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Les postures de divinités

Vous êtes ici : » » Les postures de divinités ; écrit le: 28 janvier 2012 par Hela modifié le 13 février 2015

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Les postures (âsana) que les représentations des divinités peuvent adop­ter, tant dans la statuaire que dans la peinture, sont très diverses et caractéristiques de la nature et de la fonction de ces divinités, tout comme les mudrâ. On peut les diviser en deux groupes principaux : les postures stables et les postures dynamiques.



 Les postures stables

Elles sont généralement adoptées par la plupart des Bouddha et Bo- dhisattva, ainsi que par beaucoup de Deva. Ces personnages sont donc le plus souvent représentés soit debout, les pieds légèrement écartés, les jambes tendues (Kâyotsarga ; jap. Ritsu-zô), sur un lotus, un trône ou un animal, soit en appui sur une seule jambe, le corps se trouvant alors légèrement déhanché (Tribhanga ; jap. Yûkyaku-zo).

Les postures assises ou couchées

Elles sont à la fois les plus nombreuses et les plus diversifiées. En général réservées aux Grands Bouddha, elles peuvent aussi avoir été adoptées par d’autres divinités.

Bhadrâsana, Pralambapâdâsana (jap-zô). C’est la posture assise dite « à l’européenne », ou encore « à la chinoise », soit la posture heureuse (Bhadrâsana), soit la posture aux pieds pendants (Pralambapâdâsana), sur un siège quelconque, les deux jambes pendantes, pieds au sol, parfois croisés aux chevilles (jap. Kôkyaku-zô), genoux écartés. C’est une posture typique de Shâkyamuni et de quelques images de Maitreya. On rencontre cette posture dans tous les pays bouddhiques. Dans l’art du Gandhâra notamment, les pieds peuvent être posés sur une sorte de petit tabouret, ce qui relève les genoux. C’est en Inde une posture (âsanâ) typique de la royauté. On rencontre cette posture « à l’européenne » très tôt dans le Gandhâra et en Inde (Bouddha de Sarnâth, d’époque Gupta, IVV siècles), comme en Asie du Sud-Est (Chandi Mendut près du Borobudur, Java, VIII siècle), ainsi que dans nombre de statues et de peintures du Tibet, de Chine, de Corée et du Japon (dans ces derniers pays, c’est une posture typique de Maitreya).

Kiza-zô. Cette posture agenouillée, aussi appelée Sonkyô-zô, est fréquemment utilisée en Inde et en Asie du Sud-Est comme au Japon pour les orants et les fidèles. En Asie du Sud-Est, les images du Bouddha sont souvent flanquées de statues d’orants agenouillés dans cette posture sur les talons, les mains en Anjali. Au Japon, où cette posture est relativement rare (bien que ce soit là la posture habituelle des femmes japonaises), elle est également réservée aux orants et personnages mineurs représentés dans l’attitude typique de la vénération. Les personnages de Seishi Kannon (Mahâstamaprapta) et Shô Kannon (Âryâvalokiteshvara), en particulier, sont parfois représentés dans cette posture lorsqu’ils sont considérés comme les acolytes d’une autre divinité (en général Amitâbha).

Lalîtâsana (jap. Tôka-zô). C’est la posture de la relaxation, une jambe repliée (la gauche généralement, mais parfois la droite) sur le siège, l’autre pendante ou reposant sur le sol, le genou plus ou moins relevé. La jambe pendante peut se trouver sur le côté ou bien ramenée au milieu, et reposer sur un piédestal ou une fleur de lotus. Cette posture est souvent adoptée pour les effigies des divinités reposant sur le dos d’animaux-supports, bien qu’elle soit habituelle pour des représentations assises sur un trône ou tout autre siège. Elle est typique des images des Bodhisattva sur les peintures des grottes d’Ajantâ comme des représentations chinoises de Guanyin (Avalokiteshvara) à partir des époques Tang et Song. Une variante de cette posture, la Râjalîlâsana (ou Mahârâjalîlâ- sana), posture de l’aise royale : jambe gauche repliée à l’horizontale, la droite repliée à la verticale, talons se touchant ou bien pied droit sur talon gauche, est caractéristique de nombreuses images de Manjushrî et d’Avalokiteshvara, bien quelle soit de temps à autre réalisée par d’autres divinités. Réservée aux personnages royaux, cette posture n’est jamais utilisée par des divinités mineures ou accessoires. Les personnages qui adoptent cette attitude sont souvent représentés avec le coude (droit ou gauche, selon la jambe qui est relevée) nonchalamment appuyé sur le genou, l’autre bras prenant appui sur le sol (ou le siège) derrière la cuisse repliée à plat, afin de maintenir l’équilibre. Une variante montre parfois le personnage en Lalîtâsana, avec la main droite en Varada-mudrâ posée sur le genou de la jambe pendante : c’est l’Ardha-paryanka-âsana. Le Bouddha Lui-même fut, en de rares occasions, représenté dans cette attitude, soit sur des images du Gandhâra, soit sur des œuvres relativement récentes (dans ce cas, les deux mains prennent appui sur le genou relevé). Cette posture en Mahârâjalîlâsana est appelée Rinnô-zô (ou Rinnô-za-zô) au Japon.

Maitreyâsana (jap. Hanka-shiyui-zô). C’est la posture du « penseur », une jambe pendante (pied posé sur le sol ou sur un lotus), l’autre jambe reposant horizontalement, la cheville sur le genou de la jambe pendante. Les mains sont en Shiyui-zô, c’est-à-dire légèrement appuyées sur la joue.Cette posture est typique des anciennes représentations de Maitreya en Chine, en Corée et au Japon, où elle est également nommée Hanka-i-zô. Au Japon et en Corée, Maitreya représenté dans cette posture a le coude droit reposant sur le genou droit, la main gauche étant posée sur la cheville du pied droit. Le plus ancien exemple d’image montrant cette attitude de réflexion date de l’époque de Mathurâ en Inde (II siècle ). Cette attitude fut reprise par l’art du Gandhâra d’où il est probable qu’elle passa en Chine (époque des Wei). Elle connut un grand succès en Corée dès le VI siècle, et surtout en Chine sous les Tang et les Song. Le Japon importa cette image de Corée et en réalisa de magnifiques exemples (statue de Maitreya du Chûgûji, à Nara). Au Japon toujours, cette attitude a également été adoptée pour représenter Nyoirin Kannon.

Parinirvânâsana(jap. Ga-zô, Nehan-zô ; chin. Daniepan). C’est l’attitude du Bouddha lors de Son Parinirvâna, couché sur le côté droit, la main droite soutenant la tête, les pieds joints, le bras gauche allongé sur la hanche gauche. La tête est parfois montrée reposant sur un coussin. Dans quelques rares représentations peintes japonaises et chinoises, cependant, la main droite, au lieu de soutenir la tête, repose près de celle-ci, en Varada-mudrâ. Cette position du Bouddha entrant dans le Nirvana est une des quatre positions majeures du Bouddha, concrétisant le dernier « moment » de la vie du Maître. À ce titre elle est très souvent représentée dans les images de l’Inde et du Sud-Est asiatique, tant par l’iconographie des sectes anciennes que par celle des sectes du Mahâyâna.

Les postures assises en lotus (Padmâsand)

Ce sont les postures les plus fréquemment représentées pour les images des Grands Bouddha. Elles ont plusieurs variantes :

Vajraparyanka (jap. Goma-za-zô). Posture avec le pied gauche sur la cuisse droite.

Kichijô-za-zô (jap.). Posture avec le pied droit sur la cuisse gauche. Ces deux postures sont surtout utilisées pour les effigies assises des Grands Bouddha. Cependant, la Kichijô-za-zô est plus généralement utilisée dans les représentations appartenant aux sectes ésotériques que la Gôma-za-zô, plus volontiers utilisée par les sectes non ésotériques. Lorsque les deux pieds sont cachés par la robe, cela indiquerait la nature ésotérique (cachée) de la divinité représentée : c’est le Paryankâsana. Ces postures du lotus (jap. Kekka-zô, Kekka-fuza-zô, Renge-za-zô) sont des postures universelle­ment adoptées depuis la plus haute Antiquité (sceau de Mohenjo-darô) par les hommes et les femmes dans tout l’Orient, et particulièrement en Inde. C’est la position prise par tout ascète pour la méditation. Dans les sectes non ésotériques, tous les Bouddha assis sont représentés dans cette posture. Dans les représentations ésotériques, c’est toujours le pied gauche qui est placé le premier sur la cuisse droite. Cette posture est aussi appelée Vajraparyanka.

Sattvaparyanka. Le Sattvaparyanka, ou « attitude noble », représente la posture assise « en tailleur », les deux jambes repliées, les pieds ne reposant pas sur les cuisses mais sur le sol ou le siège. C’est la position dite Yûga-za-zô en japonais. Lorsque les genoux sont relevés et les jambes maintenues par une bande de tissu, afin de faciliter la tenue de la posture pendant de longues heures de méditation, c’est le Yogâsana, souvent représenté en Inde et dans le Sud-Est asiatique pour les ascètes en méditation.

Vîrâsana (posture du héros), ou Vajrâsana (posture du diamant), ou encore Ardhapadmâsana (posture du demi-lotus). C’est une Padmâ- sana avec un seul pied apparent. Il en existe également deux variantes dans les représentations des sectes ésotériques : Gôma Hanka-za-zô (jambe gauche sur jambe droite) ; Kichijô Hanka-za-zô (jambe droite sur jambe gauche).

Les postures en embrassement

Ces postures, particulières aux représentations tantriques des divinités au Tibet et au Népal, montrent deux divinités complémentaires, une divinité principale et sa Shakti ou « énergie », face à face, en embras­sement très étroit, sexes joints. Le dieu est généralement assis en Pad- mâsana (mais peut également avoir une jambe qui pend hors du siège, sa parèdre étant face à lui, enserrant ses reins avec ses jambes). C’est la posture appelée Yab-yum (père-mère). Dans les plus anciennes repré­sentations, la Shakti est simplement assise sur l’un des genoux du dieu. Cette dernière représentation, que l’on trouve fréquemment dans les images hindoues de l’Inde, fut parfois utilisée dans l’art khmer. Mais c’est principalement au Népal et au Tibet que les attitudes dites « d’embrassement étroit » sont les plus courantes. Elles représentent la force divine de création, du « don de la vie ».

Les postures debout

Elles peuvent être rangées en deux catégories : debout et en position parfaitement frontale (Samâpada, Kâyotsarga), ou au contraire adoptant la « triple flexion » (Tribhânga) indiquée dans les traités d’art (Shilpa- shâstra) indiens. Ces positions peuvent être très raides et symétriques ou bien plus ou moins déhanchées. Dans ce dernier cas, c’est le plus souvent la jambe gauche qui sert d’appui, la droite étant très légèrement avancée. Ce sont des postures que peuvent prendre pratiquement toutes les divinités, sauf toutefois les « émanations terribles » (Vidyârâja) et nombre de divinités mineures du tantrisme (tibétain, entre autres).

Les postures dynamiques

Ces postures « dynamiques » ou « en mouvement » sont relativement nombreuses dans les sectes du Mahâyâna et tantriques. Dans les sectes des écoles du Sud, on en rencontre fort peu. La plus caractéristique semble être l’image du « Bouddha marchant » (ou « posant l’em­preinte de Son pied ») de l’art thaï et laotien. Dans ces images, qui semblent avoir été « inventées » d’après certains textes à l’époque de Sukhôthai, peut-être même dès le règne de Rama Khamheng (fin du XIIIe siècle), cette forme correspond généralement à la description don­née du Bouddha dans quelques interprétations du canon pâli. Certaines représentations sont réalisées en brique et stuc et dressées contre un mur (à Sukhôthai), d’autres fondues en bronze. L’attitude générale mon­tre le Bouddha marchant, le pied gauche soutenant le corps, le droit un peu en arrière et légèrement soulevé. Dans ces images, la main gauche est en Abhaya-mudrâ. Cependant, il existe quelques images où c’est la main droite qui est en Abhaya-mudrâ, l’autre pendant le long du corps. Mais ce serait là une mauvaise interprétation des textes, selon certains religieux. Cette attitude de marche se retrouve, à Sukhôthai également, dans des frises en ronde-bosse entourant la base d’un stûpa et montrant une file de disciples. Chez ceux-ci c’est le pied droit qui soutient le corps, le gauche étant en arrière. Ces disciples ont les mains en Anjali-mudrâ sur la poitrine. Ces effigies sont, à notre connaissance, les seules postures « dynamiques » présentes dans l’art bouddhique des sectes du Hînayâna, si l’on excepte peut-être certaines images de Tevoda ou de Kimnara représentées dans l’art thaï comme des divinités volantes.

Dans les sectes tantriques et ésotériques du Mahâyâna, les postures dynamiques sont beaucoup plus fréquentes. Elles sont adoptées par les rois-gardiens (Chaturmahârâja), les émanations colériques (Vidyârâja), les formes terribles (Khrodarâja) et leurs acolytes, les Dharmapâla, cer­taines déesses du panthéon tibétain et les divinités masculines farouches.

Achala Asana

C’est, théoriquement, une attitude typique d’Achalanâtha. Elle est réa­lisée en flexion, le pied droit sur le sol, le genou gauche touchant terre en arrière du corps, le pied gauche relevé vers les fesses. Cette attitude « de danse » est encore typique de certains moments des danses tra­ditionnelles de la Birmanie (pwe), de Thaïlande et du Cambodge. Elle tendrait à représenter dans ces spectacles une divinité « volant dans les airs ». C’est ainsi que nombre d’« êtres volants » (Tevoda, Tepanom, Apsarâs, etc.) sont représentés dans les arts de l’Asie du Sud-Est. On rencontre cette attitude dans la représentation des Hi-ten (êtres célestes) au Japon (Sui-en du Yakushi-ji, Nara) et des Tiannü (divinités fémi­nines célestes) de l’art de la Chine. Au Tibet, son usage paraît avoir été assez restreint. On la trouve cependant représentée sur quelques statuettes de Mahâsiddha (Los Angeles County Muséum of Art), et évidemment sur des images représentant Achalanâtha (coll. Al Farah- nik, Bruxelles).

Ardhaparyanka

C’est une attitude dansante beaucoup plus commune, surtout au Tibet et dans l’art khmer. Elle est typique au Tibet et en Chine de certaines déesses ou Dâkinî telles que Vajravarâhî, Simhavaktrâ (Victoria and Albert Muséum), de Hevajra et, au Cambodge notamment, de certaines Apsarâs (piliers du Bayon, Angkor). Dans cette attitude de danse, la jambe gauche en légère flexion repose sur le sol, soutenant tout le poids du corps, cependant que la jambe droite est repliée très haut dans l’entre-jambes. C’est parfois plus une attitude de « piétinement fa­rouche » que celle d’une danse. Elle est peut-être une évolution de l’attitude du Shiva Nâtarâja, roi de la danse du panthéon hindou, montrant Shiva « dansant » la création et la destruction du monde, tout en piétinant le nain Mulâyaka, symbole des passions humaines. Cette attitude de piétinement est également à rapprocher de certaines repré­sentations japonaises caractéristiques des Chaturmahârâja (jap. Shi Ten- nô) et de certains Vidyârâja (jap. Myô-ô) montrés en position debout sur des démons, des animaux ou un rocher, un pied légèrement plus haut que l’autre qui est fermement ancré au sol. Certains acolytes de divinités (Achalanâtha, par exemple) et certaines formes colériques spé­cifiquement japonaises, comme Zao Gongen, sont également montrées en position de marche ou de piétinement, le pied droit soulevé. Ces tleux positions sont appelées Ja-ritsu-zô et Teijritsu-zô au Japon.

Pratyâlîdha (posture fendue vers la droite), Alîdha (posture fendue vers la gauche)

Ces postures sont plus communes, surtout dans les représentations tibétaines des Dâkinî et des divinités masculines farouches. Le corps est alors en flexion sur la jambe droite ou gauche, la jambe opposée étant tendue latéralement et très éloignée de l’autre. Hevajra est ainsi parfois représenté, embrassant sa parèdre dont la jambe gauche suit celle de la divinité. Les divinités qui adoptent cette posture sont sou­vent juchées sur des animaux ou des dieux d’origine hindoue. Cepen­dant, alors que les divinités masculines farouches (Kâlachakra, Yamântaka, Hayagrîva, Hevajra, Samvara, Mahâkâla, Mahâvajrabhaira- va) du panthéon tibétain adoptent plus volontiers l’attitude fendue vers la droite (Pratyâlîdha), les Dhâranî optent plus souvent pour celle fen­due vers la gauche (Âlîdha), bien que souvent elles soient, elles aussi, représentées en posture fendue vers la droite.

Vidéo: Les postures de divinités

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