Les syncrétismes
Un syncrétisme religieux est la fusion, au sein d’une même croyance ou d’une même pratique, d’éléments issus de traditions religieuses différentes. Le phénomène se produit lorsque des cultures entrent en contact durable, par le commerce, la conquête, la colonisation ou la migration. Les syncrétismes peuvent être des religions nouvelles à part entière ou de simples emprunts au sein d’une religion établie.
Origine et sens du mot
Le mot vient du grec synkrêtismos. L’auteur grec Plutarque l’emploie pour désigner l’union des Crétois, habituellement divisés, face à un ennemi commun. Repris à l’époque moderne, le terme a pris le sens de mélange de doctrines. En théologie, il a longtemps eu une valeur péjorative : il désignait un compromis jugé confus entre des croyances incompatibles. Les historiens et anthropologues des religions l’emploient aujourd’hui de façon plus descriptive, pour décrire un processus de rencontre et de réinterprétation.
Des exemples dans l’Antiquité et en Asie
- Dans le monde gréco-romain, les dieux étrangers étaient fréquemment identifiés aux dieux locaux : les Romains reconnaissaient leur Jupiter dans le Zeus grec. En Égypte, les souverains ptolémaïques favorisèrent le culte de Sérapis, divinité qui associait des traits égyptiens et grecs.
- Au Japon, le bouddhisme et le culte des divinités locales, les kami, se sont étroitement mêlés pendant plus d’un millénaire, au point que les sanctuaires et les temples étaient souvent associés ; cette fusion fut officiellement séparée à la fin du XIXe siècle.
- Le caodaïsme, fondé au Viêt Nam en 1926, revendique explicitement l’union de plusieurs traditions, dont le bouddhisme, le taoïsme, le confucianisme et le christianisme.
Les religions afro-américaines
La traite atlantique a donné naissance à des syncrétismes parmi les plus étudiés. Les esclaves déportés d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale ont conservé une partie de leurs cultes en les rapprochant du catholicisme imposé par les colons. Le vaudou haïtien, la santería cubaine et le candomblé brésilien associent ainsi des divinités ou des esprits d’origine africaine à des saints catholiques, et combinent rites africains et calendrier chrétien. Pour les fidèles, ces correspondances ont souvent permis de préserver leurs traditions sous une apparence acceptable pour les autorités.
Une notion discutée
Le syncrétisme pose une question de fond : où commence-t-il ? De nombreux historiens font remarquer qu’aucune religion ne naît du néant et que toutes ont intégré, à des degrés divers, des éléments de leur environnement culturel : fêtes, symboles, vocabulaire ou pratiques. Le christianisme, par exemple, s’est exprimé avec les concepts de la philosophie grecque et a adapté certaines coutumes locales en se diffusant. À ce titre, toute religion serait en partie syncrétique.
D’autres chercheurs préfèrent réserver le terme aux cas où le mélange est visible et assumé, ou parlent d’« inculturation » lorsqu’une religion adapte délibérément son expression à une culture. Les croyants, eux, peuvent rejeter le mot s’ils y voient une remise en cause de l’authenticité de leur foi.
Syncrétisme personnel
Dans les sociétés contemporaines, le phénomène prend aussi une forme individuelle : certaines personnes composent leur propre spiritualité en empruntant à plusieurs traditions, par exemple des pratiques de méditation venues d’Asie associées à une culture chrétienne. Sociologues et historiens des religions observent ces bricolages croyants comme un trait marquant de la religiosité moderne.



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