Les religions afro-américaines

> > Les religions afro-américaines ; écrit le: 18 janvier 2012 par mariouma

Les Africains déportés comme esclaves en Amérique tropicale n’avaient pour tout bagage que leurs croyances et leur religion. Les dieux et les ancêtres pouvaient seuls leur éviter de tomber dans le désespoir de la servitude, loin de la terre natale
Cependant le brassage des ethnies et le contact avec le christianisme devaient inévitablement altérer les cultes africains pour en faire des religions nouvelles.
C’est ainsi qu’en Haïti se forma le vaudou et au Brésil la macumba, dont l’expression la plus pure est le candomblé de la région de Bahia.

Le vaudou

L’indépendance d’Haïti conquise de haute lutte dès 1804 a eu pour effet de couper le pays de l’Europe et, indirectement, de tout contact avec
1. On évalue à 20 millions de personnes le nombre total des Africains déportés vers les Amériques au cours des trois siècles qu’a duré la traite des esclaves. Le nombre des tués au cours des rafles d’esclaves est peut-être 4 ou 5 fois supérieur.
l’Afrique. En revanche, la christianisation, déjà bien avancée du temps du colonisateur, s’est poursuivie, faisant dériver le culte d’origine africaine vers un syncrétisme dans lequel les anciennes divinités se mélangent fréquemment avec les saints chrétiens. Le vaudou ainsi constitué reste cependant, pour l’essentiel, un culte africain malgré un certain habillage chrétien qui touche le vocabulaire religieux ainsi que quelques rites.
La religion vaudou comporte une mythologie avec des divinités bénéfiques ou maléfiques et des rites célébrés par un clergé.
Le vaudou est une religion initiatique : il existe plusieurs degrés d’initiation dont les plus élevés sont secrets. Les initiés de base s’appellent hounsis, les prêtres sont des oungans si ce sont des hommes et des mambos si ce sont des femmes. Le temple, souvent très simple, est un hounfor ; il doit comporter un poteau central, le poteau-mitan.
La tradition veut que les « Iwas » soient des divinités, peut-être des ancêtres déifiés, originaires des monts de la Lune aux confins du Rwanda et de l’Ouganda. Ceci semble surprenant si l’on considère l’évidente provenance du vaudou des rives du golfe du Bénin.
L’objectif affirmé du vaudou est de donner à l’individu une harmonie intérieure. Le contact avec les divinités lui permet de percevoir sa place dans le monde, il lui donne force et savoir.

Le rôle du clergé est considérable. Femmes et hommes y ont une place égale, les mambos semblent plus nombreuses que les oungans. L’initiation du clergé est l’affaire des initiés supérieurs, appelés bizarrement Papa ou Maman-feuilles. Il n’y a aucune autorité hiérarchique, seule une relation très respectueuse de l’initié avec son initiateur. Le clergé est l’intermédiaire entre les fidèles et les divinités. Il a des dons de voyance, il est tantôt guérisseur, devin ou magicien. Si l’on préfère, on peut dire qu’il joue auprès des couches sociales les plus pauvres de la population le triple rôle de juge, de médecin et de psychiatre. C’est dire que son influence est profonde et déborde du domaine religieux. Il y aurait beaucoup à dire sur les relations du vaudou et de la politique. Retenons seulement que les gouvernements dirigés par des mulâtres s’opposent généralement à la pratique du vaudou tandis que ceux dirigés par des Noirs y sont plus favorables. Le vaudou a d’ailleurs été, à certaines périodes, religion officielle ou quasi-officielle de Haïti.
En ce qui concerne la pratique du culte, elle n’est pas secrète mais rien n’est fait pour sa publicité : les cérémonies ont lieu de nuit dans des endroits discrets. Les touristes friands d’exotisme n’ont accès qu’à des simulacres de vaudou conçus à leur intention.
Les cérémonies consistent à appeler les divinités à descendre sur terre pour « chevaucher » une personne de l’assistance, le plus souvent un initié. Le panthéon vaudou compte près de 400 divinités, plus d’une par jour de l’année, et chacune est honorée selon un rituel particulier. On prépare le culte en traçant sur le sol, généralement en terre battue, des
dessins appelés vévés. Ces figures, réalisées avec de la farine de maïs, sont immuables et caractéristiques d’un loa déterminé. On rencontre fréquemment des triangles ou des étoiles à huit branches. Battements de tambour et sacrifices d’animaux sont une constante de tous les rites dont les principaux se nomment rada, petro et congo.
Quand un loa a pris possession d’un de ses fidèles, celui-ci tombe en transes, danse frénétiquement avec les yeux révulsés. On lui présente l’offrande destinée au loa, par exemple un poulet, et, si le loa accepte ce sacrifice, le possédé tranche la tête du poulet d’un coup de dent et boit le sang de la victime pour en absorber la force vitale. Il n’est pas exclu qu’aient parfois lieu des sacrifices humains, sacrifices les plus élevés réservés aux cas de gravité exceptionnelle.
Une croyance étrange du vaudou concerne les zombis1. Chaque homme possède deux âmes de natures distinctes : le « gros bon ange », support de la vie affective et intellectuelle, et le « petit bon ange », support du loa. Or les sorciers ont le pouvoir de capter le gros bon ange d’un individu, le transformant ainsi en mort-vivant, être sans vie intérieure, véritable esclave inconscient du sorcier.
Le vaudou présente la curieuse particularité, liée vraisemblablement aux conditions du temps de l’esclavage, d’avoir besoin pour ses rites de ceux d’une autre religion, en l’occurrence du catholicisme. Ainsi il est nécessaire d’être baptisé catholique pour être pleinement vaudouisant, la communion est considérée comme une source magique de puissance spirituelle et les fêtes vaudous coïncident avec les fêtes catholiques : Noël est le « temps des chances », on y prépare les poudres magiques ; la Toussaint est la fête du loa Gede, génie de la mort.
Plutôt qu’un syncrétisme, on peut dire que le vaudou est une religion animiste originale, où la magie joue un grand rôle, qui se greffe sur le tronc de l’Eglise catholique un peu à la façon d’une plante parasite.
Le vaudou est pratiqué régulièrement par une importante minorité de la population de Haïti ; 10 à 20 % des vaudouisants sont initiés, soit quelques centaines de milliers de personnes2.

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Macumba et gandomble

La macumba est la religion négro-africaine du Brésil dont la forme la plus pure est pratiquée à Bahia sous le nom de candomblé.
La majorité des Brésiliens ne pratique pas, mais rares sont ceux qui n’ont pas quelques traces de superstition liée à ce culte. C’est pourquoi on voit tant de bougies allumées dans tous les coins du Brésil, depuis les campagnes perdues du Sertao jusqu’aux trottoirs de la capitale. L’importance de ce phénomène religieux est tel qu’on compte jusqu’à un million de personnes, dont beaucoup de curieux il est vrai, pour fêter le jour de la Saint-Sylvestre la déesse de l’amour et de la mer, Iemanja. Il existe des milliers de centres de culte de la macumba dans tout le Brésil.
Contrairement au cas du vaudou qui s’est développé en Haïti sans contact avec l’Afrique, la macumba a toujours maintenu des relations, parfois épisodiques et précaires, avec les cultes africains qui l’ont engendré.

On retrouve donc au Brésil la plupart des divinités des Yoroubas qui conservent généralement leur nom leur caractère et leurs fonctions.
Le culte consiste à entrer en communication avec ces divinités ou, plus précisément, à les faire descendre sur terre pour bénéficier de leur puissance. Le dieu a besoin d’un support pour se manifester. Il choisit donc un homme ou une femme dont il prend possession. Cette personne entre alors en transe et prend totalement la personnalité du dieu ; elle ne gardera aucun souvenir de cette expérience.
Selon les croyances de la macumba, chacun d’entre nous est le fils d’un dieu et celui-ci ne peut prendre possession que de ses enfants, le plus souvent des initiés.
L’initiation est une valorisation sociale de l’individu, mais elle nécessite plusieurs épreuves de la part de l’aspirant initié. Il faut d’abord repérer le dieu dont le postulant est l’enfant : c’est l’affaire du prêtre ou de la prêtresse, dénommés Père ou Mère des saints. Les rites d’admission comportent l’observation des tabous alimentaires du dieu, l’abstinence sexuelle, des rites de purification et des sacrifices d’animaux dont le sang est répandu sur le futur initié. Ainsi, celui-ci perd sa vie antérieure et renaît symboliquement à une nouvelle vie. La réintégration au monde extérieur s’effectue progressivement et se termine par une bénédiction… à l’église catholique. L’initiation coûte cher, de l’ordre de plusieurs mois de salaire d’un ouvrier ; c’est le prix du « rachat » de l’initié par sa famille.

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Les cérémonies du culte se pratiquent dans un temple, le terreiro, salle simple partagée en deux par une barrière basse ouverte en son milieu.
D’un côté se groupent les fidèles dont l’entrée est libre et de l’autre les initiés, fils et filles des dieux, vêtus de blanc. Chacun se salue et salue les dieux. Dans de petites pièces attenantes fermées à clé, chaque dieu dispose d’attributs divers dont s’équipent les initiés, par exemple un sabre, une hache, un miroir…
Les dieux sont appelés par des tambours. Chaque tambour porte un nom et est, en quelque sorte, consacré par le sacrifice d’un poulet et une aspersion d’eau bénite. L’ordre dans lequel les dieux sont appelés est immuable, le premier est Eshu, « gardien de la porte ». L’officiant récite d’innombrables prières comportant certains mots en langue yorouba.
A un moment imprévisible, le dieu appelé prend possession d’un de ses enfants, parfois un non-initié de l’assistance. Il peut y avoir une quinzaine de transes au cours d’une seule cérémonie. Chaque « possédé » prend la personnalité, la voix et les gestes de sa divinité.
L’ensemble de la cérémonie peut durer plusieurs heures. Les rites, qui incorporent des éléments chrétiens et du spiritisme, varient légèrement selon les régions du Brésil.
Les pratiques de la macumba et du candomblé sont à distinguer nettement de celles du quimbanda, qui est le nom brésilien de la magie noire.

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