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L’histoire politique mouvementé de Bagdad

Vous êtes ici : » » L’histoire politique mouvementé de Bagdad ; écrit le: 16 mai 2012 par Samouha

L'histoire politique mouvementé de Bagdad

Le changement de dynastie ouvre une nouvelle période dans l’histoire de l’Islam. C’est un tournant, mais est-ce pour autant une « révolution » ? On a vu que la chute des Omayyades était due à une combinaison de facteurs politiques, ethniques et religieux. On désirait une religion plus pure et plus égalitaire, la fin de la domination des Arabes sur les convertis (mawali) et l’égalité envers tous les peuples. La réponse que les Abbassides apportent à toutes ces aspirations ne permet pas vraiment d’employer le terme de révolution.



Les Abbassides régnèrent pendant cinq siècles jusqu’à la destruction de Bagdad par les Mongols en 1258, mais leur pouvoir réel n’a pas excédé un siècle, car ils tombent peu à peu sous des tutelles tandis que les provinces périphériques s’émancipent les unes après les autres. Les Turcs Seldjoukides réaliseront en 1055 la réunification de la majeure partie de l’Empire, mais c’est une autre période qui commence.

 Le premier siècle abbasside : l’apogée du califat

Le premier siècle abbasside est une période de grandeur politique pendant laquelle le calife, assisté d’un vizir et d’une administration très centralisée, apparaît comme le maître incontesté et maintient la presque totalité du monde musulman sous le contrôle de Bagdad.

Quelques grands califes

Après le court règne d’Aboul Abbas al Saffah, le pou-voir passa à son frère Al lansûr (754-775) qui organisa le califat, fonda Bagdad, lutta contre les diverses oppositions et fut aussi l’initiateur du grand mouvement intellectuel et scientifique qui allait s’épanouir ; • 48 plus tard. Son fils, Al Mahdi (775-785), tenta en vain de concilier les Abbassides et les Alides. Harun al Rashid (786-809) est le plus connu des califes abbassides grâce aux Mille et une nuits et aux relations qu’il aurait eues avec Charlemagne. Le luxe de sa cour a ébloui ses contemporains et on le loue pour sa piété et les succès qu’il remporta sur les Byzantins. En fait, il a surtout profité du talent de ses vizirs de la famille des Barmekides qu’il fit exécuter brutalement pour des raisons obscures en 803 après leur avoir laissé un pouvoir exorbitant. Sous son règne, les gouverneurs Aghlabides d’Ifriqiya se rendent autonomes, annonçant ainsi le mouvement de démembrement de l’Empire. Il a commis aussi l’erreur de prévoir un partage de son empire entre ses fils, Al Amin, né d’une Arabe et Al Mamun, né d’une Persane, ce qui n’a pas manqué de déclencher une guerre civile à sa mort. Al Mamun, vainqueur de cette guerre fratricide, apparaît à plusieurs titres comme le plus grand souverain abbasside. Pour mettre fin aux révoltes alides incessantes, il tenta une politique hardie de réconciliation avec les shiites duodécimains en choisissant comme successeur et gendre Ali ar Rida, leur huitième imam légitime. Devant l’indignation suscitée par cette décision, il dut reculer et Ali ar Rida mourut opportunément (818), sans doute empoisonné. Il prit ensuite ouvertement partie pour la doctrine mutazilite, une doctrine austère que nous verrons plus loin. Se heurtant à une opposition sérieuse conduite par le juriste Ibn Hanbal, il voulut l’imposer par la force. Al Mamun est surtout admirable pour l’impulsion qu’il a donnée au mouvement d’études philosophiques et scientifiques. Il aida les savants en dotant notamment Bagdad de la « Maison de la Sagesse » avec une bibliothèque et un observatoire astronomique. Son frère, Al Mutasim (833-842), lit construire une nouvelle capitale, Samarra sur le Tigre au nord de Bagdad pour y installer les mercenaires turcs qu’il avait recrutés.

Fondation de Bagdad

Les Abbassides, qui avaient été portés au pouvoir par îles Iraniens nouveaux convertis, eurent pour premier souci de quitter la Syrie, fief omayyade, pour s’installer en Irak, l’ancienne Mésopotamie, foyer de tant de vieilles et brillantes civilisations. Ils fondèrent d’abord Al Hashimiya près de Kufa ; puis en 762, Bagdad ou Madinat al Salam (« la ville de la paix ») près de l’ancienne Ctésiphon, la capitale des Perses Sassanides. Si situation est excellente à un carrefour de route entre l’Iran, le golfe Persique, la haute Mésopotamie, la Syrie, le site sur le Tigre se révélera au cours des siècles très mauvais en raison des crues dévastatrice fleuve.

Al Mansur construisit une ville ronde de quatre kilomètres de diamètre, protégée par un fossé de vin mètres de large et une double enceinte circulaire, palais, la mosquée et les casernes se trouvaient a centre, tandis que la ville constituait un anneau entre les deux remparts. La ville ronde fut détruite lors de guerre civile entre Al Amin et Al Mamun (813), mais, cette époque, Bagdad s’était déjà largement étendu des deux côtés du fleuve et était devenue une ville importante.

De nombreuses révoltes

Étant donné l’ambiguïté qui avait entouré la formation du complot abbasside, il était normal que de nombreux alliés se sentent frustrés après l’accaparement du pouvoir par le seul clan abbasside. Abu Muslim demeuré gouverneur du Khurasan paraissait une menace pour Al Mansur ; aussi le fit-il assassiner en 755. Beaucoup d’iraniens qui avaient rêvé d’une synthèse entre l’islam et le mazdéisme se sentirent trompés par les Abbassides et se révoltèrent : Sunbadh au Khurasan et Al Muqanna (« le voilé ») en Transoxiane (778-788). Ce dernier prêchait des doctrines communautaires sur les propriétés et les femmes. Il affirmait la transmigration des âmes (métempsychose) et l’incarnation successive de Dieu.

Les shiites eux aussi, furieux d’avoir été dupés, se manifestèrent un peu partout. Al Mansur dut lutter contre Mohammed an Nafs az Zakiya, à La Mecque et Médine en 762, puis contre son frère Ibrahim, à Basra et au Khuzistan.

Les kharijites qui n’avaient aucune raison de préférer les Abbassides aux Omayyades s’agitèrent aussi en Irak, au Sijistan et au Maghreb.

Mais les révoltes les plus graves furent celles de Babek (825-837), en Adharbaidjan et de Mazyar, dans le Tabaristan. Menées contre l’islam au nom du mazdéisme et du mazdakisme, elles tinrent en échec les troupes califats pendant plusieurs années. Babek mit en pratique le partage des terres et le morcellement des grandes propriétés musulmanes. Ces révoltes furent cependant toutes réprimées et l’Empire resta prospère et uni.

 L’affaiblissement et le morcellement du califat (861-945)

L’introduction des Turcs

Al Mutasim crut bon de se constituer une garde personnelle formée de jeunes esclaves turcs qui seraient très attachés à sa personne. Or, très vite, cette garde se heurta à la population de Bagdad, ce qui conduisit le calife à créer une ville princière, Samarra, qui devait rester capitale pendant cinquante ans (836-892). Les califes vécurent ainsi de plus en plus coupés du peuple, protégés par une garde étrangère qui s’aperçut très vite que le pouvoir du calife reposait en partie sur elle. Al Muttawakkil sentit le danger et voulut briser leur force, mais il fut assassiné (861).

Une période d’anarchie suivit pendant laquelle quatre califes (Al Muntasir, Al Mustain, Al Mutazz et Al Muhtadi) se succédèrent, faits et défaits par les Turcs. Pendant le long règne d’Al Muktadir (908-932) l’émir turc Munis, toujours en campagne, arbitrait les rivalités entre les équipes de secrétaires sunnites et shiites qui s’affrontaient pour le contrôle de l’administration centrale. Bagdad connut une nouvelle période d’anarchie de 936 à 946. Des luttes entre plusieurs chefs militaires pour le contrôle du califat, sort vainqueur un émir récemment converti à l’islam, originaire des montagnes du Daylan au sud de la mer Caspienne, Ahmed ibn Buwayh. Une période d’un siècle commence (945-1055), au cours de laquelle la dynastie des émirs buyides. (ou buwayhides) tient en tutelle le califat avant d’être elle-même supplantée par les Turcs Seld-joukides.

Les grandes révoltes socio-religieuses : les Zandj et les Qarmates.

Une grande révolte secoua le bas Irak de 869 à 883, celle des Zandj, esclaves noirs, amenés d’Afrique orientale pour cultiver la canne à sucre dans les grands domaines marécageux de la région où se rejoignent le Tigre et l’Euphrate ou pour exploiter les marais salants. Vivant dans des conditions inhumaines, ils se révoltèrent à l’appel d’un certain Ali ben Mohammed al Alawi, un kharijite ou peut-être un Alide, qui leur promettait en tout cas richesses, belles demeures et… des esclaves. Disposant d’une base solide dans les marais, ils coupèrent les relations fluviales, pillèrent Basra (871), Obollah et Wasit (878) et menacèrent même Bagdad. Après trois années d’effort, l’armée califale du régent Al Muwaffaq s’empara de leur capitale Al Muktara (« la choisie »). Cette révolte avait montré la fragilité du califat.

Peu après, vers 890, apparurent au grand jour deux sectes shiites ismaïliennes, nées dans la clandestinité, les Qarmates et les Fatimides. Ces sectes bien organisées avaient envoyé des missionnaires pour faire de la propagande dans tout le monde musulman. Hamdan Qarmat fonda un refuge, près de Kufa, vers 890, et quelques années plus tard, le mouvement se manifeste en plusieurs endroits : en Syrie, vers 900, avec Dhikra- wah, au Bahrein avec Abu Said al Jannabi qui remporta une victoire éclatante sur l’armée califienne en 900, enfin en Ifriqiya avec Abu Abdallah. Une scission surviendra entre les qarmates et les Fatimides. Les qarmates installés au Bahrein le long du golfe Persi- qu’avec une capitale. Al Hasa, représentèrent un grand danger pour le califat, puisqu’ils pillèrent Basra, gênèrent les relations maritimes et fluviales, coupèrent la route de La Mecque et s’emparèrent même de la Ville sainte en 929, d’où ils repartirent en emportant la pierre noire de la Kaaba qu’ils ne rendirent qu’en 952. Ils établirent dans leur Etat un système communautaire très développé. Ils se maintinrent au Bahrein jusqu’à la fin du XIe siècle.

L’autonomie des provinces périphériques

Profitant de la faiblesse du pouvoir central, certains émirs ambitieux créèrent des principautés autonomes qu’ils léguèrent ensuite à leurs descendants.

L’Iran

L’Iran s’émancipe très tôt et connaît la domination successive :

  • Des Tahirides (821-873). Quand Al Mamun était revenu à Bagdad en 819, il avait confié le Khurasan au général Tahir. Sa charge de gouverneur devint héréditaire, mais les Tahirides ne rompirent pas avec le pouvoir central. Ils mentionnaient le nom du calife dans la Khutba (prône) et inscrivaient son nom sur les monnaies. Ils développèrent leur capitale Nishapur et mirent en valeur le pays ;
  •  Des Saffarides, dynastie populaire (867-911). Le fondateur Yaqub ben Laith, dit Al Saffar (« le chaudronnier ») était à la tête d’une bande d’errants qui luttaient contre les kharijites au Sistan. Leur puissance, reposant sur une armée solide, disciplinée et organisée de façon communautaire, s’étendit bientôt à la majeure partie de l’Iran. Ils ajoutèrent leur nom à celui du calife dans la Khutba et sur les monnaies, et vécurent indépendants jusqu’à leur échec en 911 devant les Samanides ;
  • Des Samanides (875-1005). Ce sont des descendants de l’ancienne noblesse sassanide de Transoxiane qui avaient été chargés par les Tahirides de la garde de la frontière du Nord, face aux Turcs. Ils chassèrent les Saffarides du Khurasan. Ils s’appuyèrent sur une administration solide imitée de celle de Bagdad, et sur une armée formée de Khurasaniens et d’esclaves turcs. Sous leur gouvernement, présenté par les historiens arabes comme un exemple de bon gouvernement, la région connut une prospérité commerciale qui enrichit les villes de Bukhara et de Samarkande et par leur rôle de mécènes, ils provoquèrent une renaissance culturelle de l’Iran marquée par les œuvres de Firdawsi (932-1020) (Le Livre des Rois) et par les poésies de Roudaki. Leur cour abrita aussi les débuts d’Ibn Sina (Avicenne) et d’Al Biruni.

L’Égypte

 Éloignée du cœur du monde abbasside mais riche, l’Égypte pouvait tenter un gouverneur ambitieux.

  • Les Tulunides (868-905). Le gouverneur turc de l’Egypte, Ibn Tulun, montra sa force en 869 en allant écraser une révolte du gouverneur de Syrie contre Bagdad. Il conserva cette province et, sans rompre avec Bagdad à qui il paya un tribut, il assura sa succes¬sion, construisit une nouvelle capitale, Al Qataï, près d’Al Fustat. Son fils est assassiné et les deux provinces d’Égypte et de Syrie reprises par le califat en 905.
  • Les Ikhshidides (935-969). Un autre gouverneur turc, Mohammed ben Tughdj, se rendit à son tour autonome, mais sans soutien populaire, ses succes¬seurs furent facilement supplantés par les Fatimides qui étaient animés par une doctrine et des prétentions universelles.

Ainsi le califat abbasside est-il non seulement miné par la force de l’armée turque, mais encore en plein 54 démembrement territorial.

La mise en tutelle du califat et le triomphe du shiisme (945-1055)

Au XIe siècle, les shiites prennent la première place sur le plan politique non seulement à Bagdad, où les califes tombent sous le pouvoir des émirs Buyides, des shiites duodécimains, mais aussi en Syrie et dans le Nord de la Mésopotamie où s’installent les Hamda- nides, des Arabes Sunnites, en Egypte et en Ifriqiya où les Fatimides, shiites ismaïliens ont créé un califat rival ; enfin au Bahrein, d’où les qarmates lancent leurs raids menaçants. Le sunnisme ne résiste qu’aux deux extrémités du monde islamique : à l’Est où régnent les Samanides, puis les Ghaznévides ; à l’Ouest, en Espagne et au Maghreb occidental.

L’émirat buyide d’Irak

En prenant Bagdad en 945, Ahmed le Buyide reçoit le titre de « Amir al Umara » (« grand émir ») et de « Muizz al Dawla ». Il exige une autorité sans partage et destitue le calife Al Mustakfi pour le remplacer par un plus docile : Al Muti. Il est paradoxal de voir un émir shiite exercer toutes les prérogatives du pouvoir au nom d’un calife sunnite. Les Buyides le font par calcul politique car, ne se sentant pas majoritaires, ils se servent du prestige religieux du calife pour renforcer leur autorité. Ils associent leur nom dans la Khutba et sur les monnaies, prennent le titre de malik (roi) en Irak et de shahanshah en Iran ; enfin, ils se rattachent directement le vizirat et l’administration. Ils ont une conception familiale de la royauté ; l’un d’eux domine mais les territoires sont partagés entre ses frères et ses parents. Le calife, n’ayant plus que des attributions juridiques ou religieuses, n’a qu’une dignité illusoire.

Les Buyides favorisèrent leur religion en commémorant certaines dates : le 10 moharrem (massacre de Hussein, à Kerbela), en organisant des pèlerinages aux tombeaux des imams. Ils fondèrent une « Maison de la Science » en 991, à Bagdad. Leur époque est marquée par une atmosphère de tolérance religieuse et intellectuelle où l’on vit, par exemple, les mutazilites reprendre leur propagande. Cependant le shiisme duodécimain apparaît alors comme aristocratique et allié au pouvoir ; aussi, le petit peuple, désireux de voir respecter la loi coranique, chercha-t-il dans le sunnisme hanbalite des formes d’opposition. De nombreuses êtes et des conflits entre sunnites et shiites éclaté souvent à Bagdad entraînant un déclin certain ville. En 971, un incendie dans le quartier populaire shiite d’Al Karkh aurait provoqué la mort de dixmille personnes d’après Ibn al Athir. Les Buyide; résidaient d’ailleurs pas à Bagdad, mais le plus ! Vent à Shiraz qu’ils couvrirent de monuments.

La vie économique paraît assez prospère, malgré crise du commerce due à l’insécurité permanente régnait aux abords du golfe Persique, et au cou entre la Syrie et l’Irak. Les Buyides ont pratiqué une grande échelle un système qui sera lourd conséquences pour l’avenir : celui de l’ikta, la concession aux militaires d’impôts sur un domaine. L’ikt transforme en quasi-propriété et l’État ne peut contrôler la perception de l’impôt. Une aristocratie militaire et foncière se crée. L’armée a mis la main les ressources de l’État, mais malgré cela elle insatisfaite. Dans les années 1040-1050, profitant luttes intestines dans l’émirat buyide, le calife relève tête et attend des restaurateurs de son pouvoir l’Est : les sunnites Ghaznévides ; mais ceux-ci seront devancés par les Seldjukides qui se présentent en li rateurs et en champions du sunnisme.

 Les fatimides d’Égypte

Nous avons vu que les Fatimides appartenaient, moins au début, au même mouvement ismaïlien que  les Qarmates. Ils se disaient descendants direct d’Hussein, fils d’Ali et de Fatima. Un propagandis ismaïlien, Abu Abdallah, avait rencontré à La Mecq des pèlerins berbères d’Ifriqiya, les Kutama. Il vint rejoindre en 893-894, les endoctrina, forma une arm’ battit les Aghlabides en 909 et proclama Ubayd Ail calife, « Ârmr al Muminin », prince des Croyant Ayant des visées sur tout l’espace musulman, les Fatimides tentèrent à plusieurs reprises (913, 919, 925) de s’implanter en Egypte. Ils y parvinrent enfin en quand le général Djawhar élimina les Ikhshidides et fonda Le Caire (APfëîEïra). En 973, arriva le calife a Muizz, qui avait laissé l’Ifriqiya à son fidèle lieutenant Buluggin ibn Ziri. Dès 970, les Fatimides se sont emparés des villes saintes et ont entrepris la difficile conquête de la Syrie au cours de laquelle ils s’accrochèrent avec leurs anciens amis qarmates.

 Ce qui fait la force des Fatimides, c’est d’avoir, contrairement aux Abbassides, une doctrine d’État. Ils fondent leur pouvoir sur la légitimité du calife, qui est un mahdi chargé de rétablir la vraie religion. Ils disposent d’un bon réseau de missionnaires dirigé du Caire par un haut personnage proche du calife (da’i al du’at). Ils créèrent une « maison de la sagesse » (Dar al Hikma) pour servir de centre à leur propagande. Les Fatimides voulurent apparaître comme une dynastie nationale, mais en fait, ils ne gagnèrent à leur doctrine, ni l’élite, ni la masse des Egyptiens, et leurs ministres furent souvent des étrangers, des Juifs et des Coptes égyptiens.

Les Fatimides s’appuyèrent sur l’armée dont ils diversifièrent le recrutement : après les Berbères, ils recrutèrent des Turcs, des Daylamites, des Grecs, des Arméniens et des Noirs. Ces corps se jalousèrent et fomentèrent souvent des troubles, si bien que, là encore, l’armée fut source de faiblesse.

Les Fatimides en donnant une indépendance à l’Égypte redonnèrent une certaine prospérité au pays. La présence d’une cour luxueuse au Caire favorisa l’artisanat, l’industrie textile et celle des métaux. L’Égypte tira profit des troubles suscités par les qarmates, dans le bas Irak, pour attirer à elle le grand commerce oriental. Les Fatimides passèrent aussi des alliances avec les villes italiennes, surtout Venise et Amalfi.

Le règne d’Al Hakim

Le calife Al Hakim qui régna vingt-cinq ans (966-1021) mérite notre attention. Il prit d’abord toute une série ( de mesures pour lutter contre la dépravation des mœurs (alcool, destruction des vignes, interdiction des sorties nocturnes), imposa la claustration absolue des i f femmes et prit des mesures de plus en plus dures contre les chrétiens et les juifs qui durent porter des signes distinctifs. Il détruisit des églises parmi lesquels. les le Saint Sépulcre de Jérusalem en 1003, événement qui toucha toute la chrétienté et joua un rôle dans la naissance de l’idée de croisade. Ce personnage déséquilibré, à la fois sanguinaire et généreux, destructeur (en 1020, il fit brûler un tiers de l’agglomération du Caire) et pourtant protecteur des lettres, eut une fin de vie bizarre : il disparut au cours d’une de ses promenades. Deux Persans avaient déjà, en 1017, 58 affirmé qu’Al Hakim était l’incarnation de l’intellect divin. Celui-ci s’était fait immédiatement proclamer Dieu. Sa disparition renforça la croyance et c’est ainsi qu’est née la secte des Druzes.

Après des débuts brillants, la dynastie fatimide s’affaiblit en raison du désordre gouvernemental et de la misère inouïe due à l’irrégularité des crues du Nil et des échecs en politique extérieure.

Les Hamdanides de Mossoul et d’Alep

Ce sont des Arabes de la tribu des Taghlib qui réussirent à s’emparer de l’ensemble de la haute Mésopotamie au début du Xe siècle. L’un d’eux, Hasan Nasir al Dawla (« défenseur de l’État »), fut pour peu de temps grand Émir à Bagdad en 943. Sa principauté de Mossoul fut reprise par les Buyides en 979. À Alep, son frère Ali Saïf al Dawla (« le sabre de l’État ») créa une solide et brillante principauté. Champion de l’ara- bisme, il se consacra à la lutte contre Byzance et entreprit des raids audacieux en Asie Mineure, ce qui provoqua une contre-offensive byzantine, illustrée par l’occupation de la Syrie du Nord et de la haute Mésopotamie. Son action lui valut cependant une brillante réputation chantée par les écrivains arabes qu’il entretenait dans sa cour fastueuse d’Alep. Il protégea ainsi le grand philosophe Al Farabi et les deux grands poètes Al Mutanabbi (915-955) et Abu Firas (932-968).

Les Ghaznevides

C’étaient à l’origine des esclaves turcs au service des Samanides, mais s’étant révoltés .contre leurs maîtres en 955, ils se retirèrent au cœur des montagnes afghanes. Le véritable fondateur de la dynastie est Subukte- gin (977-999) qui s’installa à Ghazna, établit sa domination sur l’Afghanistan et organisa une première expédition vers l’Inde. Avec son fils Mahmud (999-1030), un des plus grands souverains musulmans, l’État de Ghazna connaît une extraordinaire expansion. Il mène des offensives vers le nord, annexant le Khurasan et le Khwarizm ; vers l’ouest, où il enlève Rayy (Téhéran) et Hamadhan ; mais surtout vers l’est, où il triomphe d’une coalition de princes hindous, pille, massacre, enfin conquiert le bassin de l’Indus avec le Pendjab, le Cachemire et une partie du bassin du Gange. Ghazna, enrichie par ces conquêtes et embellie, devint la capitale d’un vaste empire. Mahmud, connu pour son mécénat, accueillit Firdawsi et Biruni.

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