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La séparation des Eglises d’Orient et d’Occident

Vous êtes ici : » » La séparation des Eglises d’Orient et d’Occident ; écrit le: 16 janvier 2012 par mariouma

Au cours des deux premiers siècles, l’expansion de l’Eglise a naturellement touché les pays les plus proches de la Palestine, son berceau originel. Les communautés chrétiennes ont été nombreuses dès les débuts dans ce que sont aujourd’hui le Liban, la Syrie, la Turquie, l’Egypte et la Grèce. La première implantation occidentale fut celle de Rome, grâce à l’importante colonie juive qui vivait dans la capitale de l’Empire. Ce pendant, malgré le prestige du chef des apôtres, Pierre, l’Eglise de Rome est longtemps restée numériquement moins forte que celles d’orient. C’en est au point que les 7 premiers conciles œcuméniques se sont tous tenus en orient et sans la présence de l’évêque de Rome, celui que nous appelons aujourd’hui le pape.

Les chrétiens d’orient, organisés autour de patriarches qui jouissaient d’une grande autonomie, n’avaient donc aucune raison de souffrir d’un complexe d’infériorité vis-à-vis de leurs frères occidentaux.
Les patriarches, héritiers des apôtres, acceptaient toutefois que l’évêque de Rome, successeur de saint Pierre, soit le premier parmi eux  primus inter paresmais sur un plan protocolaire, sans subordination hiérarchique.
Le transfert de la capitale de l’Empire de Rome à Constantinople en l’an 330, intervenant prés-qu’au  moment où le christianisme en devenait la religion officielle, ne pouvait qu’accentuer le prestige de l’Eglise d’orient.
Au siècle suivant, les invasions barbares précipitèrent pour longtemps l’occident dans des situations politiques pour le moins embrouillées où l’autorité de l’évêque de Rome pouvait difficilement s’exprimer.

La conversion des barbares au christianisme, dont le baptême de Clovis en 496 à Reims par saint Rémi constitue l’image d’Epinal, changea numériquement le rapport des forces entre l’occident et l’orient, mais le centre intellectuel de l’Eglise restait en orient. Il    est frappant de constater que la liturgie des chrétiens de l’Empire
– en langue grecque jusqu’au V‘ siècle, date à laquelle le latin fut fntroduit dans l’Eglise d’occident.
Dans ces conditions, les théologiens orientaux, avec toute leur finesse, raient eu besoin d’une bonne dose de charité évangélique pour suprter les prétentions des souverains d’occident, barbares récemment convertis, à s’immiscer dans les questions religieuses et à tenter constamment de dicter sa conduite au pape2. Ajoutons à cela que les communications étaient fort médiocres, les divergences d’opinion amplifiées par la distance et les traductions d’une précision approximative.
Quand finalement Léon IX exclut de l’Eglise en 1054 le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire, ce ne pouvait être ressenti en orient que comme l’injure inacceptable d’un pape manipulé par des empereurs encore mal dégrossis.
Sur quels points portait la querelle ? Depuis longtemps on en avait accumulé un bon nombre dont beaucoup semblent aujourd’hui passablement futiles. Ainsi, le port de la barbe par les prêtres est traditionnel dans l’Eglise d’orient, mais pas en occident ; cependant les prêtres catholiques de rite oriental sont généralement barbus, ce n’est donc qu’une question de longitude et pas de religion.
Une autre divergence concerne le calendrier : les orthodoxes s’en tiennent au calendrier julien tandis que les occidentaux suivent depuis 1582 le calendrier grégorien, astronomiquement plus exact. La différence entre ces calendriers est actuellement de 13 jours et le Noël orthodoxe est fêté le 7 janvier. Toutefois, les patriarcats de Constantinople, d’Antioche et de Finlande ont récemment adopté la date du 25 décembre.
Quelques différences notables existent également en matière de sacrements :
–    Le baptême orthodoxe se pratique par triple immersion et non pas par quelques gouttes d’eau versées symboliquement sur le front comme dans le baptême catholique.
–    La confirmation suit immédiatement le baptême, tandis que les catholiques la pratiquent à la fin de l’éducation religieuse des enfants.
–    L eucharistie, c’est-à-dire la communion, se pratique sous les deux « espèces », pain et vin. Le pain est levé, comme le pain ordinaire, et non pas sans levure comme les hosties. Dès leur baptême, les jeunes enfants peuvent communier, la première communion n’a donc pas lieu vers 7 0u 10    ans comme chez les catholiques.
–    La messe orthodoxe est chantée, mais jamais accompagnée d’instruments de musique.
–    L’ordination peut être conférée aux hommes mariés, mais, une fois prêtre, il n’est plus possible de se marier. Les moines et les évêques sont obligatoirement célibataires. Cette règle est également celle des rites catholiques d’orient, notamment des maronites libanais. Il peut d’ailleurs y avoir, comme nous l’avons vu, des exceptions dans le catholicisme romain.
–    Il est possible, sous certaines conditions, de mettre fin au mariage par le divorce ; l’Eglise catholique n’admet que l’annulation de mariages jugés invalides.
Ce ne sont toutefois pas ces vénérables pratiques, un peu secondaires, qui ont provoqué le déchirement, mais deux questions de principe, celle du filioque et celle de l’autorité du pape.
–    Les croyances chrétiennes mises en forme au concile de Nicée I, en l’an 325 sont centrées sur un Dieu unique en trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, toutes également Dieu, ce qui exclut l’existence d’une hiérarchie entre elles. Le chapitre XV de l’Evangile de Jean mentionne que le Saint-Esprit « procède » du Père. Charlemagne, s’occupant d’affaires étrangères à sa compétence, imposa une traduction latine nouvelle où le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, ce qui se dit filioque en latin. Pour les orthodoxes, il s’agissait là d’une véritable remise en cause de l’équilibre de la Trinité et cette modification de forme, à vrai dire arbitraire, du credo de Nicée à l’initiative de l’empereur suffit pour que les chrétiens occidentaux fussent considérés comme hérétiques par les orientaux. La situation devint irréversible quand Rome, après de longues hésitations, entérina ce filioque au milieu du XI siècle. De nos jours, une telle cause de rupture peut paraître bien « byzantine1 » puisque personne n’a la connaissance complète des relations des personnes de la Trinité entre elles : c’est déjà beaucoup de savoir qu’elles existent. Il n’en reste pas moins que cette dispute théologique accrût la méfiance des orientaux à l’égard du pape et qu’elle n’encouragea pas la reconnaissance de sa primauté par les patriarches.
–    L’autorité du pape se fonde sur la désignation par Jésus-Christ lui-même de Pierre comme chef des apôtres. Les pouvoirs du chef et les modalités du choix de ses successeurs ne sont inscrits dans aucune constitution. Pour les orthodoxes, le pape devait seulement bénéficier d’une prééminence protocolaire alors que Rome voulait assurer la direction effective

De même les orthodoxes critiquent et rejettent le dogme de l’Imnia culée Conception  malgré la dévotion très fervente qu’ils ont à l’égard de la Mère de Dieu : selon l’orthodoxie, ce dogme place en effet celle-ci au-dessus de la condition humaine puisqu’elle est préservée du péché originel, ce qui ne réduit pas les mérites de sa sainteté, puisqu’elle a conservé sa liberté.
Par comparaison avec le catholicisme, l’orthodoxie donne l’impression de ne se préoccuper exagérément ni de sa structure interne, ni de son expansion numérique par l’action missionnaire.
L’orthodoxie ne cherche pas tant à persuader qu’à charmer et séduire Sa hiérarchie a pour rôle premier l’accomplissement des actes religieux et la célébration des sacrements. Les prêtres se consacrent plus volontiers à la liturgie et à la prière qu’à l’action dans le monde. Le croyant orthodoxe est volontiers mystique et cherche plus à quitter le monde qu’à y militer.
La vie de l’Eglise est hors du temps ; les offices religieux, surtout ceux des grandes fêtes, sont longs et complexes, ils parlent plus au sentiment et à l’imagination qu’à l’intelligence ; le fidèle finit par ne plus percevoir s’il est au ciel ou sur la terre.
Dans leur liturgie, les orthodoxes privilégient la dévotion à la Mère de Dieu, la pratique des sept sacrements et la vénération des icônes et reliques.
La spiritualité orthodoxe conçoit la « tradition » bien plus comme la fidélité à Jésus-Christ et l’amour de son Eglise que comme un exercice intellectuel de réflexion sur les textes sacrés.

Dans cette recherche sensible du divin, l’icône joue un rôle primordial. Elle n’est évidemment pas une idole mais un moyen de se fixer l’esprit sur le mystère de l’incarnation : que Dieu se soit fait Homme en Jésus- Christ trouve son parallèle dans l’image que l’artiste a peinte comme expression de sa sensibilité spirituelle.
Assez naturellement, le détachement du monde, la recherche intérieure de Dieu, l’importance donnée à la liturgie et aux icônes qui sont les traits dominants de l’orthodoxie conduisent les plus ardents de ses fidèles à la vie contemplative des monastères. Le contraste est frappant entre ces deux territoires « indépendants » de l’orthodoxie et du catholicisme que sont
blique du mont Athos et le Vatican : tandis que les catholiques se Efforcés de disposer d’une structure de commandement de l’Eglise Sont L ‘ idante des pouvoirs politiques pour organiser à leur convenance Action dans le monde, les orthodoxes ont obtenu pour le mont Ath os  particulier afin que les moines ne soient pas perturbés dans leur spirituelle par les tourbillons du monde.
Certes il ne faudrait pas tirer de conclusions excessives de ce rapprohement car, par bien des côtés, l’orthodoxie est très impliquée dans les Cffaires du monde tandis que le catholicisme connaît, pour sa part, une . riante vie monacale. Pour une appréciation plus juste de l’orthodoxie, d’autres approches sont nécessaires.



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