Les religions et l’argent: religion et argent

> > Les religions et l’argent ; écrit le: 26 janvier 2012 par mariouma modifié le 7 septembre 2019

Dès qu’une société atteint un certain niveau de complexité de ses échanges, elle n’échappe pas à l’argent. Par nature, l’argent n’est ni sale ni propre, c’est l’usage qu’on en fait ou l’idée qu’on en a qui touchent à la morale.
La fascination de l’argent, l’obsession d’en gagner toujours plus, par exemple, semble difficilement compatible avec la passion de Dieu, pour la simple raison qu’on ne peut se consacrer totalement et simultanément à deux objectifs différents. Le Christ dit : « nul ne peut servir deux maîtres Dieu et l’argent ».
Comme les religions encouragent leurs fidèles à rechercher Dieu avant tout, elles ont naturellement une position méfiante, si ce n’est hostile, vis-à-vis de l’argent. Cette logique interne rend, à juste titre, suspect tout personnage religieux qui mène une vie fastueuse. Au contraire, les plus célèbres et les plus écoutés ont connu des conditions de vie plus que modestes. Bouddha, prince fortuné, s’est totalement dépouillé de ses richesses.

Le Christ, né dans la pauvreté de la crèche   au cours d’un voyage, il est vrai – a vécu la vie d’un simple charpentier. Mahomet, quoique ayant épousé une commerçante aisée, n’était pas parmi les plus riches. Quant aux saints chrétiens ou à leurs homologues des autres religions, ils se distinguent généralement par leur grand esprit de renoncement. Saint François d’Assise, le poverello, le petit pauvre, distribua les richesses considérables qu’il hérita de sa famille, saint Vincent de Paul prit volontairement la place d’un galérien, le père de Foucauld, après une jeunesse brillante, se fait jardinier puis part vivre en ermite dans un pays hostile. Ils ne sont que des exemples connus parmi une foule de croyants chrétiens complètement détachés de l’argent.
En Inde, les sadhus poussent parfois le renoncement jusqu’à se dépouiller même de leurs vêtements. Une secte des jaïns se nomme opportunément et poétiquement digambara, c’est-à-dire « vêtus d’espace ».
Les mourides1 qui mettent toute leur activité gratuitement au service de leur confrérie ont aussi un sens du désintéressement apparemment supérieur, vu de l’extérieur, à celui du grand marabout qui les dirige.
Les moines bouddhistes sont tenus à mendier chaque jour leur nourriture auprès des fidèles.
De tels exemples pourraient se multiplier à l’infini.
Mais les croyants qui n’en sont pas encore arrivés à ce degré de renonernent ou qui jugent devoir rester insérés dans une vie sociale plus « normale » peuvent avoir, à l’égard de l’argent, des attitudes assez éloignées je ce que nous venons de décrire.
Il v a quelques générations, un certain comportement « bourgeois » consistait, non pas à faire fi de l’argent, mais à vivre en dessous de ses moyens pour des raisons religieuses d’austérité. Cette attitude d’épargne n’est pas étrangère au développement économique de la société
occidentale.
Quand le système social n’y pourvoit pas, l’épargne apporte une sécurité, ce qui conduit les minorités menacées à rechercher une puissance économique : il en est ainsi des minorités religieuses. Les juifs dont Sha¬kespeare a présenté une caricature en la personne du « Marchand de Venise » Shylock, doivent leur réputation d’usuriers ou d’obsédés de l’argent à l’ostracisme qui les frappait : les pays chrétiens ayant longtemps interdit aux juifs le métier des armes ou l’exploitation de la terre, il ne leur restait que le commerce. La crainte des pogroms accentuait encore le besoin vital de se protéger par l’argent. Qu’il en soit resté des habitudes, c’est bien possible, mais le cas des juifs n’est pas isolé. Les Arméniens, chrétiens, étaient dans la même situation dans l’Empire ottoman ou en Perse, les sikhs ou les parsis sont dans une position comparable en Inde, de même les Mozabites kharidjites en Algérie, les Chinois en Malaisie ou les coptes en Egypte…
Ainsi, les minorités religieuses, éloignées du pouvoir politique, compensent-elles souvent leur faiblesse sur ce plan par une intense activité économique, elle-même source de jalousie ou d’oppression de la part de la majorité. Il faut être conscient de ce phénomène difficilement évitable pour éviter de porter des jugements hâtifs sur les rapports des religions et de l’argent.
Une autre constatation doit être faite : les recommandations de désintéressement et de générosité que les religions prêchent à leur fidèles entraînent bien souvent un enrichissement considérable des structures religieuses. L’important est que les responsables religieux ne soient pas tentés d’en profiter, ce qui conduirait au paradoxe d’une religion plus authentiquement vécue par les fidèles que par leurs chefs.
H n’y a pas si longtemps, l’Eglise catholique se voyait reprocher d’être une puissance d’argent. L’abandon d’une pompe triomphaliste peu en rapport avec son idéal évangélique a certainement été favorable à la restauration de son image.
Aucune religion ne peut toutefois se détacher des questions d’argent, ne serait-ce que pour assurer le fonctionnement de son organisation. Plus fondamentalement, dans la mesure où la religion s’efforce de modifier es comportements pour conduire les hommes à Dieu, il est inéluctable qu’elle édicté des recommandations à l’égard de l’argent comme elle fait en matière morale. Logiquement, c’est l’Islam, par sa volonté de proposer un modèle c société civile, qui exprime sur l’argent les positions les plus précises et L plus originales.

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