la franc-maçonnerie

> > la franc-maçonnerie ; écrit le: 18 janvier 2012 par mariouma

Ce n’est pas tant le nombre de ses membres (plus de 8 millions dans le monde entier) que leur qualité et leur influence qui donnent à la franc-maçonnerie son importance exceptionnelle. Le recrutement est en effet volontairement très sélectif et suit une procédure longue et solennelle d’initiation rituelle.
Les préoccupations du mouvement sont d’ordre moral au sens large, c’est-à-dire qu’elles portent sur la vie de la société. Cette ambition, à quoi s’ajoute le niveau non négligeable des cotisations exigées, limite en fait l’accès de la franc-maçonnerie aux classes instruites d’une certaine aisance matérielle.
En revanche, tous les courants de pensée philosophique ou religieuse peuvent se côtoyer au sein du mouvement. C’est même son intérêt majeur
que d’être un lieu de rencontre d’hommes que rien ne rapprocherait spontanément dans la vie courante. A cet égard, des clubs comme le Rotary ou le Lions International1 pourraient être considérés comme d’inspiration maçonnique.
Pourquoi donc évoquer ici la franc-maçonnerie, de façon un peu provocatrice, comme une quasi-religion ?
Incontestablement, la franc-maçonnerie partage avec les religions [’ambition d’élever l’homme en prenant en compte sa dimension spirituelle.

On pourrait donc être tenté de considérer la franc-maçonnerie ;comme une religion sans dogmes, un peu comme le confucianisme. Cependant, contrairement aux religions qui s’efforcent d’apporter leur enseignement à tout le peuple, la franc-maçonnerie n’agit qu’à travers ¡es membres ; son système est donc délibérément élitiste mais il n’impose li dogme ni théorie philosophique, ce qui le différencie nettement des éligions. En outre les rapports de la franc-maçonnerie et de la religion ;ont obscurcis par une longue histoire qui présente bien des facettes :contradictoires.
L’origine de la franc-maçonnerie remonte aux corporations de maçons, rôtisseurs des cathédrales. Ceux-ci auraient plus anciennement tiré leur :compétence des Grecs et des Egyptiens qui leur auraient transmis égalenent des connaissances ésotériques mystérieuses. De cette période date e riche symbolisme maçonnique : l’équerre du maçon réunit les deux lotions contraires de verticale et d’horizontale et symbolise la tolérance ; e compas embrasse tout le cercle des connaissances, il exprime l’universel :t suggère la précision et la mesure, etc.
Cependant, dès le XVIe siècle, les maçons acceptèrent dans leurs loges2 les non-professionnels qui donnèrent peu à peu à l’organisation un caractère spéculatif et intellectuel ; il s’est agi dès lors de construire l’homme intérieur par la recherche de la vérité, ce que les maçons appellent la construction du Temple » ; c’est leur objectif depuis le XVII  siècle.
C’est en Angleterre et en France que s’est d’abord développé le mouvement maçon mais sa structuration est surtout le fait des loges du premier ays, grâce à la constitution en 1717 de la Grande Loge de Londres. A cette époque, la franc-maçonnerie, exclusivement réservée aux hommes,
est explicitement théiste : la croyance en Dieu, le Grand Architecte de l’univers, fait partie de ses principes de base, comme d’ailleurs l’interdiction de discuter de politique ou de religion. Ces principes sont admis sans contestation par tous les rites maçonniques.
Cependant, au XIXe siècle, on voit apparaître une nouvelle tendance, dite « voie substituée », qui ne s’interdit plus l’action politique. Peut-être la participation de maçons à la conquête de l’indépendance américaine n’est-elle pas étrangère à ce tournant. C’est en France que cette innovation connaît le plus de succès. Le Grand Orient de France prend des positions de plus en plus radicales et rejette en 1877 la référence au Grand Architecte de l’univers, se coupant ainsi de la franc-maçonnerie majoritaire, dite « régulière ». Cette obédience devient alors une sorte d’« Eglise de la République », violemment anticléricale et hostile au catholicisme.
Il faut rappeler que les rapports de Rome et de la franc-maçonnerie n’avaient jamais été sereins jusque-là. De nombreux textes pontificaux avaient condamné la franc-maçonnerie depuis le début du XVI  siècle, mais pour des raisons parfois plus politiques que doctrinales.
Ce n’est qu’en 1974 que Rome marqua nettement la différence entre la franc-maçonnerie traditionnelle, régulière, et les autres expressions du mouvement. Cette attitude, qui répond à l’objectivité, laisse la porte ouverte à la présence de catholiques au sein des loges régulières ‘. Il convient d’ajouter que les positions prises lors du concile de Vatican II en faveur de la liberté religieuse ôtent leur intérêt aux arguments de la franc- maçonnerie contre le catholicisme. Il en est de même en ce qui concerne l’accusation d’immobilisme social portée par le Grand Orient contre ses adversaires : on trouve aujourd’hui des conservateurs et des hommes de progrès aussi bien chez les chrétiens que chez les francs-maçons.
Si l’on essaie de résumer d’un mot l’impression que donne de nos jours la franc-maçonnerie à un observateur extérieur, c’est celui de vieillissement qui vient spontanément à l’esprit : les loges « régulières », fortement influencées par le monde anglo-saxon, restent une des faces de Y establishment ei ne soufflent guère d’idées nouvelles ; quant à la « voie substituée » dont le Grand Orient est l’exemple le plus marquant, elle a, semble-t-il, jeté tous ses feux idéologiques, bon nombre de ses thèses s’étant progressivement concrétisées dans la société moderne. L’assoupissement constaté est peut-être la rançon de cette réussite dont chacun reste juge.
Ajoutons que malgré l’existence récente de loges féminines et de loges mixtes, la franc-maçonnerie compte la « masculinité » dans ses principes
fondamentaux et que, dans son ensemble, elle ne paraît pas particulièrement désireuse de se « féminiser ».
Il reste, bien sûr, que la franc-maçonnerie a l’efficacité de toute confrérie dont les membres se veulent étroitement solidaires, et l’on peut craindre que ce soit l’ambition de réussir une carrière plus que l’enrichissement spirituel ou philosophique qui conduise dorénavant nos jeunes contemporains vers les loges.

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