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Les mamelouks d’Egypte (1250-1517)

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Des esclaves au pouvoir

 Cette dynastie d’esclaves affranchis qui, pendant près  de trois siècles, a gouverné l’Égypte, est à coup sûr la dynastie la plus inattendue du monde arabe. Ces esclaves (mamelouk : « objet possédé ») venaient en effet des pourtours de la mer Noire et du Caucase. Ils repoussèrent le principe dynastique au profit de l’élection. Dans ce régime militaire, chacun avait sa chance, même celle d’accéder au sultanat. Le plus connu, Baybars, est le type même du mamelouk qui réussit : acheté sur les marchés de Crimée, il accompagna son maître, le sultan ayyoubide, dans les expéditions contre les croisés, gravit peu à peu les échelons de la carrière militaire (il fut le vainqueur de Mansura sur saint Louis) et régna de 1261 à 1277. Il fut à la fois le vainqueur des Mongols et des croisés, à qui il reprit la plupart des places qu’ils possédaient encore sur la côte du Levant (Antiocne, krach des Chevaliers). Il eut l’idée subtile, trois ans après la disparition du calife de Bagdad (1258) d’accueillir l’oncle du dernier calife et de le reconnaître. Le califat n’était certes plus qu’une fiction, mais il légitimait toutefois le pouvoir des mamelouks et servait leur prestige. Ceux-ci ne lui laissèrent qu’une fonction honorifique, comme l’indique 176 bien l’historien Maqrizi (mort en 1442) : « Les mamelouks turcs n’ont donné que le nom et le titre de calife à celui qu’ils installèrent, sans lui accorder l’autorité, ni même le droit d’exprimer ses opinions. » L’Égypte devenait le centre de l’Islam et de la civilisation arabo-musulmane après le passage du Moyen-Orient sous la coupe des Mongols.

Un régime militaire

C’était un régime militaire, mais non pas féodal, plutôt même antiféodal puisque les mamelouks, n’ayant pas de famille, ne travaillaient que pour eux- mêmes. L’Empire, bien organisé, disposait d’un excellent service de la poste, qui permettait de relier Le Caire à Damas en quatre jours. Les mamelouks conservèrent le système des concessions de terre (iktas) aux officiers en échange de l’entretien des soldats, système que les Ayyoubides avaient emprunté aux Seldjoukides. L’officier ne résidait pas sur  terres, mais au Caire, si bien qu’il ne marquait pas la région comme dans le système féodal. Les concessions n’étaient pas héréditaires et faisaient l’objet d’un contrôle strict de l’État.

Un des secrets de la durée du régime réside dans la coopération qui se manifesta entre les chefs religieux et militaires pour défendre le sunnisme. Ils ne furent pas tolérants vis-à-vis des minorités religieuses et eurent à cœur de chasser les Francs de la côte syrienne, ce qu’ils parvinrent à faire en 1191 par la prise de Saint-Jean-D’acre.

L’Égypte connut la paix et la prospérité apportées par le commerce. Les mamelouks accordèrent des avantages aux Italiens, mais ils tenaient la clé du commerce vers l’Orient et s’enrichirent avec les droits de douane. Les masses égyptiennes, résignées, étaient soumises à une dure exploitation par les concessionnaires.

Le temps des encyclopédistes

Les mamelouks, qui parlaient essentiellement le turc ou le circassien, protégèrent les lettres et les sciences arabes. La littérature est maintenant une « littérature du souvenir » (A. Miquel). On ne crée plus, mais on fait des inventaires, on résume, on compile. C’est l’époque des grands encyclopédistes comme Nuwairi (mort en 1332), Maqrizi (mort en 1442), Qalqashandi (mort en 1418), Suyuti (mort en 1505). Ibn Mansur (mort en 1311) fut l’auteur d’un dictionnaire qui fit autorité. Ibn al Athir (mort en 1234) reprit l’histoire universelle de Tabari, mais y ajouta une partie sur l’Occident musulman. Abu Shama (mort en 1268) fut le biographe de Nur al Din et de Saladin. Ibn Khallikan (mort en 1282) rédigea un dictionnaire biographique des hommes illustres. Abul Fida (mort en 1331) et Yaqut (mort en

1229) furent des géographes compilateurs. La grande figure de l’époque est celle d’Ibn Taimiya (mort en1318), professeur de droit et de théologie à Damas, grand juriste hanbalite qui demande un retour sans concessions à la seule tradition du Prophète. Il faut noter le développement d’une importante littérature populaire et c’est en Égypte que s’achèvent les célèbres Mille et une nuits qui avaient été peu à peu mises en place par les conteurs un peu partout en Orient. Dans le domaine des sciences, l’astronome Noureddine al Bitroudji élabora une théorie du mouvement spiral des planètes ; le médecin Ibn an Nafis, commentateur des œuvres d’Avicenne, décrivit la circulation pulmonaire du sang.

L’art mamelouk

Les mamelouks furent de grands constructeurs et firent de l’Égypte un grand centre d’art. Plutôt que des mosquées isolées, ils édifièrent des monuments à plusieurs usages : mosquée, mausolée, medersa, tombeau. Les plus beaux sont la medersa-hôpital-mausolée du sultan Qalaoun (1283) et la medersa-mosquée du sultan Hasan (1356-1362). Celle-ci, qui occupe une superficie de huit mille mètres carrés, présente pour la medersa un plan cruciforme avec quatre iwans, un pour chaque rite juridique. En arrière de chaque iwan se trouvent une salle d’enseignement et des cellules d’étudiants sur plusieurs étages. Le mausolée se situe dans le prolongement de l’iwan principal. Plus tard sera construit le mausolée de Qaitbay (1472-1474), magnifique édifice dont les façades sont articulées par des niches et animées par un appareil coloré en noir et rouge, et dont le minaret, très élaboré, passe de la base carrée à la forme octogonale, puis au cercle par l’intermédiaire de balustrades à grilles supportées par des stalactites. Ce type de minaret à mi-chemin entre le lourd minaret maghrébin et l’élégant minaret perse, ainsi que les encorbellements en stalactites, sont les caractéristiques de l’art mamelouk. Parmi les monuments, nous pouvons citer aussi les nombreux mausolées appelés improprement « tombeaux des califes ». 178 Le Caire se couvrit donc de monuments, et Ibn Khaldun, qui y mourut en 1406, pouvait écrire : « Celui qui n’a pas vu Le Caire ne connaît pas la grandeur de l’islamisme. »

LA fin mamelouks

Le XVe siècle fut un siècle de difficultés pour les  mamelouks. La population fut décimée par la peste  noire. La trésorerie fut affaiblie par la perte de la Syrie, ravagée par Tamerlan. L’or de Nubie diminua et surtout les Portugais établirent des liaisons directes avec l’Inde. Les mamelouks furent battus par les Ottomans le 24 janvier 1516, près d’Alep. Un an plus tard, la ville du Caire était prise et le califat, supprimé, ou plutôt transféré à Istanbul. Ainsi se termina l’histoire de cette curieuse dynastie. Les mamelouks continuèrent cependant à servir comme soldats pendant la période ottomane.

Au cours de cette longue période de plus de quatre siècles que nous venons d’évoquer, l’équilibre tant politique qu’ethnique ou économique du Moyen-Orient a été sérieusement perturbé par les invasions turques et mongoles. Les Arabes sont dominés par les Turcs qui détiennent partout le pouvoir. La culture arabe vit maintenant sur elle-même et cède la place dans les pays à l’est de la Mésopotamie aux cultures persanes et turques qui connaissent un grand essor. À l’économie agraire s’est substituée peu à peu l’économie commerciale. Les musulmans ont abandonné au laveur des Croisades la maîtrise du commerce méditerranéen aux Italiens. L’ouverture de la route du cap de Bonne-Espérance pour aller s’approvisionner en épices fut un coup très rude porté au monde musulman.

 

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