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Les rois – gardiens : Vaishravana

Vous êtes ici : » » Les rois – gardiens : Vaishravana ; écrit le: 2 février 2012 par Hela modifié le 12 février 2015

vaishravana

C’est le gardien du Nord et le chef des Chaturmahârâja, « Celui qui est savant », « Celui qui entend tout dans le royaume », le protecteur de l’Etat par excellence, parfois considéré comme une divinité de la guerre (défensive). En Chine, il est considéré comme une « bouddhi- sation » de la divinité brâhmanique des richesses Kuvera, le Nord étant considéré comme recélant de fabuleux trésors. Il préside à l’hiver et est de couleur noire (on le nomme « le Guerrier noir »). Il a pour symboles un joyau et un serpent, et commande à une grande armée de Yaksha. Il peut être de couleur rose, imberbe, tenant une ombrelle et un rat. En Inde ses symboles sont le drapeau, le joyau et l’ichneumon (mangouste). Au Japon, il est appelé Tamon-ten lorsqu’il n’est considéré que comme l’un des Chaturmahârâja (Shi-tennô), et Bishamon-ten lorsqu’il est considéré comme une divinité séparée. Son culte apparaît indépendamment des autres rois-gardiens à partir du IX siècle. À cette époque, il était considéré comme un dieu guérisseur et, à ce titre, était la divinité principale du Chôgosonshi-ji sur le mont Shigi, près de Nara. Un rouleau enluminé, le Shigisan Engi Emaki, fut peint au XIIe siècle à la gloire de Bishamon-ten, contant la guérison miraculeuse de l’empereur Daigo (898-930) et les miracles accomplis par l’ermite Myôren, un fervent adorateur de Vaishravana. Dès la période de Heian. Bishamon-ten devint la divinité principale des sanctuaires syncrétiques du mont Kurama où il fut vénéré comme dieu des richesses, Kuvera (Kubira ou Konpira), un chef des Yaksha. On donnait, au Moyen Âge, son nom aux guerriers (Tamonmaru) car on le considérait comme leur patron. On le croit également possesseur d’immenses richesses et dispensateur des « dix sortes de trésors ou bonheurs ». C’est pourquoi, au XVII siècle, il fut inclus dans la liste des sept divinités du bonheur (Shichifukujin). Son animal-messager est alors un centipède (jap. mu-kadé), animal venimeux à vingt paires de pattes. Comme en Chine, on lui attribue la vertu de dignité. Le peuple prend souvent le stûpa qu’il tient à la main pour la tour où il garderait ses trésors.



On le représente, au Japon, foulant deux démons aux pieds: ceux-ci revêtent parfois une forme animale (effigie au Hôryû-ji, Nara).

Ces démons sont interprétés comme étant Lambâ (jap. Nirambâ) et Vilambâ (jap. Biranba), « la Suspendue », parfois appelée Vairambha, « Vent destructeur », deux sortes de sorcières. Ses attributs principaux sont le stûpa et la lance (plus rarement le trident et le bâton). Dans le Ryôbu Mandara de la secte Shingon, Bishamon-ten est, exceptionnellement, représenté assis, en Yogâsana, une couronne sur la tête, portant sur la main gauche à hauteur d’épaule une tour-reliquaire en forme de stûpa et dans la main droite un bâton de sagesse. En peinture il est le plus souvent représenté debout, écrasant un démon (jap. Jaki) sous ses pieds. Mais ses représentations peintes, que ce soit en Chine ou au Japon, diffèrent souvent de la lettre des textes.

En sculpture, surtout au Japon, ses formes sont plus fixées : il est debout et revêt parfois sur son armure une robe ornée des « sept précieux joyaux ». En principe, son visage est de couleur bleue :

  • main droite : lance, trident ou bâton (danda) ; main gauche :stûpa ;
  • ou main droite : stûpa ; main gauche : lance ou trident ;
  • ou main droite : lance ; main gauche en visière sur les yeux.

En peinture comme en sculpture, son auréole ronde est parfois ornée de huit rayons terminés par des vajra à une ou trois pointes.

Une variante japonaise, Tôbatsu Bishamon-ten, est représentée comme Bishamon-ten mais avec une armure très serrée à la taille. Ses pieds sont supportés par Nirambâ et Vilambâ. Entre eux se trouve la tête de la Terre, Prithivî (jap. Chi-ten), ou de Vinâyaka, le « démon des obstacles» que Bishamon-ten se propose de vaincre. Tôbatsu Bi-shamon-ten peut également être représenté avec douze bras, quatre têtes, et monté sur un lion (surtout dans les mandala et dans le Butsuzô- zu-î).

Vaishravana peut aussi prendre diverses formes, entre autres celle de l’un de ses Yaksha, Samjneya (jap. Jinja Taishô, Sanshi Taishô, Shô- ryôchi Taishô) : il arbore alors une expression féroce et a les cheveux en désordre ; debout sur un rocher, il porte un collier de crânes, et a les mains et les pieds griffus. Sur son ventre apparaît une tête d’enfant ; sa main gauche agite un serpent.

Une divinité secrète, particulière à la branche Taimitsu de la secte Tendai, associe l’image de Bishamon-ten à celle de Kichijô-ten (Shrî) et les place dos à dos : cette double divinité prend alors le nom de Sôshin Bishamon-ten; elle est très rarement représentée et pratiquement jamais montrée aux fidèles.

Pendant le Moyen Age, les effigies de Bishamon-ten étaient parfois accompagnées de celles des Jûni-shinshô ou douze guerriers de Bhai- shajyaguru : ils représentaient peut-être alors l’armée des Yaksha de Bishamon-ten.

Bishamon-ten commanderait également à huit (ou seize) grands Yaksha dont certains seraient des Kami (êtres supérieurs appartenant au shintô) « bouddhisés », comme par exemple les Jûro- kuyasha-shin du Kôya-san (Japon) dont le nom apparaît après 841, importé par le moine Ogurusu Jôgyô (peinture au Daigorishô-in du Kôya-san, avec six têtes et huit bras). D’autres Yaksha, acolytes de Bishamon-ten, tels que Kishin-Taishô (aussi appelé Kôya-shin ou Kôya- kishin), et vénérés au Kôya-san, seraient réputés chasser les animaux sauvages et protéger le pays et le peuple (effigies en bois à l’Akishino- dera, au Japon).

Vaishravana est également vénéré par les sectateurs de Nichiren en tant que protecteur du Sûtra du Lotus de la Bonne Loi (Saddharma- pundarîka-sûtra).

Formes de Vaishravana

Une des formes les plus vénérées de Vaishravana est celle de Kuvera, « bouddhisation » d’une divinité brahmanique de la richesse, fils d’un sage appelé Vishravas. Promu à ce rang par Brahmâ en raison de ses nombreuses austérités, il aurait quitté le mont Kailâsa dans l’Himâlaya et serait devenu roi de Lanka (Ceylan) où il aurait utilisé un char volant merveilleux, appelé Pushpaka, qui fut utilisé par le démon Râvana dans le poème du Râmâyana. Les bouddhistes en firent le gardien du Nord, résidant sur le mont Alaka dans l’Himâlaya et lui donnant une grande armée de Yaksha et de Kimnara. Ces Yaksha auraient été commandés par vingt-huit généraux dont le chef, Pânchikha, exécute les ordres de Kuvera-Vaishravana. Ce Pânchikha aurait été, selon le Mahâvamsa, le père des cinq cents fils de Hârîtî. Très tôt vénéré (on trouve quelques- unes de ses représentations dans le Gandhâra et en Inde du Nord aussi bien qu’à Java), ce général des Yaksha fut assez rapidement confondu avec Kuvera-Vaishravana. Il est généralement représenté avec un turban, tenant une lance et un sac de bijoux, parfois en compagnie de un ou deux oiseaux (sculpture du Chandi Mendut, à Java). Ajantâ, il est représenté en compagnie de Hârîtî. Les attributs qu’il porte varient parfois, et la lance, symbole de sa fonction, est souvent absente de ses représentations. En revanche, le sac de bijoux l’est rarement. Il est souvent accompagné d’une mangouste (bien que cet animal soit plus typiquement un attribut de Kuvera, la mangouste combattant victorieusement les Nâga, gardiens des trésors terrestres, pour le compte de Kuvera). Parfois, le sac à bijoux prend la forme d’une mangouste (nakula), d’autres fois (et particulièrement dans la forme népalaise de Kuvera, appelée Jambhala), la mangouste est montrée vomissant des bijoux. Cette forme népalaise (appelée Jambhala peut-être en raison d’un citron, jambhara, qu’elle porte toujours dans la main droite) est une divinité de la richesse. Au Tibet et au Népal, ses aspects sont parfois légèrement différents les uns des autres, certains pouvant porter un trident et être accompagnés d’un dragon. Cependant, Kuvera-Vaishravana est diversement représenté suivant les régions. Il ne semble pas cependant que le bouddhisme en ait fait une divinité de la richesse, sauf peut-être au Nepâl et au Tibet où il est assez souvent représenté tenant une coupe rituelle plate d’où s’écoulent des joyaux. On le représente toujours torse nu, assis sur un trône avec une jambe pendante (le pied quelquefois posé sur un sac rempli de joyaux), ou bien sur un cheval ou une pile de coussins (khol-bok, série de coussins dont l’empilement indique, au Tibet et en Mongolie, le rang du lama qui s’assoit dessus), ou encore assis sur un démon. Il tient à la main une bannière (dvaja), une lance ou un trident, et l’inévitable mangouste. Ces attributs peuvent être supportés par un vase ou une fleur de lotus. Dans quelques rares cas, Kuvera est représenté avec un troisième œil et une courte barbe : c’est une forme tantrique lamaïque. Dans ce dernier cas, il peut avoir trois jambes, cinq têtes et huit bras dont les mains portent des accessoires tantriques : couperet (gri-gug), vajra, clochette, et réalisent une Vajrahûmkara-mudrâ. Cette forme est invoquée lors des rituels lamaïques pour obtenir la richesse. Au Japon, sa personnalité est ambiguë. Appelé Kompira ou Kubira, il est considéré comme une divinité du bonheur et de la richesse. Cependant les rapports de cette divinité avec le Kuvera indien ne sont pas évidents. Il peut s’agir d’une confusion de nom et de personnage. Surtout vénéré par les pêcheurs de l’île de Shikoku, Konpi- ra-ten est le protecteur des marins et le dieu de la prospérité. Divinité syncrétique, il porterait également un nom shintô, Zôzugen-konpira- daigongen, et certains auteurs pensent qu’il serait le même personnage qu’un Kami des temps mythiques, le prince Ono-nushi no Mikoto. D’autres le croient identique au héros légendaire Kotohira ou l’identifient encore à l’empereur Sutoku (1124-1141) devenu un Kami.

On le représente au Japon comme un vieil homme assis, les jambes croisées, parfois habillé comme un moine bouddhiste, avec un bonnet sur la tête et tenant à la main une plume de paon. Il a la peau très foncée, presque noire. On le fête à Sanuki et à Kotohira dans l’île de Shikoku, ainsi qu’à Tôkyô (à Toranomon) les 9, 10 et 11 octobre, avec des cierges allumés et des danses exécutées par huit jeunes filles. Parmi ses nombreux sanctuaires, l’un des plus réputés est celui du Jufukuji, à Kamakura, où se trouverait une de ses effigies.

Vidéo: Les rois – gardiens : Vaishravana

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