) et walid ( 705-715)

Pendant ces deux règnes, l’Empire connut une période de stabilité intérieure. Si l’unité fut maintenue, c’est en fait parce que l’Empire était bicéphale : Abd al Malik, puis Walid, gouvernaient la partie méditerranéenne, tandis que le terrible gouverneur Al Hajjaj (694-714), qui fit preuve d’une loyauté exemplaire en vers les Omayyades, tenait d’une main de fer l’Irak et les anciennes possessions sassanides. Abd al Malik entreprit l’arabisation de l’administration et commença à frapper les premières pièces arabes : le dinar en or (de denarius) pesant 4,25 g et le dirhem d’argent (de drachme) pesant 2,97 g, car le bimétallisme issu du double héritage byzantin et perse était nécessaire.l’ Empire apparaissait prospère et les souverains furent de grands bâtisseurs. Profitant de la paix intérieure, l’élan des conquêtes put repartir.

Les derniers califes omayyades

 Le long règne d’Hisham (724-744) laissa encore croire  à la solidité du régime. Travailleur acharné et bon administrateur, il eut la sagesse de faire administrer l’Irak par un véritable vice-roi, Khalid al Qasri, ce qui valut à l’État omayyade une nouvelle période de paix. Après lui, l’Empire court rapidement à sa perte, car toutes les faiblesses internes apparaissent au grand jour : le problème dynastique qui provoque l’affrontement en 744 de trois souverains avant la proclamation de Marwan II (744-750) ; les rivalités entre les tri¬bus arabes du Nord (Qaïsites) et du Sud (Yéménites) qui obligent le calife à s’appuyer sur l’un ou l’autre camp ; les révoltes politico-religieuses avec les shiites (Zayd ben Ali en 740, puis son fils Yahya en 743) ; les kharijites à Kufa en 744, puis au Yémen et au Hedjaz, où ils s’emparent de La Mecque en 747. La répression de ces révoltes affaiblit le califat à un moment où surgissait une grave menace à l’est, dans le Khurasan : 34 celle des Abbassides.

La montée et le triomphe des abbassides

Les Abbassides descendent de l’oncle du Prophète, Al Abbas, un homme qui avait travaillé au rapprochement entre celui-ci et les qoraishites. Ils se disent donc légitimement Hashimites mais ce nom a aussi une autre signification, car ils se prétendent légataires de l’imamat que leur aurait cédé Abu Hashim, le fils de Mohammed ibn al Hanafiya, à sa mort, en 718. Ils vont donc parler au nom de la famille du Prophète en organisant un mouvement souterrain en Perse où il était facile de rallier les mécontents de plusieurs horizons. Ils cachèrent le nom de l’imam ne parlant que d’un membre de la famille, ce qui attira les Alides. Ils durent leur avènement à Abu Muslim, un personnage La montée etle triomphe des Abbassides très mal connu, qui souleva le Khurasan au nom des,  Hashimites. Il s’empara de Merw en 747, s’avança vers l’ouest et fit proclamer calife Abul Abbas al Saffah (« le sanguinaire ») dans la grande mosquée de Kufa en octobre 749. L’armée omayyade fut écrasée à la bataille du grand Zab en janvier 750. La vengeance des Abbassides allait s’exercer de manière particulièrement cruelle : tous les membres de la famille omayyade furent exterminés au cours d’un banquet organisé sous le prétexte de réconciliation. Il n’en réchappa qu’un petit-fils d’Hisham, Abd Rahman,qui réussit à gagner l’Espagne. Une page de l’histoire des Arabes était tournée.

L’organisation d’un État centralisé

Une période d’organisation administrative

La prise du pouvoir par Mo’awiya signifie la victoire décisive de l’aristocratie qoraishite sur les compagnons du Prophète. Mo’awiya est en effet le fils d’Abu Sufyan, l’ancien chef des Mecquois hostiles au Prophète. Placé à la tête d’un empire régi par une religion (iù rien ne distingue le pouvoir spirituel du pouvoir tem¬porel, il lui fallait fixer les attributions du califat. Son pouvoir s’appuie sur plusieurs éléments : la tradition arabe où le chef de tribu est choisi par le conseil des Anciens qui partage le pouvoir avec lui ; la tradition byzantine ou perse où le souverain dispose d’une puissance absolue d’essence divine ; enfin, la loi coranique <|ui donne des indications sur la manière de gouverner cl d’obéir. Le calife omayyade est « Khalifat Allah » (« Calife de Dieu »), Amir al Muminin (« Commandeur des croyants »), c’est-à-dire chargé de veiller à l’application de la loi religieuse. Le califat prit surtout figure de monarchie militaire inspirée de l’exemple byzantin. Les historiens de l’époque abbasside reprochent aux Omayyades d’avoir brisé l’organisation de la communauté telle qu’elle apparaissait sous les califes « bien dirigés » pour en faire un royaume profane (mulk).

Le problème de la succession

Un des principaux problèmes qui se posent aux nouveaux califes est celui de la transmission du pouvoir, événement essentiel pour le bon fonctionnement d’un État solide. Les Omayyades ont imposé la transmission héréditaire, mais elle ne fut jamais acceptée comme un principe légal. Le seul mode de désignation aux yeux de la communauté restait en effet l’élection

V 91 (bay’a). Il fallut procéder par des moyens détournés. Ainsi Mo’awiya Ier, puis Yazid et Marwan, pratiquèrent l’élection anticipée, Abd al Malik et Sulayman eurent recours au testament. Pour l’élection, les notables se rassemblent dans la mosquée principale de la capitale, ils approuvent le choix du nouveau calife et font une déclaration de soumission, d’allégeance à son autorité. Une des faiblesses du califat omayyade fut de n’avoir aucune règle fixe de succession au trône.

Pour l’organisation du gouvernement central et de l’administration des provinces, les Omayyades trouvèrent une base solide dans les services administratifs byzantins. Les convertis syriens apprirent l’arabe et se mirent au service du vainqueur. Un ancien fonctionnaire byzantin, Ibn Sarjun, fut le chef des finances de Mo’awiya. Dans les provinces, le calife délègue ses pouvoirs à des gouverneurs, véritables petits souverains bénéficiant d’une large autonomie. Ils sont nommés « pour la prière et pour la guerre », mais leur première préoccupation est la perception des impôts dont ils envoient le surplus à Damas. Au début du VIIIe siècle, les cinq chefs-lieux de gouvernorats sont Kufa (Irak-Iran), Médine (Arabie), Mossoul (Djazira, Arménie), Fustat (Égypte), Kairouan (Afrique du Nord et Espagne). Les relations entre le caiife et les gouverneurs sont souvent difficiles. Musa ibn Nusayr par exemple fut rappelé brutalement à Damas pour rendre des comptes financiers et fut destitué.

L’armée

 L’armée est une armée arabe recrutée par volontariat, chaque tribu devant fournir un certain contingent 36 d’hommes. Dans une armée, on mélange les soldats

des différentes tribus, mais, à l’échelon inférieur, ils sont regroupés par tribu. La Syrie et l’Occident sont divisés en circonscriptions (junds) qui correspondent aux anciens thèmes byzantins. Les soldats perçoivent une solde fournie par l’impôt de la circonscription. Les troupes deviennent de plus en plus exigeantes. À la lin de la dynastie, l’armée connaît un problème de recrutement, malgré les promesses que font les recruteurs. L’armée a adopté le cheval et comme armes utilise le javelot, l’arc et le sabre. Pour la marche et le campement, les troupes ont imité les méthodes byzantines, dérivées elles-mêmes des traditions de la légion romaine.

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