Les facteurs et les théories du développement : une histoire très ancienne

> > Les facteurs et les théories du développement : une histoire très ancienne ; écrit le: 12 avril 2012 par chiraz modifié le 11 octobre 2018

La définition du développement retenue porte sur le long terme et même sur le très long terme. Analyser son évolution séculaire en fonction des religions nécessiterait une approche spécifique qui ne sera pas abordée dans cet ouvrage ; seul sera étudié l’impact des différentes religions sur le développement actuel dans les grands ensembles religieux. Mais il est nécessaire de garder à l’esprit que cette coupe transversale sur les aires religieuses devrait être complétée  ou précédée – d’une coupe verticale sur les ères religieuses. L’on constaterait alors que, au cours des âges, chaque religion a connu des périodes de création, d’innovation et d’expansion remarquables entrecoupées ou suivies de périodes de stagnation et même de déclin.

L’on constaterait aussi que, jusqu’à la révolution industrielle, les écarts étaient peu marqués entre les habitants des différents continents : les grands explorateurs du XVe siècle s’étonnaient de découvrir au bout du monde des populations vivant largement aussi bien «pi eux et possédant parfois des villes et des empires remarquablement organisés. Sur de très longues périodes, quelques millénaires par exemple, il ne semble pas qu’un continent ou une civilisation particulière ait eu un développement linéaire continu. Certaines civilisations ont connu très tôt une perfection, une organisation exemplaire mais pour tomber aussitôt dans un système répétitif sclérosant. L’étonnante et admirable civilisation égyptienne, par exemple, n’a pratiquement pas évolué pendant 3000 ans.

Résultat d’échanges ou résultat d’une sorte de processus inhérent à la destinée humaine ? Les terriens, toujours avant l’époque

moderne, semblent être arrivés, partout dans le monde, à des niveaux de civilisation et de développement assez comparables. Il serait en effet présomptueux de vouloir classer suivant une échelle de valeur le développement, l’organisation, la qualité des monuments ou de la littérature de la civilisation égyptienne, de la civilisation arabo-musulmane, de la civilisation khmère avec les prestigieux et grandioses ensembles d’Angkor, de la civilisation indienne aux multiples aspects, des civilisations incas et aztèques avec leurs villes et leurs fastes qui émerveillaient les conquistadors. Il n’est pas jusqu’à l’île de Pâques, perdue au milieu du Pacifique, qui n’ait créé une étonnante civilisation matérialisée dans la pierre par ses uniques Moai.

Et si l’on s’interrogeait sur la signification de tous ces monuments, sur les buts poursuivis par les hommes en réalisant ces temples et sculptures qui absorbaient une grande partie de leur énergie, l’on découvrirait partout les mêmes motivations d’ordre essentiellement religieuses : temples pour implorer ou honorer la divinité et offrir des sacrifices afin de s’assurer succès et bonheur ici bas et surtout dans l’au-delà. Et cela quels que soient les races et les continents.

Convient-il de conclure que toutes les civilisations connaissent spontanément une même évolution et sont finalement identiques ? Ce serait une vision trop superficielle. Car entre ces aires géographiques caractérisées par des cultures urbaines magnifiées par des grands temples de pierre ou de bois, survivent d’autres cultures « indigènes », « naturelles » ou « primitives » absolument imperméables aux civilisations se développant à la limite de leurs aires géographiques. Que ce soient les Inuits perdus dans le Grand Nord, les Patagons disparus dans le Grand Sud, les indiens des forêts amazoniennes, les nombreuses tribus plus ou moins nomades réparties dans tout l’Est asiatique, certains peuples refusent toute acculturation et préfèrent parfois la mort au changement.

Ces peuples ne vivent pas ou ne vivaient pas forcément dans des zones extrêmes et inhospitalières. C’était le cas notamment des sociétés indiennes qui habitaient le territoire des Etats-Unis. Pourtant ce ne sont pas elles qui ont créé les grandes civilisations précolombiennes de l’Amérique du Nord mais bien les Aztèques ou les Mayas qui vivaient dans des régions plus tropicales, plus hostiles, plus pénibles, souvent considérées comme freinant le développement. Par contre, en Amérique du Sud, les ethnies de la grande forêt amazonienne semblent s’être refermées dans leur cocon végétal tandis que certaines populations andines ont créé des civilisations pouvant rivaliser avec les plus prestigieuses du monde occidental et oriental.

alors question : pourquoi certaines ethnies restent-elles structurées en petits groupes et perpétuent de génération en génération une culture définitivement figée tandis que d’autres groupes humains, de toutes les époques, arrivent à s’organiser et à créer une culture et une structure dominant des millions d’individus ? Les peuples dits « primitifs », les « indigènes » sont arrivés depuis des siècles à atteindre la croissance zéro bien avant qu’elle soit recommandée par le Club de Rome. Et Jusqu’au XIVe siècle ces peuples se partageaient la terre assez équitablement avec les sociétés « historiques ». Puis, en quelques siècles, ces civilisations indigènes ont fondu ; certaines ont même totalement disparu sous les coups violents que leur ont assénés les triomphantes « civilisations ».

Dans son livre subtil Le harem et les cousins, Germaine Tillon (1966) différencie les sociétés « sauvages » des sociétés historiques par leurs caractéristiques matrimoniales. Les premières seraient exogames et cette obligation d’alliance avec des non parents aurait eu des « implications politiques, économiques, voire biologiques » qui ont assuré longtemps la survie des membres. Par contre, les sociétés « historiques » auraient favorisé les alliances endogames, délaissant la socialisation obligée par l’exogamie. Par une suite d’interférences culturelles, familiales, sociales et matérielles, ces civilisations ont entraîné une formidable croissance « dans tous les domaines économique, démographique, territorial. » Et il est vrai que les grandes civilisations et les grandes religions historiques se sont montrées particulièrement violentes à l’égard des civilisations « sauvages ». Quand au développement, elles l’ont poussé à un point tel que la vie sur la terre s’en trouve menacée.

Que conclure de tout ceci ? C’est que, historiquement, le développement semble assez homogène sur la surface de la terre en ce sens que l’on retrouve des civilisations remarquables sur toutes les parties du globe et même sur des terres qui ont été isolées de tous contacts avec les autres civilisations pendant plusieurs siècles. Mais dans les espaces laissés libres par ces grandes civilisations historiques, des peuples ont continué à vivre – et parfois même à bien vivre – sans évoluer, sans « multiplier leurs contacts avec l’environnement ». Et si l’on en croit Germaine Tillon cette différence serait due non pas à des facteurs culturels, religieux ou climatiques mais plutôt à des structures familiales différentes. C’est, nous le verrons, une thèse également défendue par Emmanuel Todd pour expliquer les différentes dynamiques actuelles de développement constatées de par le monde. De cela nous pouvons aussi conclure qu’apparemment la révolution industrielle, qui a subitement accéléré le développement, aurait tout aussi bien pu naître ailleurs qu’en Angleterre et beaucoup plus tôt, en Chine par exemple.

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