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Mahàvairochana

Vous êtes ici : » » Mahàvairochana ; écrit le: 1 février 2012 par Hela modifié le 11 octobre 2018

mahavairocana

C’est, nous l’avons vu, la divinité principale, identique dans les deux grands mandala du Vajradhâtu et du Garbhadhâtu, des doctrines ésotériques du bouddhisme des écoles du Nord, et principalement des doctrines de l’école du Yogâchara. Au Japon, Mahâvairochana (appelé Dainichi Nyorai) est le Grand Bouddha solaire de lumière et de vérité, « ayant rapport avec Celui qui est resplendissant». Il est la spiritualisation du Bouddha Gautama dans la Loi bouddhique. Il correspondrait de ce fait à la « première mise en branle de la roue de la Loi » par le Bouddha dans le jardin des Gazelles (Ishipatana) à Bénarès (Vârânasî). Sa mudrâ type est donc en Dharmachakra. La couleur blanche lui est attribuée car elle est la synthèse de toutes les autres couleurs et le symbole de tout ce qui est « sans tache » (jap. muku). C’est une personnification de l’Absolu. Les noms sous lesquels on le désigne ainsi que ses attributs varient, selon les sectes et selon qu’on le considère comme le Bouddha suprême (Mahâvairochana, le Grand Vairochana ; jap. Makabirushana), une sorte d’AdiBuddha ou Bouddha primordial (voir plus loin), ou comme le premier parmi les Bouddha de sagesse (Jina, Dhyâni-Buddha), auquel cas il est simplement nommé Vairochana (jap. Birushana). Dans la secte Tendai, il est nommé Birushana Butsu (ou Nyorai), Rushana Butsu ou encore Roshana. Dans la secte Shingon, Dainichi Nyorai est vénéré sous trois aspects : celui de Bouddha suprême (Mahâvairochana), de Jina (ou Tathâgata ; jap. Nyorai) appelé Vairochana, et comme un Vidyârâja. Les quatre autres Jina sont alors considérés comme étant simplement des manifestations de Dainichi Nyorai. Nous avons déjà vu qu’il est appelé au Japon Kinrin Nyorai lorsqu’il est considéré comme unificateur des deux parties du monde (les deux mandala). A part Amitâbha, Vairochana est le seul des Cinq Bouddha de sagesse qui soit au Japon l’objet de cultes vivants, surtout parmi les fidèles des sectes ésotériques Shingon et Tendai. Les autres Tathâgata ne semblent être là que pour remplir un besoin de symétrie et jouer un rôle logique. S’ils furent vénérés au début de l’introduction des doctrines ésotériques au Japon, ils ne connurent guère de faveur par la suite, et la tendance populaire fut de remplacer ces divers Jina par des divinités plus familières et plus accessibles à la compréhension de leur rôle, comme Bhaishajyaguru, Shâkyamuni ou encore Kshitigarbha. Il ne semble pas cependant que le culte de Vairochana ait donné lieu, au Japon ou ailleurs, à des formes ou à des pratiques culturelles populaires. Le bouddhisme ésotérique demeura un bouddhisme de moines, les doc­trines tantriques étant beaucoup trop complexes pour pouvoir être aisément comprises et acceptées par le peuple. En Asie, les masses se sont toujours montrées plus affectives qu’intellectuelles. Les hommes n’aiment guère (excepté peut-être les moines) philosopher sur la religion ou sur les attributions plus ou moins symboliques qu’il convient d’accorder à telle ou telle divinité. Ils préfèrent vivre leurs croyances, « sentir » leurs divinités. Ils seront plus volontiers portés à rêver devant une attitude qui leur inspirera un sentiment plutôt qu’à philosopher sur une vertu divine inaccessible à leur entendement ou même à leurs possibilités. L’homme « voit » la divinité de la nature, il la sent, mais à la condition que cette nature lui soit proche et connue : le cosmos le laisse indifférent. En fait, il n’apprécie que fort peu la dimension abstraite de la divinité : il ne comprend bien son rôle que par analogie. Pour les Japonais, Dainichi Nyorai est le Soleil, tout comme le Kami Amaterasu Omikami du Shintô à qui les doctrines syncrétiques l’ont assimilé. Les autres aspects solaires ou intellectuels de la divinité lui importent assez peu. En toute chose il demeure pragmatique.



Mahâvairochana est considéré par certaines sectes ésotériques du bouddhisme du Nord, telles que les sectes Hossô, Kegon, Tendai et Shingon au Japon, comme le transmetteur de la Doctrine du Yogâchara au sage indien Vajrasattva qui, selon la légende, vivait dans une tour de fer en Inde du Sud. A son tour Vajrasattva transmit la Doctrine à Nâgârjuna et lui enseigna la signification de la grande mandala en deux parties (Vajradhâtu et Garbhadhâtu). Après lui, Nâgabodhi, Vajrabodhi et Amoghavajra introduisirent cette doctrine en Chine vers 720, d’où elle passa ensuite en Corée et au Japon, puis au Nepâl et au Tibet. Dans cette doctrine, qui se greffa sur celles du Mahâyâna au V ou au Vf siècle et qui fut exposée par Asanga (lequel se prétendait  inspiré par Maitreya), le but principal du fidèle est d’obtenir l’union mystique (Yoga, mot provenant de la racine sanskrite yug qui signifie « union ») avec la Divinité suprême. Cette union est symbolisée au Népal et au Tibet par 1’« embrassement » de la Divinité et de sa parèdre (ou Shakti) dans l’attitude appelée Yab-yum, « père-mère », la divinité Yab repré­sentant le monde du Vajradhâtu cependant que Yum représente celui du Garbhadhâtu. Cette union sexuelle symbolise donc l’union intime du spirituel et du matériel, sans laquelle rien ne saurait exister. Elle est réminiscente de l’union intime du linga et de la yoni des doctrines hindoues des cultes de Shiva. En Chine et au Japon, cette représentation trop évidente fut remplacée par le symbole de la mudrâ du poing de sagesse (jap. Chiken-in) ou des six éléments. Mais nous avons vu que la personnalité de cette grande divinité pouvait être conçue sous plu­sieurs aspects, selon les sectes et les pays : Divinité suprême, Jina ou force terrible.

En tant que Bouddha suprême, les mudrâ utilisées par les diverses formes de Mahâvairochana sont différentes dans les représentations appartenant soit au domaine du Vajradhâtu, soit à celui du Garbha­dhâtu, bien que l’aspect général de la Grande Divinité soit à peu près le même : il a une tête de Bouddha avec les cheveux coiffés en un chignon cylindrique entouré d’une haute couronne (cette dernière est parfois absente sur certaines sculptures, soit en raison d’une perte, soit en raison du non-conformisme de l’artiste). Il est représenté en Bouddha paré, avec une robe princière, l’épaule droite dénudée, et il arbore col­liers et bracelets. Dans le mandala du Vajradhâtu, il a les mains en Dhyâna-mudrâ (les pouces se touchant), tandis que dans celui du Gar­bhadhâtu, ses mains forment une mudrâ particulière, en poing de sagesse (jap. Chiken-in) ou des six éléments, représentant l’Union mystique. Dans certains autres cas, il peut tenir dans les mains des attributs : dans la main droite un joyau magique (chintâmani), un tri­dent, un glaive ou une corde (comme Achalanâtha) ; dans la main gauche un vajra à trois pointes, un rosaire ou une clochette. Il n’est pratiquement jamais représenté en sculpture au Népal et au Tibet où il apparaît cependant souvent en peinture, soit en tant que Mahâvairochana, soit représentant l’Adi-Buddha. En Chine et au Japon, ses effigies en sculpture sont au contraire nombreuses, et suivent les règles iconographiques indiquées dans les deux grands mandala. Dans ce dernier cas, il est parfois représenté tenant dans ses mains en Dhyâna-mudrâ une roue de la Loi.

Vairochana (jap. Rushana, Birushana ; chin. Palushena ; cor. Birusa-bul, Tae-il Yo-rae ; mongol Masi-Geigüliin Choquiqchi ; tib. Rnam-spar snang-mdzad)

Sous ce nom, ce Grand Bouddha est considéré non plus comme le Bouddha suprême mais comme un des Cinq Jina (jap. Gochi Nyorai). Le Bouddha historique en serait une forme provisoire. D’après le Bon- mô-kyô, Vairochana, siégeant sur un lotus à mille pétales, aurait « émis » mille milliards de Bouddha réels pour enseigner les mondes. Il est alors représenté assis sur une fleur de lotus, la main droite en absence de crainte, majeur incliné (secte Shingon), la main gauche reposant dans le giron, paume tournée vers le haut. Son auréole est ornée d’une infinité (mille en principe) d’images du Bouddha historique. Au Tibet, Vairochana est représenté vêtu de la robe monastique, avec les attributs habituels du Bouddha : ûrnâ, ushnîsha, etc., les mains en Dharmachakra-mudrâ. Lorsqu’il est représenté en embrassement avec sa Shakti (appelée Lochanâ ou Vajrashâtîsvarî), il est habillé comme un Bodhisattva et tient une roue de la Loi et une clochette. Il  est assis sur un lotus bleu. Lochanâ pour sa part l’enlace étroitement de ses jambes et tient une calotte crânienne et un couteau (parfois un chakra). Leurs corps sont blancs. Le lion est leur animal-support (vâhana).

Vajrasattva (jap. Kongô-satta ; chin. Wozi Luosazin ; tib. Rdorye-Semsdpa)

Dans la secte Shingon, il représente, sous ce nom, une forme active de Mahâvairochana et est considéré comme le Bouddha suprême dans le rituel secret. Il est, au Tibet, l’Adi-Buddha. Il est également parfois considéré comme un « disciple direct » (ou émanation) de Mahâvairochana. C’est, dans le Garbhadhâtu Mandata, le Bouddha suprême. On le représente assis en Padmâsana sur un lotus, les deux pieds cachés par la robe, vêtu d’une simple robe monastique lui laissant l’épaule découverte, avec un très haut chignon et des bracelets. Sa main droite tient un double vajra à cinq pointes sur la poitrine, sa main gauche une clochette (avec un manche terminé par un vajra à cinq pointes) sur la hanche ou sur le creux de la cuisse. Ou bien, mais plus rarement, au Japon surtout, il a les mains en Kongô-ken-in (Vajramushti-mudrâ) ou en Sankaisaishô-in. On peut aussi parfois le voir représenté avec plusieurs bras et monté sur un éléphant (rare). Sa forme terrible est celle d’un Vidyârâja, en général Râgavidyârâja. Il est alors accompagné, sous sa forme multiple et secrète, appelée Go-himitsu Bosatsu au Japon, de quatre « rois de diamant » (Vajrarâja) représentés ensemble dans une même auréole et assis sur un même lotus. Vajrasattva est souvent représenté accompagné des quatre gardiens des quatres horizons, principalement sur les mandala. Il peut également être monté sur quatre éléphants orientés sur lesquels se trouvent les effigies des quatre Lokapâla. Dans sa couronne peuvent se trouver représentés les Cinq Jina. Sa parèdre est une Târâ. Au Japon, il peut prendre une forme terrible avec quatre ou six bras, et avec un vajra et un crâne humain (ou une tête de lion) dans sa coiffure. Il tient alors le vajra et la clochette, un arc et une flèche, une corde et un glaive.

Mahâvairochana identifié à Bhaishajyaguru

Il est alors représenté comme un Bodhisattva, avec une haute couronne, la robe laissant l’épaule droite dénudée, mais sans ornement. Il peut alors avoir les mains soit en Dhyâna-mudrâ (pouces se touchant), soit en Dharmachakra-mudrâ (ou en Chiken-in). Cette identification est propre au Japon.

Mahâvairochana identifié à Ekâkshara Ushnîshachakra (jap. Ichiji Kinrin Nyorai)

Il peut prendre plusieurs noms et aspects. Au Japon, cette forme est également considérée comme étant « les yeux » de Mahâvairochana. Il peut avoir le nom de Buddhalochanî (jap. Butsugen-son, Butsugen Butsumo) dans le Garbhadhâtu Mandala et assumer une forme féminine. Il a parfois une tête de lion sur sa coiffure et les mains réunies en Dhyâna-mudrâ (pouces se touchant). Ce Bouddha suprême de la secte Tendai au Japon est symbolisé par une roue d’or à huit rayons. Il peut  également prendre d’autres aspects suivant les mandala. Sous le nom ce Buddhalochanî, Ekâkshara Ushnîshachakra (mains en Dhyâna- mudrâ) fait la liaison entre les deux grands mandala et concilie les deux ispects cosmiques représentés par ceux-ci. Chaque secte ou sous-secte voit ce « pont » s’effectuer de manière différente  et a conçu un grand nombre d’aspects transitoires d’Ekâkshara Ushnîshachakra aspects qui sont loin d’être toujours fixés et dont les noms sont très souvent différents suivant la fonction et les pouvoirs, ou encore la place qu’on veut bien leur faire occuper entre les conceptions que ces sectes ont du Vajradhâtu et du Garbhadhâtu… Ekâkshara Ushnî-shachakra est parfois appelé au Japon Daishô Kongô. Sous cette forme, il a douze bras dont deux mains en Chiken-in et deux autres tenant la clochette et le vajra. Les autres mains tiennent, à droite : le glaive, le rosaire, le bâton et le triple joyau ; à gauche : la roue, la corde, le double vajra en croix, le lotus ouvert. Sa coiffure est nouée en sept chignons et il rst assis en Padmâsana sur un lotus. Il combine alors les forces de Mahâvairochana et de Vajrasattva. Mahâvairochana sous son aspect normal est presque toujours  accompagné par quatre Bodhisattva assumant une forme féminine et appelés Pâramitâ (jap. Haramitsu), symbolisant les quatre sapiences et le reliant aux grands Bodhisattva.

Sudrishti ou Dhruva (jap. Myôken, Myôdo Bosatsu)

Sous ce nom, Dainichi Nyorai est invoqué au Japon comme étant le Bodhisattva de l’Etoile polaire, « qui ne change apparemment jamais avec le temps, le point au centre du cercle dont on ne peut sortir». Il est également identifié au Sonia (jap. Kanro), incarnant ainsi l’am­broisie divine, la liqueur d’immortalité. Cette forme est surtout vénérée dans le nord du Japon, et plus particulièrement à Fukushima et dans l’île de Hokkaidô où elle est considérée comme protectrice des chevaux et des animaux sauvages, sous le nom de Sôzen (ce dernier nom aurait servi à désigner, autrefois, un cheval blanc). On le nomme aussi Sonshôô et Myôjin lorsqu’il est identifié au cheval blanc messager des Kami du shintô. Dans d’autres régions, Myôdô Bosatsu est considéré comme le protecteur des vers à soie. On le représente, surtout en pein­ture, assis sur un lotus blanc, une couronne sur la tête, les mains en Dhyâna-mudrâ. Sur les mandala, Myôdô est représenté accompagné des sept étoiles de la Grande Ourse, lesquelles seraient, selon une légende japonaise, les sept vies du célèbre guerrier révolté Taira no Masakado qui, en 939, osa se rebeller et se proclamer empereur, mais qui fut vaincu l’année suivante et tué au cours d’une furieuse bataille. Selon certains, Myôdô Bosatsu serait la japonisation du dieu chinois de la Littérature Guixing (une étoile). On le représente, en peinture, sous quatre formes principales :

  • Personnage féminin ( ?) monté sur un dragon, debout sur un seul pied dans les nuages, avec quatre bras, les deux supérieurs portant des étoiles, les deux autres un pinceau et un livre. Un Yaksha et un Deva sont ses acolytes habituels.
  • Personnage féminin ( ?) assis en Padmâsana sur un nuage, la tête couronnée, avec un haut chignon et une touffe de poils blancs entre les sourcils (ûrnâ), la main droite tenant une fleur de lotus sur laquelle repose la constellation de la Grande Ourse , la main gauche en Varada-mudrâ.
  • Personnage féminin ( ?) assis sur un nuage, la tête hérissée de serpents et un rictus montrant des crocs, avec quatre bras (mains droites : glaive et pinceau ; mains gauches : livres et chakra).
  • Homme debout ou assis sur une tortue et tenant un livre ou un glaive, parfois accompagné de deux acolytes.

Il est à signaler que Myôdo Bosatsu est parfois assimilé dans les croyances populaires à Kshitigarbha . Enfin on trouve souvent une image de Vairochana dans la coiffure de Mârîchî.

Incarnation temporaire au Japon

Les doctrines syncrétiques shintô-bouddhiques ont créé une incarnation temporaire (Gongen) de Vairochana appelée Uhô-dôji. Cette divinité féminine est réputée avoir le pouvoir de chasser la malchance. Elle affecte la forme générale des Kami (lorsque ceux-ci sont représentés sous forme humaine) mais avec un petit stûpa (ou reliquaire, hôtô), posé sur la tête. Elle tient un chintâmani dans la main gauche et un bâton de sagesse (jap. hôbô) dans la main droite. Sur ses pieds marche un tanuki (viverridé) blanc. On confond parfois cette divinité avec une des formes de Mârîchî (jap. Marishi-ten). Ses représentations sont rares en sculpture et plus encore en peinture après l’époque de Muromachi (XVIe siècle).

Le moine Kûkai (Kôbô Daishi, 774-835)

Il se serait révélé lui-même comme étant une forme de Vairochana, lors de la discussion de la doctrine du Shingon avec les chefs des autres sectes. Cette image est appelée au Japon Hasshûron Dainichi Nyorai (Vairochana des huit sectes). Vairochana-Kûkai est alors représenté avec un haut chignon sous un dais de sept étoiles, et réalisant le poing de sagesse (Chiken-in).

Rappelons enfin que sa couleur est blanche (ainsi que celle de sa parèdre Lochanâ), qu’il correspond à l’élément éther, que son Bodhi- sattva de correspondance est Samantabhadra, enfin qu’il est censé représenter le Bouddha historique Krakucchanda.

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