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Le mont Athos

Vous êtes ici : » » Le mont Athos ; écrit le: 16 janvier 2012 par mariouma

La magnifique presqu’île de l’athos, qui s’enfonce sur 45 km dans la mer Egée, est depuis de longs siècles le plus célèbre haut-lieu de la vie monastique orthodoxe.
Son statut est original : partie intégrante de la Grèce, le mont athos est une république théocratique autonome depuis 1926. Chacun des 20 monastères du territoire est souverain et élit pour un an l’un de ses membres au conseil qui administre la république. Le pouvoir exécutif, la gestion financière, la justice et la présidence sont assurés par quatre moines de ce conseil. La Grèce y désigne un gouverneur, dépendant du ministère des Affaires étrangères, et entretient un détachement de gendarmerie.
Les monastères sont classés selon un ordre hiérarchique et protocolaire immuable – le plus vénérable est celui de la Grande Laure – mais ils se répartissent en deux catégories selon la règle de vie des moines :
– neuf monastères sont cénobidques, c’est-à-dire que les moines sont soumis à l’autorité absolue de l’abbé élu à vie, l’higoumène, et vivent en totale communauté ; même leurs vêtements ne sont pas leur propriété individuelle ;
– onze monastères, les plus importants, sont dits idiorrythmiques ; les moines y ont plus de liberté et le genre de vie est adapté à la personnalité de chacun.
Dix-sept monastères sont grecs, un russe, un bulgare et un serbe.
Aux monastères, quel que soit leur statut, se rattachent de petites communautés de trois ou quatre moines vivant dans des groupes de chaumières, des ermites qui s’abritent dans des grottes ou des moines itinérants dits « gyrovagues ».

Avant de devenir moine, en grec stavrophoros, porteur de croix un noviciat probatoire d’un an est exigé. Les laïcs sont admis aù mont athos mais, au bout d’un séjour de trois ans, ils doivent opter pour la vie monastique ou sont expulsés. Pour tout visiteur, une autorisation spéciale est requise. Cependant, depuis l’an 1046 aucune femme, enfant, eunuque ou « visage lisse » n’est admis sur le territoire. On dit qu’un jour une femme y fit naufrage, accoucha prés-qu’ aussitôt puis fut reconduite en Grèce : son fils revînt plus  tard à l’athos et s’y fît moine.
Les moines, qui étaient encore 9 000 en 1917 – en majorité russes – n’atteignent plus aujourd’hui qu’un effectif d’environ 800.
La vie de la république suit encore l’heure de l’époque byzantine : 12 heures correspond au coucher du soleil.
Les moines consacrent tous les instants disponibles à la liturgie et à la prière. Une charte du XI siècle et des règles particulières ultérieures fixent les détails de la vie quotidienne : il est interdit de travailler pendant le Carême, sauf le samedi ; il est également inter¬dit de semer du blé ou de l’orge mais les pois et les haricots sont admis.
Toute la vie des moines tend à l’union à Dieu que la mort doit apporter. Le corps, avec ses désirs, est un obstacle à cette union, aussi le moine cherche-t-il perpétuellement à se dompter par la veille, le jeûne et la pénitence. A sa mort, le moine est enterré, cousu dans son manteau et sans cercueil, dans une tombe anonyme surmontée d’une simple croix de bois. Trois ans après, les ossements sont exhumés et placés sans ménagements dans le sous-sol d’une chapelle où ils attendent de tomber définitivement en poussière.



La place de l’orthodoxie dans le christianisme

Orthodoxes et catholiques ont partagé exactement les mêmes croyances pendant un millénaire et, depuis leur séparation, ni les uns ni les autres ne considèrent avoir ajouté quoi que ce soit de fondamental au message de Jésus-Christ. Les positions des deux Eglises ne devraient donc pas être inconciliables sans la question de l’autorité du pape qui choque profondément les orthodoxes.
Selon l’éminent théologien orthodoxe Boulgakov1, l’existence de patriarcats autonomes permettrait une adaptation plus facile à la réalite que la centralisation romaine qui figerait toute possibilité d’évolution.

concile de Vatican II semble avoir montré que ce danger pouture à Dieu, être écarté. C’est d’ailleurs juste après le concile, en rhinite 1965, que le patriarche de Constantinople Athênagoras prit ; relative d’une rencontre spectaculaire avec le pape Paul VI aboutissant ‘la levée des très anciennes sanctions d’exclusion réciproque entre les
deux Eglises.
Cependant, quelle que soit l’importance de cette réconciliation historie n’a pas entièrement dissipé une certaine méfiance viscérale de l’orthodoxie envers le « papisme ». En revanche, ce sentiment rapproche les orthodoxes des protestants au point que l’Eglise orthodoxe se sent à l’aise au sein du Conseil œcuménique des Eglises, majoritairement pro¬testant, où les catholiques ne souhaitent pas être plus qu’observateurs. Pourtant les divergences doctrinales entre orthodoxes et protestants ne sont pas négligeables : les orthodoxes s’attristent de l’insensibilité des protestants à l’égard de Marie qui, en acceptant de porter l’Enfant-Dieu en son sein, a permis le salut de l’humanité ; ils comprennent mal également le dépouillement des temples protestants, car l’église est, selon eux, l’évocation de la splendeur du Royaume de Dieu.
On voit qu’il n’est pas facile de situer l’orthodoxie parmi les différents courants chrétiens, d’autant que chaque patriarcat a son autonomie et, par conséquent, sa propre sensibilité1. En outre dans certains cas, les rapports avec le pouvoir sont ambigus et peuvent interférer avec les positions doctrinales.
Si donc l’existence de patriarcats autonomes est, par certains côtés, satisfaisante pour l’esprit, elle présente aussi des effets négatifs ; un risque de subordination de l’Eglise au pouvoir politique, la difficulté de définir une position orthodoxe commune à l’égard des problèmes du moment, une relative incapacité à développer une action missionnaire, etc. Le repliement involontaire de certaines Eglises orthodoxes sur leurs préoccupations nationales ne favorise pas non plus la tolérance, notamment envers les catholiques. Aussi curieux que cela paraisse, on constate en effet des positions beaucoup plus rigides et étroites de la part de l’orthodoxie que du catholicisme sur des questions comme le mariage ou l’accès aux sacrements des fidèles des deux communautés.

Ces difficultés qu’éprouve l’orthodoxie à apporter des réponses aux questions nouvelles posées par notre temps s’expliquent en grande partie par le fait que plus des 3/4 des orthodoxes vivent dans des pays de régime  longtemps athées. Dans ces conditions la nécessaire concertation entre les Eglises orthodoxes est ardue. On parle depuis longtemps d’un concile panorthodoxe et le patriarche œcuménique de Constantinople multiplie démarches et contacts dans ce but. Peut-être pourrait-il en sortir un renforcement du dialogue avec les autres Eglises chrétiennes.

Les vieux-croyants

Comme bien des religions, l’orthodoxie a connu des conflits et des déchirements. Certains eurent des effets durables au point qu’il en subsiste des traces aujourd’hui. Ainsi dans la deuxième moitié du XIX siècle, le patriarche introduisit dans l’Eglise russe une réforme des rites destinée à les rapprocher de l’usage grec. Cette mesure suscita une brutale réaction nationaliste et les partisans des rites anciens s’insurgèrent contre l’Eglise établie. Ils furent déclarés schismatiques en 1666.

Ces partisans de rites anciens, les vieux-croyants, connurent un grand succès populaire mais éclatèrent en une multitude de sectes dont beaucoup tombèrent dans les pires excès, comme la pratique de la castration volontaire. Un peu plus tard, au début du XVI siècle, la volonté brutale d’occidentalisation du tsar Pierre Ier le fit considérer comme l’anté-Christ par les vieux-croyants et l’on vit certains d’entre eux s’immoler en protestation contre cette atteinte à la tradition russe.
Petit à petit, de nombreux vieux-croyants rejetèrent non seulement l’Eglise officielle mais toute forme d’organisation. Le mouvement doukhobor fut une sorte de société communiste avant la lettre2. D’autres, au contact de protestants allemands, constituèrent les premiers noyaux baptistes.
Au moment de la révolution bolchevique, les vieux-croyants, toujours aussi divisés, rassemblaient encore des effectifs estimés à plus de 20 millions d’âmes. En 1964, malgré la pression athée, l’ U.R.S.S. en aurait compté 850 000 disposant de 3 000 églises mais sans publications ni séminaires. Il est difficile d’obtenir des informations sur ce qui subsiste SelTnos jours de ce courant religieux typiquement russe. On sait simplement qu’il na pas régressé depuis cette époque.

Les Églises arménienne, copte et éthiopienne

On rattache souvent ces Eglises à l’orthodoxie, peut-être parce qu’elles ont en commun une grande similitude de rites. Leur doctrine n’est cependant pas orthodoxe puisqu’elles n’ont pas accepté les décisions du concile de Chalcédoine1 en l’an 451. On les a alors appelées monophysites. En effet, les iacobites soutenaient que la nature divine dejésus avait, en quelque sorte, absorbé sa nature humaine, de telle manière qu’il n’avait plus que la seule nature divine (en grec, monophysite). En revanche, les melkites restaient dans la ligne de l’Eglise traditionnelle selon laquelle Jésus est à la fois Dieu et Homme et a donc pleinement les deux natures, divine et humaine.
Avec le recul du temps, on peut penser toutefois que ce sont les raisons politiques plus encore que théologiques qui ont provoqué le conflit et la sécession. L’actuelle Egypte, faisant partie de l’empire de Constantinople, supportait mal cette dépendance et le patriarche d’Alexandrie, devenu jacobite, fut suivi par la plus grande partie de son peuple. Quant à l’Ethiopie, évangélisée dès le IVe siècle par ¡’intermédiaire de l’Egypte, elle suivit tout naturellement le même destin religieux que son tuteur spirituel.
Le traumatisme du déchirement politique et religieux entre Constantinople et Alexandrie explique que, deux siècles plus tard, les Egyptiens aient opposé une faible résistance à la pénétration de l’Islam : le désir de se débarrasser de la tutelle de Constantinople était toujours aussi fort et l’Eglise était encore très affaiblie par ses querelles théologiques internes. La conversion des Egyptiens à l’Islam ne fût cependant pas totale malgré les pressions quasi-permanentes exercées contre les chrétiens : après l’interdiction de l’usage de la langue copte au profit de l’arabe dès l’an 751, le calife imposa aux chrétiens un siècle plus tard le port d’un turban noir et d’une croix autour du cou pesant plus de deux kilos. D’autres persécutions sévères eurent lieu au XVI  siècle sous le règne des Fatimides et des Turcs. Malgré ces episodes pénibles, l’Eglise copte reste encore très vivante treize siècles après l’islamisation du pays. Elle rassemble de 10 à 15 % de la population si environ 7 millions d’âmes réparties en 24 diocèses sous l’autorité d’un patriarche. Vers l’an 1700, on évaluait ses effectifs à seulement 100 000 âmes, soit 3 % des 3 millions d’Egyptiens de l’époque et il n’y avait que 12 diocèses, a vigueur de l’Eglise copte s’explique par la grande solidarité dont Joignent ses membres, comme c’est souvent le cas des minorités
menacées. La conscience d’être copte n’implique pas forcément une tique religieuse fervente. L’importance de la communauté copte n’est n»’ très apparente aux yeux du visiteur occasionnel. Les vieilles églises coptes sont des bâtiments rectangulaires très simples, pour des raisons de discrétion compréhensibles en milieu musulman. Les Coptes, comme tous les Egyptiens à l’exception des Nubiens, ne parlent qu’arabe et la messe se dit dans cette langue. Seules les prières du credo et le Notre Père se disent parfois encore en langue copte.
La liturgie copte est encore plus compliquée que la liturgie orthodoxe • on compte jusqu’à 36 onctions pour le baptême et la confirmation qui sont célébrés simultanément à la mode orientale, quant au sacrement des malades, il fait appel, dans sa forme solennelle, à sept prêtres officiants
Une originalité de l’Eglise copte est l’élection du patriarche par le peuple des fidèles, mais il doit ensuite être confirmé dans ses fonctions par le gouvernement égyptien.
L’Eglise éthiopienne peut aussi être appelée copte, car elle est sœur de l’Eglise égyptienne, elle en était même une dépendance puisque le chef de l’Eglise éthiopienne, Y abuna  était jusqu’en 1929 un copte égyptien consacré par le patriarche d’Alexandrie ; ultérieurement, de 1929 à 1959, il fut choisi parmi les évêques éthiopiens, mais il devait toujours être consacré par le patriarche d’Alexandrie. Ce n’est qu’en 1959 que l’Eglise est devenue totalement indépendante.
Contrairement à la situation en Egypte, le christianisme est la religion la plus importante d’Ethiopie, elle compte 30 millions de fidèles soit 45 % de la population ; sa situation n’est pourtant pas brillante du fait de l’ignorance et de l’incompétence du clergé. Le christianisme éthiopien est encore très marqué par des traces de religions païennes antérieures ou par des pratiques de l’Ancien Testament : la circoncision, quand ce n’est pas l’excision, la polygamie et divers rites alimentaires ou purificatoires. La vénération des anges est très répandue ainsi que des croyances comme celle selon laquelle les âmes des pêcheurs attendent le Jugement dernier au fond des océans.
Pourtant l’attachement au christianisme est très profond, la vie monastique, dont l’origine remonte au VIe siècle, est fort active et les cérémonies religieuses très suivies. La langue religieuse est le gheez (guèze) ancêtre de l’amharique, la langue sémite officielle du pays.
Malgré leur foi, les Ethiopiens, dans leur écrasante majorité, n’ont aucune notion de ce qui les sépare des catholiques et des orthodoxes. Au  XVI  siècle, des jésuites furent sur le point de les ramener dans le giron de Rome, mais l’union buta sur la question des rites. Un effort de formation théologique du clergé est en cours grâce… à des orthodoxes. Enfin, depuis
années 1970, les théologiens ont ramené la question monophysite aux pensions d’un malentendu doctrinal qui semble dorénavant dissipé.

Le protestantisme

Réformés, calvinistes, luthériens, baptistes, méthodistes, presbytériens, dicans, le non-initié se perd quelque peu parmi ces dénominations des différents courants de ce qu’on appelle généralement le protestantisme.
Cependant, certains fils conducteurs permettent de dévider cet écheveau compliqué.
L’approche la plus naturelle suit le fil de l’Histoire : les mouvements protestants ne sont pas nés au hasard, ils expriment des formes de spiritualité qui parfois se complètent, mais peuvent aussi s’opposer.
Au cours du temps, différentes strates du protestantisme se sont donc superposées. Selon les pays, certaines sensibilités, mieux adaptées à l’environnement culturel, sont plus apparentes tandis que d’autres ne subsistent qu’à l’état de traces. La situation géographique du protestantisme contemporain qui en résulte fait ressortir des zones relativement homo-gènes qui constituent une autre approche possible de notre étude.
Enfin, on peut aborder le protestantisme sous l’angle de ses diverses formes d’organisation qui vont d’une structure hiérarchique proche de celle du catholicisme jusqu’à une quasi-anarchie.
Mais ces descriptions du protestantisme sous l’angle historique, sociologique ou organisationnel ne se comprennent que par les croyances sous-jacentes. Celles-ci donnent aux différents mouvements protestants plus d’unité qu’ils n’en paraissent avoir à première vue.
Ainsi pour bien saisir la réalité du protestantisme, plusieurs approches complémentaires sont nécessaires : les conditions de sa naissance, ses croyances, son évolution et la situation actuelle de ses différentes Eglises.

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