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Les dix rois des enfers

Vous êtes ici : » » Les dix rois des enfers ; écrit le: 3 février 2012 par Hela modifié le 26 janvier 2015

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Les dix rois des enfers sont en réalité des Dharmapâla qui, sous la direction de Yamarâja, président aux enfers bouddhiques. Selon une tradition chinoise, neuf rois (ou juges) assistent Yamarâja qui décide du sort des trépassés et qui envoie ceux-ci soit dans l’un des enfers« froids » ou « chauds », soit de nouveau sur terre dans l’une des catégories d’êtres vivants des six voies de la transmigration, et cela selon leurs mérites. Toute la mythologie bouddhique concernant les enfers, les châtiments ou les destinées des mortels est rattachée à la croyance en Yamarâja.



Ces dix rois sont probablement des émanations de Yamarâja : ils lui servent d’assesseurs. Ce sont, à part Yamarâja lui-même (et au Japon Tamon-ten Vaishravana, qui est parfois considéré comme un Dharma- pâla), des personnages d’origine chinoise (sauf peut-être l’un d’entre eux, Chitragupta, jap. Taizan-ô, qui est d’origine indienne). Dans la nomenclature japonaise  ce sont Shokô-ô, Byôdô-ô, Shinkô-ô, Sôtei-ô, Gokan-ô, Hensei-ô, Taizan-ô, Toshi-ô et Godôtenrin-ô.

On peut y ajouter les « rois » des enfers ordinaires et les démons.

Yamarâja (jap. Enma-ô, Enra-ô ; chin. Yanluo-wang ;tib. Chos-rgyal, Gsin-rje ; mongo Erlig Khân ; khmer Tevabot Yom)

C’est évidemment le personnage le plus important de cette série, et c’est aussi le seul à qui un véritable culte soit rendu, bien que les autres soient parfois vénérés en connexion avec les devoirs religieux rendus aux défunts.

Assez curieusement, en Chine, ce n’est pas Yamarâja qui est le roi suprême des enfers, mais Kshitigarbha. Yamarâja n’est que le cinquième parmi les dix rois, bien qu’il règne sur dix jours de jugement. Il ne juge que les hommes, tandis que sa sœur Yamî juge les femmes.

Dans la mythologie indienne, Yama est le suprême juge des trépassés et se trouve au centre des seize enfers (huit froids et huit chauds) et des lieux de punition. Il est accompagné de sa sœur Yamî et doit, à la fin des temps, renaître avec le nom de Samantarâja, après avoir lui aussi expié ses fautes.

Au Tibet et en Mongolie, Yamarâja est réputé avoir trois aspects (dont deux sont en réalité ses émanations), le principal étant celui de Gsang-sgrub qui, selon une légende tibétaine, fut vaincu par Manjushrî qui fut dès lors appelé Yamântaka, « vainqueur de Yama ». Cette forme ésotérique est montrée avec une tête de taureau (ou de buffle, car en Inde le démon de la mort vaincu par Durgâ possède une tête de buffle), les cheveux hérissés de flammes, avec un troisième œil sur le front. Il danse sur un corps de buffle (ou de taureau), est couronné de crânes et tient à la main un couperet, une calotte crânienne (ou une massue, comme dans les représentations indiennes) et une corde. Il a un corps rouge et est souvent accompagné par les deux Chitipati. C’est peut-être là une personnification d’une maladie.

Ses deux « ministres » (confondus avec lui comme étant ses aspects) sont Phyi-sgrub, « ministre de l’Extérieur » (représenté avec une tête de buffle et un chakra sur la poitrine, et dansant sur un buffle et sur un corps de femme) : il est bleu foncé s’il est accompagné de Yamî, et blanc ou jaune s’il est représenté seul, et Snag-sgrub, « ministre de l’intérieur », de même aspect mais piétinant un homme. Cependant Yama peut être représenté, dans son aspect tantrique, avec une tête humaine et six bras (deux de ses mains sont jointes en prière au-dessus de sa tête). Un chakra est dessiné sur sa poitrine.

Yama est considéré (dans son aspect de Phyi-sgrub) comme protecteur de la secte tibétaine des « Bonnets jaunes » (Dge-lûgs-pa). On croit communément au Japon que Yamarâja, aussi appelé Enma-dai-ô (le grand roi des enfers), afin de remplir sa tâche, est entouré de dix-huit généraux et d’une infinité de soldats (quatre-vingt mille au Japon), ainsi que de divers démons et de gardes infernaux à tête de cheval (jap. Mezu) et de bœuf (jap. Gozu), entre autres. Il serait également assisté par deux « secrétaires » (jap. Gushôjin). Chitragupta (jap. Taizan-ô) lui sert de greffier pour enregistrer les méfaits.

Yamarâja rend ses jugements assis derrière une table, encadrée à droite par une tête masculine, la bouche ouverte pour rapporter les actions du trépassé passant en jugement, appelée au Japon Kagu Hana (nez qui hume les méfaits), et à gauche par une tête féminine, la bouche fermée, appelée Mirume (l’œil qui voit les fautes cachées). Yamarâja est représenté en Chine, en Corée et au Japon en costume taoïque ou de juge chinois, avec une longue robe noire lui cachant les deux pieds, et coiffé (ainsi d’ailleurs que les autres rois des enfers) d’un grand chapeau noir de juge chinois, traversé par une longue épingle horizontale, et sur le devant duquel se trouve inscrit le caractère chinois signifiant « roi ». Il a parfois, dessiné sur la poitrine, soit un chakra ou « roue des renaissances », soit une svastika, soit encore les images du soleil et de la lune, montrant ainsi que rien de ce qui se trouve dans l’univers ne peut lui échapper. Il est assis sur une chaise chinoise à haut dossier, ou en tailleur sur le siège de celle-ci. Sa tête, ridée et rude d’aspect, est rougeaude, parfois barbue. Il a une expression peu avenante et sa bouche est toujours ouverte. Dans une de ses deux mains il tient verticalement une tablette de fonction (jap. shaku ; tib. dbyug-pa gui) ou un bâton de religieux (jap. nyo-i) dérivé d’un grattoir de Enma-ten (Yamarâja) dos. Sur les images le représentant, peintures diverses et mandala, il est souvent semblable à son aspect tantrique, appelé au Japon Enma-ten. Très vénéré autrefois au Japon (et surtout craint), il n’est plus guère aujourd’hui l’objet de la considération populaire. On ne l’oublie pas, cependant, et on le fête, notamment à Osaka, tous les ans le 16 janvier,en tant que patron des apprentis, au cours d’une cérémonie appelée Yabuiri. En Chine, les rois des enfers, tous habillés en juges chinois, sont généralement représentés en groupe entourant Dizang Pusa (Kshitigar-bha). Lorsque Yamarâja est représenté seul (notamment au Tibet) dans son aspect tantrique, il a comme attributs une corde, un couperet et un sceptre. Il peut alors être bleu foncé, rouge ou jaune. Sa parèdre est Lha-mo.

Les Chitipati (tib. Dur-khrod Bdag-po)

Ce sont deux acolytes de Yamarâja, deux squelettes, celui d’un homme et celui d’une femme, généralement représentés dans l’art tibétain comme ayant les jambes et les bras entrelacés, et dansant sur deux cadavres. Ils tiennent un sceptre (ou un bâton) orné d’un crâne, une calotte crânienne, un vase. Ils font généralement partie de la suite de Yama.

Ces squelettes rappellent ceux qui sont parfois représentés dans l’art hindou en compagnie de Shiva lorsque celui-ci danse la destruction du monde (Shiva Tândava).

Les autres rois des enfers

Parmi les autres rois des enfers, la secte Shingon reconnaît au moins trois formes de Kshitigarbha. Ces rois sont toujours représentés assis (sauf en Chine où ils sont toujours debout en présence de Dizang), comme Yamarâja, mais leur robe ne cache qu’un seul de leurs pieds. Ils ont en général la main gauche levée, l’autre reposant, paume tournée vers le haut, sur le creux de la cuisse (ils ont aussi parfois une tablette de fonction à la main). Quelques formes sculptées sembleraient montrer que ces rois furent (tout au moins au Japon, à l’époque de Kamakura) différenciés. Leurs noms japonais différant de ceux normalement attribués aux dix rois, on ne sait exactement auxquels ils correspondent : ce sont Shimyô (directeur du lot de la vie et chargé du registre des morts) qui est montré avec un pinceau à la main (peut-être est-ce là une forme de Chitragupta ?) et Shiroku (directeur des revenus) qui lit un registre tenu des deux mains.

Les dix rois sont vénérés en groupe, au Japon, par les sectateurs du Shingon, et les uns à la suite des autres à certains intervalles après la mort d’un fidèle. Ils correspondraient également à certaines divinités bouddhiques, leur nombre se montant à treize (dont dix seulement sont reconnus comme rois des enfers). Les cérémonies célébrées en leur honneur seraient destinées à apaiser le courroux des juges infernaux et à obtenir le pardon pour ceux qui se trouveraient tourmentés dans les enfers, en invoquant en même temps la protection des divinités correspondantes. Rappelons à ce propos que la secte Shingon honore une série de treize Bouddha (jap. Jûsan Butsu), surtout lors des cérémonies funéraires. Cependant, dans ces cérémonies, ces treize Bouddha sont invoqués à des intervalles différents de ceux observés pour les rois des enfers.

Les démons des enfers

Les enfers bouddhiques (Naraka ; jap. Jigoku) sont peuplés d’une infinité de démons qui peuvent prendre tous les aspects possibles et imaginables, les uns ressemblant à des animaux, d’autres à des humains contrefaits, avec de nombreux yeux. Ils ne sont pas expressément décrits dans les textes, mais leurs images, fruit de l’imagination populaire, se retrouvent fréquemment sur les rouleaux bouddhiques enluminés traitant des enfers.

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