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Les formes sino-japonaises d’Avalokiteshvara

Vous êtes ici : » » Les formes sino-japonaises d’Avalokiteshvara ; écrit le: 1 février 2012 par Hela modifié le 13 février 2015

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On considère qu’il y a au moins neuf sortes de formes d’Avalokiteshvara au Japon et en Chine qui furent vénérées par la majorité des fidèles : Aryâvalokiteshvara, Ekâdashamukha, Sahasrabhuja Sahasraneta, Chintâ- manichakra, Hayagrîva, Chundî, Amoghapâshâvalokiteshvara, Bhrikutî, et Avalokiteshvara sous sa forme féminine de « donneuse d’enfants » (parfois assimilée à Chundî, que nous étudierons avec les divinités populaires et syncrétiques, ses aspects appartenant plus au bouddhisme populaire qu’aux diverses orthodoxies). Au Japon, les sectes Shingon, Tendai, Zen et Jôdo honorent plus particulièrement le personnage d’Avalokiteshvara, sous des formes diverses, plus spécialement Shô Kan- non Bosatsu. La secte Shingon cependant ne reconnaît pas Amoghapâs­hâvalokiteshvara (jap. Fukûkensaku Kannon). La secte de Nichiren et celle du Jôdo-Shinshû ne vouent, quant à elles, aucun culte à Avalo­kiteshvara, bien que le Sûtra du Lotus dont elles se réclament lui consacre un chapitre, et que Shinran acceptât de reconnaître Shôtoku Taishi comme ayant été une incarnation de ce Bodhisattva.



Shô Kannon Bosatsu

C’est le Bodhisattva sauveur par excellence, « Celui qui regarde en bas » les misères du monde, le « Seigneur qui brille  », le fils spiri­tuel d’Amitâbha. Il serait né, selon la légende, d’un rayon de lumière émané de l’œil droit d’Amitâbha faisant éclore une fleur de lotus. Il est aussi appelé Lokeshvara, « Seigneur du monde », et Lokanâtha, « Protecteur du monde ». Le XXIV chapitre du Sutra du Lotus lui est consacré, dans lequel il est appelé « Celui qui regarde de tous les côtés », appellation qui a peut-être donné naissance à l’idée qu’ont eue certains imagiers de lui mettre des yeux dans les paumes des mains, afin de symboliser «le regard qui embrasse le monde entier». Il est aussi celui qui rafraîchit, qui calme la soif, comme tendraient à le montrer des fresques des grottes de Dunhuang, en Chine, sur lesquelles on voit des Prêta (êtres désincarnés, errants et perpétuellement affamés) avaler goulûment des gouttes tombées du vase que tient à la main Avaloki­teshvara. C’est encore « le bon nautonnier » qui fait passer dans sa barque de miséricorde les êtres qui désirent se rendre dans la Terre pure d’Amitâbha.

En Chine, il est appelé Guanshiyin, « Celui qui perçoit les accents (du monde) », abrégé en Guanyin. Le nom japonais de Kannon est une abréviation pour Kanzeon, « Celui qui regarde ou écoute les voix (du monde) ». Des formes plus anciennes de ce nom seraient celles de Kan- lizai et Kôzeon, « la Voix du monde de la lumière ». Ce Bodhisattva lut aussi associé, syncrétiquement, à Izanami, génitrice, avec son frère- époux Izanagi, des îles du Japon selon les légendes anciennes apparte­nant au shintô. Dans le mandala du Vajradhâtu, Avalokiteshvara est appelé Vajradharma (jap. Kongô-hô Bosatu) ; il se trouve alors assis à l’est d’Amitâyus, symbolisant la pureté de tous les Dharma que l’on compare à « la fleur de lotus que la fange ne souille pas».

Dans le mandala du Garbhadhâtu, il est appelé Kanjizai Bosatsu ‘jap.) ; il y est assis au nord de Dainichi Nyorai (Mahâvairochana), sur un lotus blanc, et est entouré de plusieurs autres Bodhisattva qui sym­bolisent ses vertus de compassion.

Nous avons vu qu’Avalokiteshvara fut très tôt représenté. À la fin du IX siècle, le pèlerin chinois Faxian signale son culte à Mathurâ. On trouve quelques-unes de ses représentations à Âjantâ (Inde) sur des ôesques et en sculpture, sur au moins un temple à Bhûvaneshvar et en de nombreux autres lieux de l’Inde comme à Nâlandâ, par exem­ple. En Asie du Sud-Est, des bronzes cham, des sculptures et bronzes javanais et sumatranais, préangkorien , ainsi que les bas-reliefs du stûpa du Borobudur à Java préfigurent les gigantesques effigies à quatre visages de Lokeshvara, si typiques de l’époque de Jayavarman VII (fin XII siècle) au Cambodge, où l’on trouve également des représentations de Lokeshvara au corps couvert de centaines de petites images de – Bouddha irradiants» et où un sanctuaire au moins, celui du Neakn à Angkor, lui aurait été dédié.

En Chine, son image est le sujet d’importantes peintures, tant murales que sur soie, à Dunhuang (IX siècles) notamment, et l’on sait la fortune qu’il connut sous le nom de Guanyin (considérée surtout comme « donneuse d’enfants ») au cours des siècles qui suivirent.

Au Japon, nous avons vu qu’Avalokiteshvara (jap. Shô Kannon) fut vénéré presque depuis le début du bouddhisme dans ce pays. Un des premiers temples consacrés à une triade d’Amida (comprenant Avalokiteshvara) fut en effet élevé en 602 par Shôtoku Taishi au Zen- kô-ji de Nagano (près de Shinano). Shôtoku sera par la suite considéré comme une incarnation de Shô Kannon Bosatsu. Au Yakushi-ji (Nara), une statue en bronze dAvalokiteshvara fut érigée à la fin du VII* siècle. Ses vertus de Compassion infinie en firent le « Grand Compatissant », « Celui qui fait face à tout ». Dans les malheurs, dans les périls, c’est à lui que l’on recourt le plus volontiers : il écoute les prières, procure à ses fidèles l’apaisement et la sécurité, accomplit pour les sauver d’innombrables miracles en assumant toutes sortes de corps et de métamorphoses. Associé à Amitâbha dont il est, avec MahâS thâmaprapta, l’un des acolytes, il fut très fréquemment représenté.

Il porte généralement dans sa coiffure (sur celle-ci ou dans sa cou­ronne) une petite effigie (jap. kebutsu) d’Amitâbha debout ou assis. Mais il semble que cette effigie, rappelant qu’Avalokiteshvara est une hypostase d’Amitâbha, ait été ajoutée assez tardivement.

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