Religions et développement : Quel développement ?

> > Religions et développement : Quel développement ? ; écrit le: 12 avril 2012 par chiraz

Religions et développement : comment définir ce fameux développement, fondamental mais insaisissable ? Il convient de ne pas le confondre avec la croissance économique bien qu’au cours des temps l’un a souvent accompagné l’autre. Si le terme croissance s’applique à une simple élévation des principales grandeurs d’un état donné, le terme développement implique des transformations plus profondes : un arbre croît mais un fœtus se développe.

« Le bien-être de la population » voilà sans doute à quoi devrait aboutir le développement. Les facteurs qui le procurent ne sont pas aisément identifiables. Le bien-être n’est-il pas surtout mental, culturel plutôt que le résultat d’un confort matériel ? On le voit, pour assurer le bien-être, le développement ne peut se contenter d’offrir davantage de biens physiques, il doit aussi offrir un mieux culturel, une satisfaction intellectuelle, spirituelle afin de combler l’homme dans toutes ses aspirations. Mais peut-on parler de mieux culturel ou spirituel ? Quels critères choisir pour décréter qu’une culture est meilleure ou plus « développée » qu’une autre ? Ici seuls des éléments secondaires et forcément arbitraires permettront de relativiser le « développement » d’une culture. En effet la culture est « l’ensemble des phénomènes matériels et idéologiques qui caractérisent un groupe ethnique ou une nation ». Mais la culture c’est aussi « l’enrichissement de l’esprit par des exercices intellectuels » et « l’ensemble des connaissances qui enrichissent l’esprit, affinent le goût et l’esprit critique » (Larousse). Enfin ici intervient un élément quantifiable : « ensemble des connaissances » et dès lors l’on peut admettre qu’une société ayant la possibilité de se remettre en question grâce aux contacts qu’elle entretient avec les autres peuples peut être estimée plus développée qu’une population restée isolée au point que ses membres ignorent même l’existence d’êtres humains pensant et agissant autrement.

D’autre part « l’ensemble des connaissances » est très nettement supérieur dans ce que nous appelons les pays développés. Il est supérieur en absolu mais aussi au niveau individuel grâce à l’éducation reçue. L’évaluation du niveau scientifique d’une population est plus aisée que celle de son niveau culturel : s’il n’est pas évident que notre culture soit supérieure à celle de l’Egypte pharaonique, il est indiscutable que notre niveau scientifique lui est supérieur. L’intellect – qui fait appel à l’activité de l’esprit, à la réflexion, aux opérations abstraites – est aussi plus exercé dans les pays développés grâce notamment à la multiplication des moyens techniques de recherche qui permettent de découvrir, d’aborder des nouveaux phénomènes et de créer de nouveaux concepts intellectuels.

Les religions prétendant expliquer l’origine de l’univers aussi bien que sa fin, le développement sera pris dans son sens le plus cosmique : celui qui a commencé avec le big bang et qui peut se définir comme une complexification de la matière allant jusqu’à produire l’homme, ce chef d’œuvre en péril du monde vivant. L’évolution du vivant se caractérise, suivant Pierre Vendryes (1981), par sa capacité à multiplier les façons d’entrer en contact avec son environnement. Cette définition du développement sera retenue pour la suite de la présente étude. Non seulement elle s’applique à toutes les étapes du vivant mais, de plus, et c’est important, elle prend en considération aussi bien le matériel que l’intellectuel, le spirituel. Enfin elle rejoint la définition donnée par le PNUD (1991) pour qui le développement humain est « le processus d’amplification des choix de l’individu ».

Si l’on prend en considération les premiers êtres vivants, l’on constate que leurs relations avec l’environnement sont très limitées : en général ils ne peuvent d’ailleurs survivre s’ils quittent un tant soit peu leur biotope. Mais au fur et à mesure de l’évolution, les animaux se sont adaptés à des environnements de plus en plus variés au point que certaines espèces se retrouvent sur tous les contents. Un bond qualitatif arrive avec l’homme qui au cours de son évolution, et surtout de son évolution récente, multiplie les contacts de toute nature avec son environnement : il explore physiquement les terres, les mers, l’air et même le cosmos. Et par ses nouvelles prothèses appelées Hubbel ou cyclotron, les hommes des pays les plus développés entrent en contact avec l’infiniment grand et l’infiniment petit. Mais ce qui est encore plus important et plus déterminant c’est que ces hommes découvrent pour la première fois F ensemble des très nombreuses civilisations anciennes et actuelles. Cette multiplication des contacts et ces découvertes lui permettent de mieux se situer dans l’univers et de mieux se connaître, fût-ce avec le macroscope de Joël de Rosnay (1975).

Cette multiplication des relations, ce progrès améliore-t-il le sort ne ; homme ? Le fait est que ce sont les pays les plus développés qui c : permis ces découvertes récentes. Et ce sont ces mêmes pays qui «errent le plus haut degré de satisfaction à leurs habitants. De nombreuses enquêtes montrent que dans les démocraties occidentales européennes, par exemple, environ quatre-vingt-dix pour cent des i« —mes et des femmes se disent satisfaits ou très satisfaits et même heureux ou très heureux, ce qui est un résultat impressionnant. Si l’on analyse les facteurs qui, d’après les enquêtes (Le Vif/L’Express,11 mars 1988, Le Nouvel Observateur, 6 décembre 1990 et 8 juillet 1993) justifient ce bonheur, on s’aperçoit que le matériel se mêle au spirituel ; la santé est certes très importante mais elle est suivie de pés par la famille, le travail, les amis, les loisirs.

Toutefois, dans nos sociétés, le lien entre la richesse, l’argent et le bonheur est ressenti d’une façon très ambiguë. Seulement 8 % des personnes interrogées estiment, d’une façon générale, que le bonheur est lié à l’argent, loin derrière la santé (49 %), l’emploi (32 %), l’amour (32 %), l’harmonie de la société (26 %) et l’amitié (23 %). Mais à la question : « Vous personnellement, qu’est-ce qui vous manque le plus pour être parfaitement heureux ? », 37 % des personnes répondent « la possibilité de voyager davantage », 33 % disent brutalement « de l’argent » et 26 % répondent « du temps » qui, comme chacun sait, n’est que de l’argent… (Le Nouvel Observateur, 8 juillet 1993).

Ce bonheur déclaré n’est pas incompatible avec une certaine angoisse vis à vis de l’avenir ni même avec le pessimisme des médias qui ne parlent que de crise, de chômage, d’exclus, de guerre, d’attentats et de sida. Sans doute même ce phénomène joue un rôle de catharsis auprès des lecteurs et téléspectateurs qui, après avoir vu le journal, sont tout heureux d’avoir miraculeusement échappé à tous ces fléaux.

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