La volonté d’agir

> > La volonté d’agir ; écrit le: 27 janvier 2012 par mariouma

Il ne servirait à rien d’avoir une exacte perception de notre situation si c’était pour profiter du spectacle du monde s’agitant autour de nous.
Chacun d’entre nous est sur cette terre pour participer, d’une façon ou d’une autre, à l’épanouissement de la Création. Rien n’est donc plus légitime que d’avoir la volonté d’agir, que d’avoir des ambitions.
La seule question est de savoir comment orienter notre vie en fonction de nos qualités et de nos défauts, de nos potentialités et de nos limites.
Le terrain privilégié sur lequel peut et doit s’exercer notre besoin d’action, c’est d’abord nous-mêmes. L’une des constantes de la nature humaine est précisément cette extraordinaire capacité de progrès que nous portons en nous. Parfois on voit des mendiants devenir milliardaires ou des bandits devenir des saints. Cependant, même pour des changements moins spectaculaires, il ne faut pas que nous comptions sur le hasard pour nous améliorer. Il y faut beaucoup de volonté et de combativité. L’expérience montre d’ailleurs qu’il est plus facile de développer nos qualités que de faire disparaître nos défauts.
Pour tirer de nous-mêmes ce que nous recelons de potentialités, un effort de formation est toujours nécessaire. L’athlète le plus doué ne battra pas de records sans entraînement. Si la formation que nous recevons dans notre jeunesse est subie, nous sommes maîtres et responsables de notre évolution pendant notre vie d’adulte.
Qui a la volonté de progresser y arrive toujours, à condition, bien sûr, de faire preuve d’assez de lucidité pour rechercher ce en quoi il peut réussir.
C’est précisément à ce niveau que la vie spirituelle apparaît déterminante pour l’épanouissement de l’homme. Chacun aura, à un moment ou à un autre, le sentiment de plafonner dans ses activités physiques ou intellectuelles, cela ne peut se produire dans la vie spirituelle puisque notre esprit s’ouvre sur l’infini de Dieu.
Contrairement à ce que craignent trop souvent ceux qui n’ont aucune expérience de la vie spirituelle, celle-ci n’est pas synonyme d’austérité ou de sinistrose. Bien au contraire, nous avons vu à quel point elle nous apporte, en leur donnant un nouveau visage, ces biens auxquels nous tenons tant : la joie, l’amour, la liberté et la connaissance.
Dans cette perspective, la soif d’agir est indissociable de celle d’aimer. En cherchant à accomplir ce que Dieu attend de nous, nous tendons a devenir, comme Lui mais à notre modeste échelle, à la fois créateurs et sources d’amour.
S’il fallait résumer d’une formule la façon d’orienter sa vie vers Dieu, nous adopterions volontiers celle de saint Augustin  : « Aime et fais ce que tu veux. » Il ne s’agit évidemment pas d’ajouter à la pratique de l’érotisme le rejet de toute contrainte. Cela signifie que, du moment où l’amour des autres est au centre de nos préoccupations, les actions que nous entreprenons sont bonnes par le fait même et leur choix devient indifférent. C’est ce que, sous une autre forme, on appelle la grande liberté des enfants de Dieu.
Ainsi chacun a pour vocation de faire fructifier les qualités dont la nature l’a doté. A l’image de ce que Dieu attend de nous et de ce qu’il est Lui-même, chaque homme peut être, selon ses moyens, source d’amour et créateur.
Il est prodigieux de constater que chaque individu puisse contribuer à ce que semble bien être le plan de Dieu pour l’humanité. L’infirme comme le génie, le vieillard et l’enfant, nous avons tous des dons particuliers pour contribuer à un progrès de la collectivité qui passe par le progrès de chacun. Ces propos peuvent paraître outrageusement optimistes à l’égard de ceux qui ne sont pas particulièrement gâtés par la nature. Pourtant les exemples ne manquent pas de gens humainement déshérités qui rayonnent d’une joie que leur situation ne justifie apparemment pas. Leur épanouissement intérieur est de nature spirituelle.
Comme chacun d’entre nous peut, avec l’âge ou la maladie, se trouver dans des conditions peu enviables, c’est une raison de plus pour courir dès à présent l’aventure exaltante de la vie spirituelle.

Ce cheminement persévérant vers ce que Dieu attend de nous implique de rechercher Son contact. Mais, puisque Dieu nous a fait libres, Il est logique avec Lui-même en ne se manifestant qu’à ceux qui choisissent de Le chercher. Il ne s’agit évidemment pas d’une partie de cache-cache, l’Amour infini de Dieu est à notre disposition à tout moment. La question n’est donc pas tant de Le chercher que de désirer Le rencontrer.
Rien ne serait plus absurde et illusoire qu’une telle ambition si Dieu n’était prêt à se mettre à notre portée. C’est la perspective dans laquelle se place le christianisme puisque, selon lui, Dieu s’est fait Homme précisément pour nous apprendre à Le connaître.
A vrai dire, la méthode qui nous est indiquée par Jésus-Christ méritait bien que Dieu vienne sur terre, tant elle est inattendue. Au lieu de chercher Dieu au prix d’un effort d’abstraction intellectuelle, qui ne serait d’ailleurs pas à la portée de tout le monde, Dieu nous dit qu’on Le rencontrera dans le visage des plus défavorisés et des plus méprisés des hommes.
Il y a véritablement un gouffre entre cette approche et ce que préconisent les autres religions, c’est-à-dire l’obéissance à une loi ou
l’observation de rites. La différence de point de vue est si grande que le christianisme lui-même n’a pas voulu renoncer au formalisme ou au rituel inhérents aux autres religions.
Au fond, peu importe l’habillage, pour peu qu’il favorise la compréhension de l’essentiel. Après tout, l’homme est tel que Dieu l’a créé et il est sensible à Dieu aussi bien par l’intelligence que par la beauté, le sens de l’harmonie, la contemplation de la nature, etc.
Dès que nous sommes convaincus que Dieu nous attend, la meilleure façon d’aller vers Lui est de contribuer à l’œuvre de progrès qu’il entre¬prend sous nos yeux.
Le terrain privilégié de cette action est d’abord nous-mêmes. C’est à chacun de chercher comment il peut développer les ressources de sa personnalité dans les circonstances où il est placé.
Y a-t-il un objectif plus passionnant dans la vie que de s’efforcer de se façonner soi-même, en toute liberté et en conformité avec ce que l’on discerne du plan de Dieu sur le monde ?
Chacun d’entre nous a tant de talents divers : qualités de cœur, capacité technique, force physique, endurance au mal, expérience, enthousiasme, sagesse, tout peut concourir à la réussite de la Création, ce qu’on peut appeler la gloire de Dieu. C’est à nous de trouver à chaque instant ce que nous pouvons faire de mieux. Quel prodigieux domaine d’acüon pour notre liberté !
Construire une famille, travailler de ses mains, diriger une entreprise, supporter une injure ou une injustice, rendre un service, être disponible, écouter, parler, reprendre des forces, les dépenser, et par-dessus tout garder le contact avec Dieu, tout est source de progrès pour qui sait œuvrer dans le sens de sa vocation et de sa personnalité.
Coopérer à la Création de Dieu ou réaliser notre vie terrestre de façon satisfaisante sont des préoccupations convergentes, c’est pourquoi il n’est pas nécessaire d’être illuminé par une foi intense pour faire les premiers pas vers le destin que Dieu nous réserve. C’est en approfondissant les qualités humaines les plus banales que la vie spirituelle peut espérer s’épanouir en Dieu.
Dans cette optique, peu importent les circonstances où l’on se trouve placé ou les capacités dont on dispose. Seul compte le critère de l’amour apporté à ce que l’on est capable de faire : un brillant brasseur d’affaires peut être moins efficace aux yeux de Dieu qu’un malade incapable de parler ou de se mouvoir qui consacre toute sa lucidité à prier pour les autres.
Ainsi, à l’inégalité fondamentale entre les hommes se substitue l’égalité de leur dignité.
Il n’est pas si facile d’accepter intellectuellement cette vision de la réalité, même si notre conscience nous en fait pressentir le bien-fonde. Le doute peut à chaque instant nous tenter ou nous saisir. C’est une incitation de plus à rechercher dans la solidarité humaine une défense contre nos faiblesses. La religion est là précisément pour assurer ce soutien, elle joue un rôle analogue à celui du club sportif sans l’encadrement duquel les athlètes ne pourraient réussir une compétition de haut niveau. Les champions de la spiritualité qui consacrent leurs forces et leur intelligence à des débiles profonds ou à des malades irrécupérables font l’expérience extraordinaire d’une joie partagée, d’un enrichissement humain réciproque que ne peut expliquer aucune rationalité.
N’est-ce pas là l’une des raisons les plus convaincantes de croire à la vie si intensément que la mort n’est plus qu’un épanouissement et le couronnement de l’espérance en Dieu ?

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