Les rites funéraires

> > Les rites funéraires ; écrit le: 23 janvier 2012 par mariouma

Le corps est voué à la décomposition : « tu es poussière et tu retourneras à la poussière» dit la Bible (Genèse 3-19). Les riches et les puissants s’accommodent mal de cette fatalité. Pour essayer de conserver leur dépouille le plus longtemps possible, on a recherché des méthodes raffinées d’embaumement. A force d’extraire les viscères les plus putrescibles et de confire le reste dans des épices, les Egyptiens et les Chinois de l’Antiquité sont parvenus à des résultats qui présentent un intérêt de curiosité. Si les pharaons avaient imaginé leur destin d’objet de musée, ils se seraient peut-être donné moins de mal. Aujourd’hui, certains millionnaires américains se font congeler, espérant que la science pourra un jour les ramener à la vie.
Ces solutions de riches ne sont pas généralisables : les cadavres sont destinés à disparaître. Pour s’en débarrasser, les religions ont inventé toutes les solutions possibles.
-Puisque disparition il y a, autant qu’elle soit rapide et totale, d’où la crémation pratiquée par les Aryens depuis 4 000 ans et adoptée par l’hindouisme

Les cendres du bûcher sont ensuite dispersées dans un fleuve sacré comme le Gange, à moins que l’on trouve une technique plus élaborée telle que la dispersion des cendres au-dessus de l’Himalaya à partir d’un avion, comme ce fut le cas pour Mme Gandhi. Aujourd’hui, sous la pression démographique, certains pays, tels que la Russie ou le Japon, se tournent vers la crémation : l’urne tient moins de place que le cercueil, on économise sur le prix du terrain mais on perd sur celui de l’énergie. Dafis les pays de tradition catholique comme la France, la crémation est souvent demandée par les libres penseurs qui pensent ainsi jouer un mauvais tour à ceux qui attendent la résurrection des morts. Cependant, l’Eglise n’interdit pas cette pratique.
~ Certains considèrent le cadavre comme impur au point que ni la terre ni le feu ne doivent être souillés à son contact : les zoroastriens confient
aux vautours le soin de le faire disparaître. Les Kalash, tribu des haute montagnes du Nord-Pakistan encore réticentes à l’islamisation, placent les corps dans des petits monuments au-dessus du sol.
En revanche au Tibet, la théorie veut que le cadavre soit rendu à l’un des quatre éléments – terre, eau, air ou feu – toutefois l’enterrement et l’immersion sont peu employés. Il reste l’incinération, très généralement pratiquée, et le dépeçage du corps. Cette dernière méthode comporte des rites peu ragoûtants consistant en particulier à casser le crâne du mort pour que les oiseaux emportent dans l’air tous les débris possibles.
–    Dans de nombreuses religions, c’est l’enterrement qui est pratiqué. Il s’agit peut-être là d’une survivance de la croyance païenne selon laquelle le royaume des morts se trouve sous la terre.
En Islam, le corps est soigneusement lavé d’une eau savonneuse et camphrée puis enveloppé d’un simple drap blanc, symbole du retour à la pureté. Il est placé sur le flanc droit à même le sol, les yeux tournés vers La Mecque en attente du jugement. L’index reste tendu en témoignage de l’unicité de Dieu.
Les tombes sont en général très simples, parfois marquées d’une simple pierre. Dans l’empire Ottoman, elles sont souvent plus élaborées et comportent une stèle verticale surmontée d’un turban sculpté dans la pierre, signe du rang social du défunt. Au Caire, où le terrain est rare, la « Cité des morts » est occupée par des malheureux qui y campent, preuve d’une familiarité avec la mort qui exclut toute superstition. Certains musulmans célèbres pour leur piété sont enterrés dans des mosquées ou des sanctuaires où ils sont objet de vénération. Ce sont les marabouts.
–    Dans le judaïsme de stricte observance, la crémation est interdite et l’enterrement est pratiqué le plus rapidement possible après le décès. Le corps est lavé de façon rituelle avant d’être enveloppé d’un suaire blanc. On place un tesson de poterie sur les yeux et les lèvres du défunt et un sachet de terre, symbolisant la Terre sainte, dans son cercueil. Celui-ci reste ouvert jusqu’à l’instant où la fosse va être comblée, comme si le mort se préparait à entrer dans l’autre monde. Le conjoint du défunt observe un deuil strict de 7 jours, le shiva ; il reçoit, assis sur un siège bas symbolisant la terre, la visite de consolation des parents et amis qui prennent en charge l’organisation des repas et participent à la prière. Pendant 30 jours, le deuil exige de ne pas se raser, ni de se couper 1^ cheveux, ni de porter de nouveaux vêtements. Enfin, pendant un an le fils du défunt ou, à défaut, un autre proche récite quotidiennement la prière du kaddish, exaltation et adoration de Dieu qui conclut diverses autres liturgies. On ne pratique pas le deuil pour les enfants morts avant l’âge de 30 jours.
–    Dans la civilisation chinoise où le culte des ancêtres fait partie de la tradition confucéenne, les familles émigrées sont prêtes aux plus grands sacrifices pour que leurs morts soient inhumés en terre natale. La qualité sociale du défunt s’apprécie à la beauté de son imposant cercueil de bois ;

Les rites funéraires des Toradjas

Les Toradjas habitent au centre de l’île indonésienne de Sulawesi, les Célèbes selon la terminologie française. Les Toradjas, comme les Bataks de Sumatra ou les Dayaks de Bornéo, ont constitué la prendre vague du peuplement de l’Indonésie à partir de la péninsule indochinoise, il y a 4 ou 5 millénaires. Ils furent repoussés vers l’intérieur des terres par les vagues ultérieures et leur culture n’a été qu’effleurée par les grandes religions qui ont dominé l’archipel : le bouddhisme, l’hindouisme et, à partir du XII  siècle, l’Islam. Ils ont ainsi conservé jusqu’au début du siècle une religion animiste originale à la mythologie compliquée. Ils sont d’autant plus
nisme au point que les animistes ne sont plus aujourd’hui 13 % Toutefois, comme c’est généralement le cas, les rites funéraires de l’ancienne religion sont restés extrêmement vivants : il faut croire que le respect de la mort et des ancêtres conduit à mieux conserver les pratiques mortuaires que celles liées à la vie quotidienne.
Chez les Toradjas, la société est strictement structurée en castes et celles-ci se perpétuent après la mort. Pour les nobles, qui constituent environ 10 % de la population et disposent du pouvoir économique, les enterrements s’accompagnent de sacrifices de buffles parfois plusieurs dizaines, abattus à la machette. Ces buffles constituent le troupeau de l’âme du mort qui s’envole dans l’au-delà sur le dos du premier animal sacrifié. Les buffles sont offerts par les membres de la famille et les relations du mort. Leur nombre marque son statut social et la répartition de l’héritage s’effectue en fonction de la quantité de bêtes offertes par les héritiers.
Une fois les animaux sacrifiés, ils sont partagés en tenant compte du rang social de chacun et de sa parenté avec le défunt. Le donateur a droit à une cuisse.
Bien entendu, l’importance des funérailles est telle que tout le clan, la famille au sens le plus large, se doit d’être présent. Pour recevoir des centaines de personnes, il faut rassembler des sommes considérables, car l’assistance est logée dans un véritable village provisoire, décoré de façon traditionnelle, qui sera détruit à la fin de la semaine de cérémonies. Ces problèmes financiers retardent parfois de plusieurs années l’enterrement 2. De nosjours, le cadavre est traité au formol mais jadis il était l’objet de soins compliqués aux herbes aromatiques qui ne faisaient que retarder la décomposition.
Quelle que soit leur classe sociale, les Toradjas sont enterrés dans des cercueils de bois, noirs pour les chrétiens, blancs pour les animistes. Autrefois ces cercueils étaient creusés dans un tronc d’arbre et sculptés, avec une extrémité en forme de tête de porc par exemple. Les cercueils sont placés dans des cavernes ou des excavations faites au flanc de hautes falaises calcaires. Parfois le souvenir des nobles se perpétue grâce à une statue de bois d’environ un mètre de hauteur, habillée de tissu, coiffée de cheveux humains et
tenant à la main un objet familier du mort. Du haut de leur balcon à mi-falaise, les ancêtres surveillent encore ainsi leurs rizières et leurs descendants.
Les autres classes sociales ont des cérémonies bien plus simples. Jadis les corps des esclaves étaient souvent jetés en pâture aux chiens et aux cochons. A peine mieux considérés, sont les enfants morts avant d’avoir eu des dents : un sacrifice de quelques œufs peut suffire. Ils sont parfois « enterrés » dans un grand arbre vivant dans lequel on creuse une cavité qui se referme et se cicatrise avec le temps. L’enfant monte ainsi lentement vers le ciel. Il arrivait jadis que le père trompât les dieux en mettant de fausses dents en argent dans la bouche du nourrisson mort ; il pouvait avoir ainsi accès au paradis de ceux qui mâchent du riz. Dans cette civilisation du riz, celui-ci est le symbole de la vie et le cousin de l’homme ; les greniers à riz sont semblables aux maisons traditionnelles et tout aussi richement décorés.
Une coutume ancienne que le pouvoir colonial hollandais avait interdite pour raisons d’hygiène, consistait à nettoyer soigneusement les os des morts et à les envelopper dans un linge. On peut se demander si le retournement des morts à Madagascar n’a pas de parenté avec cette pratique puisque la civilisation et la langue de ce pays sont originaires d’Indonésie.

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