La religion et l’éducation

> > La religion et l’éducation ; écrit le: 26 janvier 2012 par mariouma

Puisque les enfants ne peuvent pas tout apprendre, les programmes de l’enseignement résultent toujours d’arbitrages entre diverses priorités. C’est ainsi que le latin a perdu du terrain dans les classes secondaires et que l’informatique y a été introduite.
Dans notre monde de plus en plus technique, la religion a-t-elle encore une place dans l’enseignement et, si oui, laquelle ?
Chaque pays apporte sa réponse : en Arabie Saoudite, l’étude du Coran est primordiale tandis que les pays communistes fondaient leur pédagogie sur l’idéologie athée. Entre ces extrêmes, la laïcité présente l’immense avantage de n’imposer aucune contrainte et de respecter la liberté de chacun.

Enseignement religieux et  laïcité

La laïcité n’implique pas que toute formation religieuse soit absente de l’enseignement. Selon les pays, il existe des situations très diverses quant a la place qualitative et quantitative de cet enseignement.
Le plus souvent, un régime laïc considère que la religion est affaire Personnelle et qu’il appartient aux familles de donner aux enfants, en marge de l’enseignement officiel, toute formation complémentaire qui biais d’événements où elles se sont éloignées, volontairement ou non, de leur vocation spirituelle.
Certes la formation proprement religieuse restera toujours du ressort je religions, mais elle gagnerait sûrement en qualité si l’enseignement officiel portait un intérêt à l’épanouissement spirituel des enfants qui lui sont confiés.

La formation religieuse

C’est dans l’enfance et l’adolescence, à l’époque de l’acquisition des connaissances primordiales et des habitudes morales que la réceptivité au spirituel est la flus spontanée. C’est à cet âge que se transmettent les histoires merveilleuses ou la mythologie auxquelles se réfèrent les religions.
Il faut dire que, pendant de longs siècles sans westerns à la télévision, les histoires saintes et les épopées guerrières ont donné à l’humanité sa part de rêve. En outre la formation religieuse était d’autant plus nécessaire et d’autant mieux acceptée qu’il n’y avait pas d’éducation concurrente ni d’activité intellectuelle de substitution.
Encore aujourd’hui, l’essentiel de la formation religieuse s’achève peu après « l’âge de raison », autour de 10 à 13 ans, par des cérémonies solennelles d’entrée dans la communauté qui sont une constante des différentes religions : confirmation chrétienne, initiation des religions traditionnelles africains, bar mitsvah du judaïsme, remise du cordon sacré chez les hindouistes « deux fois nés » ou de la chemise blanche chez les zoroastriens, etc. Ces solennités coïncident sensiblement avec la fin de la scolarité primaire : après avoir appris à lire et à compter, il ne reste plus qu’à connaître un métier et à faire l’expérience de la vie.

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Le développement spectaculaire de l’enseignement secondaire depuis quelques décennies ne s’est pas accompagné d’un effort suffisant pour adapter la formation religieuse à des populations plus instruites, creusant ainsi un fossé entre la formation profane, imprégnée de rationalisme, et ’a formation religieuse, souvent restée infantile.
Mais en quoi consiste cette formation religieuse ? Elle varie considéra blement selon les religions, en particulier selon qu’elles se considèrent révélées ou non. Si, en effet, il existe un texte sacré, son étude tient la place centrale dans l’instruction religieuse. C’est le cas notamment du Coran dans l’Islam et de la Torah dans le judaïsme.
En revanche, les religions animistes s’intéressent avant tout à une technique, celle qui permet de se concilier les faveurs des dieux, des esprits ou des ancêtres. Dans ces religions, seuls les sorciers, prêtres ou chamans ont besoin de recevoir la plénitude de la connaissance puisqu’ils servent d’intermédiaires entre le peuple et le monde surnaturel.
Le christianisme tient une place à part : les prêtres, surtout dans le catholicisme et l’orthodoxie, reçoivent de l’évêque, lors de cette « initiation » qu’est l’ordination, des pouvoirs surnaturels spéciaux qui leur permettent de consacrer le pain et le vin de la messe ainsi que de pardonner les fautes. Les prêtres ne sont cependant pas détenteurs de connaissances spéciales qui seraient interdites aux laïcs ; au contraire, tout le sens de leur vie est de partager ce qu’ils savent et ce qu’ils croient avec le plus grand nombre.

La formation chrétienne comprend donc un dosage, variable selon les lieux, les époques et les différentes Eglises entre l’étude des textes sacrés, la connaissance des dogmes et des croyances qui en ont été tirés au cours des siècles, et la façon de vivre la religion, tant en ce qui concerne le culte que la morale.
Dans le cas particulier du catholicisme, il est surprenant de constater à quel point la conception du catéchisme   a évolué depuis quelques décennies. Jadis présenté sous forme d’une série de questions aux réponses péremptoires, il est devenu dans certains pays comme la France une sorte de réflexion sur le monde actuel à la lumière de l’Evangile, l’affirmation des principes étant volontairement mise au second plan. Pour éviter de passer d’un excès à l’autre, les catéchismes, qui sont jusqu’à présent du ressort du diocèse ou d’un groupe de diocèses, pourraient être unifiés ; des études sont en cours à ce sujet.
En Islam, il existe généralement deux types de formation religieuse : l’une est à plein temps et l’autre ne constitue qu’un complément de l’éducation profane. La première pourrait se comparer au séminaire chrétien en ce sens qu’elle est destinée à des étudiants pour qui la religion passe avant tout. Cependant les contraintes du monde moderne a l’ exige des connaissances générales et techniques de plus en plus approfondies limitent l’attrait de cette formation, d’autant plus qu’il n’y a pas dans l’Islam de fonctions du culte exigeant un plein temps. Les pays musulmans les plus développés voient donc se généraliser la formation du deuxième type, laquelle s’interrompt le plus souvent vers l’âge
de 13 ans.
Dans le cas du Sénégal, par exemple, où la population est très majoritairement musulmane et très fervente, les élèves vont à l’école coranique six jours par semaine, avant et après la classe, c’est-à-dire une demi-heure le matin avant  et une heure après la fin des cours à midi. Le dimanche matin est entièrement consacré à l’école coranique.
Ceci représente plus de 12 h de formation religieuse par semaine. Une faible part de ce temps concerne l’apprentissage des pratiques du culte (récitation des prières, rites à observer…) et le reste, soit près de 80 % du temps, est consacré à la lecture du Coran en arabe. Il s’agit d’un exercice de pure mémorisation puisque les élèves n’ont aucune notion de cette langue : à la fin des cours, les élèves sont en mesure de lire et de psalmodier le Coran, mais sans en comprendre le sens.
En schématisant grossièrement, on peut résumer ainsi les caractéristiques les plus frappantes des formations religieuses dispensées par les trois
« religions du Livre » :
– L’enseignement juif est marqué par un certain intellectualisme ; l’analyse du Talmud et de la Torah est une « explication de texte » fouillée qui fait ressortir la signification symbolique des faits de la Bible. Du respect du texte dérive celui des rites.
–    L’enseignement coranique inculque le respect d’un texte incompréhensible, sauf pour les 20 % de musulmans qui sont de langue arabe pratique sociale de la religion entretient aussi un traditionalisme proche de l’immobilisme.
–    L’enseignement chrétien est en mutation et cherche sa voie et ses méthodes. Destiné avant tout à présenter comme modèle la vie de Jésus. Christ, il formalise les croyances fondamentales et édicté les règles morales.
Ainsi la parenté des trois religions issues d’Abraham n’implique aucune communauté de vues dans le domaine particulièrement porteur d’avenir de la formation religieuse. Pourtant cette formation conditionne l’évolution des religions et, par conséquent, leur impact sur la société.

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Un virage nécessaire

Longtemps la formation religieuse a été prédominante. Comme tou¬jours elle comportait en proportions variables l’initiation à des pratiques rituelles, la connaissance de textes sacrés et l’inculcation d’une morale. Elle y ajoutait des explications mythiques sur l’origine du monde et de la vie que la science d’alors ne pouvait fournir1.
Aujourd’hui, les religions doivent admettre qu’elles ne sont pas les mieux placées pour répondre à toutes les questions. Pourtant certains obstinés, encore assez nombreux, vont chercher dans la Bible ou le Coran ce que l’inspiration divine n’a, selon toute probabilité, jamais voulu y mettre.
Ainsi, aux Etats-Unis, le courant « créationniste » du protestantisme ne veut pas démordre de la création du monde par Dieu en six jours et rejette tout de la théorie darwinienne de l’évolution des espèces .
–    l’Arabie Saoudite, on y enseignait encore au XX  siècle, sur la foi du Coran, que la Terre ne pouvait être que plate.
Ces exemples montrent à l’évidence que la formation religieuse peut ombrer dans le ridicule quand elle se mêle de ce qui ne la regarde pas. Les religions qui ne se sont pas aperçues que nous avons quitté le Moyen Age doivent donc faire prendre un virage à leur formation religieuse, la crédibilité de leur message spirituel ne pourra qu’y gagner.
Cependant le monde évolue rapidement et les religions qui se sentent à l’aise dans leurs rapports avec la science ne sont pas, pour autant, exemptes de problèmes d’adaptation.
Les jeunes générations ont le sens du concret et sont de moins en moins sensibles au langage des symboles et au respect des rites. L’argument d’autorité est systématiquement contesté, et ce à juste titre puisque le progrès, spirituel ou non, passe par le besoin de comprendre, par le cœur ou l’esprit.

De ce fait, les croyances sont fréquemment jaugées en fonction du critère de la cohérence intellectuelle ; on constate même une certaine méfiance envers le surnaturel.
Même les religions les mieux établies doivent tenir compte de cette situation et être capables d’exprimer leurs croyances dans un langage moderne.
A vrai dire, les religions ont là une chance de se débarrasser de vénérables habitudes qui les encombrent parfois inutilement, afin de se concentrer sur leur message spirituel. Faute de cette cure de rajeunissement, les religions risquent de ne plus être crédibles pour les éléments les plus jeunes et les plus dynamiques de la population.
N’exagérons pas cependant la portée de ce phénomène : bien des gens réussissent à compartimenter leur vie, acceptant les croyances religieuses sans les comprendre ou les assimiler tout en menant rationnellement leurs affaires par ailleurs.
Un autre fait est intéressant à souligner : comme les besoins spirituels existent quel que soit le type de société, certains déçus des religions se construisent un univers spirituel à leur convenance. Nombreux sont ceux qui, par exemple, disent admirer Jésus-Christ mais récusent l’appartenance à une Eglise jugée vieillie, inadaptée ou inutile.
Cette attitude présente de grands risques de dérapage, car l’orgueil, conscient ou non, est bien à l’opposé de ce qui favorise le progrès spire pèche en outre contre la solidarité, car tout point de vue mérite u être discuté, surtout avec ceux qui pourraient en tirer profit. Quitter Un mouvement religieux revient à renoncer à le faire évoluer

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La formation religieuse doit prendre en compte ces diverses données sociologiques si elle a l’ambition d’atteindre toutes les couches de la population et de répondre à leurs besoins spirituels.
A cet égard, les écoles « confessionnelles » peuvent présenter un risque dans la mesure où elles tenteraient de protéger leurs élèves d’une « contamination » par des idées étrangères à leur foi. Heureusement, dans la pratique, elles n’imposent généralement aucune barrière ni ségrégation s’efforçant seulement de maintenir la qualité de leur enseignement. C’est ainsi que d’innombrables non-chrétiens fréquentent des écoles chrétiennes.
Le problème de la formation religieuse ne se limite cependant pas à transmettre les valeurs de la religion à des enfants de familles croyantes ou sympathisantes. L’époque n’est plus à ces prêtres qui consacraient leur vie au professorat de mathématiques, de latin ou d’histoire. Le nouveau virage à prendre par la formation religieuse, quelle qu’elle soit, est synonyme de ce que le christianisme appelle la « conversion »1 : le « plus » que les religions peuvent et doivent apporter relève du cœur davantage que de l’esprit. C’est dire que les formations religieuses qui se fondent sur la mémoire ou l’analyse de textes ne remplissent que médiocrement leur tâche d’élévation spirituelle des croyants vers Dieu.
La formation religieuse doit avoir pour objectif d’apporter à chaque individu, à chaque âge de sa vie, de quoi le faire progresser vers Dieu ; il faut à la fois répondre aux besoins qu’il exprime et lui en faire exprimer de nouveaux.
S’il est un domaine où la formation continue est bien une nécessité, c’est celui de la vie spirituelle. C’est pourquoi l’interruption de toute formation religieuse après l’école primaire a des effets catastrophiques dans les populations qui poursuivent bien au-delà leur formation profane. Les sermons des églises ou des mosquées comblent partiellement ce vide, mais il s’agit d’un enseignement sans échange ni discussion, donc non personnalisé. Notre époque, qui a remplacé le confesseur par le psychiatre, devrait réinventer une structure de conseil spirituel d’esprit plus moderne que l’ancienne « direction de conscience », peut-être exagérément cléricale.
Une formule comme « S.O.S. prière » qui apporte un soutien spirituel par téléphone, répond à un besoin mais il en reste bien d’autres à satisfaire.
Il semble bien que l’école publique n’ait pas la vocation et ne soit pas en mesure de s’attaquer à ces questions ; sa nécessaire neutralité et l’importance quantitative de ce qu’elle enseigne par ailleurs le lui interdisent. Il doit donc y avoir une complémentarité naturelle entre les deux formations profane et religieuse, et non une rivalité : les religions dégantent en donnant des explications sur les mécanismes qui régissent le monde, leur devoir est, en revanche, d’apporter une conception de la vie d’avenir et d’enthousiasme, tout naturellement fondée sur jorteuse l’amour que Dieu porte à sa Création.
La formation religieuse n’a pas à rougir d’être, de ce point de vue, utilitariste. A quoi servirait une formation si elle ne visait à l’utilité ?

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