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De la colonisation aux indépendances : 1918-1962

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De la colonisation aux indépendances : 1918-1962

 

L’apparition de pays nouveaux

 La prise du pouvoir par Mustapha Kémal

La Turquie kémaliste

Après sa défaite dans la guerre de 1914-1918, les vainqueurs étaient prêts à démembrer la Turquie elle-même. Les Anglais régnaient en maîtres à Istanbul auprès du sultan. C’est alors que Mustapha Kémal, l’officier le plus prestigieux de l’armée turque, se rebella en Anatolie et convoqua des congrès qui le désignèrent comme président d’un gouvernement provisoire chargé de sauvegarder l’indépendance et l’intégrité nationale. Le 20 août 1920, fut signé le traité de Sèvres qui consacrait le démembrement du pays.

Mustapha refit progressivement l’unité de la Turquie en écrasant les Arméniens, en repoussant les Italiens et les Français et surtout en infligeant une terrible défaite aux Grecs que les Anglais avaient poussés contre lui. Les Anglais s’inclinèrent et reconnurent sa victoire. Mustapha supprima alors la monarchie et obtint le traité de Lausanne (24 juillet 1923) qui abolit celui de Sèvres. Les Grecs d’Asie sont alors expulsés.

Une république laïque

Mustapha Kémal Atatürk (« le Père des Turcs »), homme blond aux yeux gris (« le Loup gris »), était un homme autoritaire, coléreux et doué d’une énergie indomptable. Il crée un nouvel État, « une république nationale, unitaire et laïque », mais il règne en fait en dictateur avec un parti unique, le parti populaire turc.

Il dissout la chambre et brise toute opposition. Il entreprend une œuvre de laïcisation radicale de l’État, élimine le califat (1924), interdit les confréries religieuses, ferme les zaouïas, limite le nombre des mosquées, oblige à prêcher en langue turque, supprime l’enseignement religieux et enfin proclame la séparation de l’Église et de l’État (1935).

La modernisation « à l’occidentale »

Il suspend les tribunaux religieux et il remplace le droit musulman par un droit moderne inspiré du code suisse. Il impose le calendrier grégorien, le système métrique et va même jusqu’à ordonner le port du costume européen et du chapeau ou de la casquette en remplacement du fez. « Les Turcs stupéfaits eurent l’impression qu’un tremblement de terre venait de bouleverser les bases mêmes de leur vie. » (H. Tilt- mann.) Il émancipe la femme en lui accordant l’égalité des droits, le droit de vote et même l’éligibilité. « Si une société, dit-il, se contente de satisfaire les besoins g:1       de l’un seulement des deux sexes, cette société est affaiblie pour plus de la moitié [...] Vivre, cela signifie être actif, par conséquent si, dans une société un organe est actif, tandis que l’autre est inerte, cette société est paralysée » (discours). Il interdit la polygamie et le port du voile.

Il veut développer l’instruction et impose la langue turque enseignée avec un alphabet latin, alors qu’il interdit l’étude de l’arabe et du persan.

L’œuvre économique

Mustapha Kémal voulait libérer la Turquie de la dépendance étrangère tout en industrialisant le pays avec le seul capital national. « Le meilleur moyen de perdre son indépendance, disait-il, c’est de dépenser l’argent qu’on ne possède pas. » Il se lance alors dans une politique de dirigisme économique fondée sur la planification.

Son œuvre fut considérable mais fragile, car la vieille structure agraire des villages subsista et une bureaucratie toute-puissante se constitua. Après 1946, la Turquie est revenue au jeu des partis, le laïcisme s’est atténué et on a adopté un régime libéral en matière économique.

L’Iran

L’Angleterre profita de la guerre pour étendre son influence à l’Iran jusqu’à imposer son protectorat en 1919. Mais une vive réaction nationaliste encouragée par les Russes se manifesta contre eux puis contre les Russes qui avaient envahi le Nord du pays. Un général, Reza shah, prit la tête de la résistance et força les Anglais et les Russes à retirer leurs troupes. En 1925, il déposa le dernier shah Qadjar et se fit proclamer souverain sous le nom de Reza shah Pahlavi. Il entreprit de moderniser le pays en s’inspirant de l’exemple de Mustapha Kémal, mais les Anglais conservèrent leurs concessions pétrolières.

L’Arabie séoudite

Abdelaziz ibn Séoud, souverain du Nedjd et chef des Wahhabites, sollicité lui aussi par les Anglais (Sir John 232 Philby de 1’« India Office »), avait comme le chérif

Hussein signé un traité avec eux en 1915, mais il ne participa pas au conflit. Il supporta mal les prétentions d’Hussein à fonder un royaume arabe et la rivalité entre les deux hommes éclata en 1919. Ibn Séoud agrandit progressivement son territoire. L’Angleterre proposa vainement sa médiation en 1923, puis se résolut à abandonner Hussein. Le chérif de La Mecque ne put résister longtemps aux bandes bédouines d’Ibn Séoud. Dans un dernier sursaut, Hussein prit le titre de Calife (7 mars 1924), mais les Wahhabites s’emparaient déjà du Hedjaz et de La Mecque (1925). Le rêve de grand royaume arabe d’Hussein finit tristement. Ibn Séoud, roi du Hedjaz en 1927, constitua officiellement l’Arabie Séoudite en 1932 et créa une monarchie de caractère religieux, s’appuyant sur les chefs de tribus et sur la confrérie des Wahhabites. En 1933, on découvrit du pétrole à Al Hasa et les concessions de recherche furent accordées aux Américains, qui formèrent l’ARAMCO. C’était un échec pour les Anglais, mais ils conservaient Aden, le Yémen et les émirats du golfe Persique.

La Seconde Guerre mondiale et les dernières indépendances

La Seconde Guerre et les  nationalismes

La Seconde Guerre mondiale eut des répercussions  importantes sur le Moyen-Orient à cause de la position  stratégique de celui-ci, de son pétrole et du canal de mondiale  Suez. La France ayant été mise hors de combat, l’Angleterre tient à garder le Moyen-Orient, mais sa position paraît vulnérable en 1940-1941, aussi les pays arabes sont attentistes. La situation devient cruciale avec l’arrivée de Rommel et de son Afrika Korps volant au secours des Italiens défaillants en Libye. Rommel mena deux attaques en direction du canal de Suez : mars-avril 1941 et janvier-juin 1942. Beaucoup de nationalistes arabes qui supportaient mal la tutelle anglaise, souhaitaient la victoire de l’Axe. Lors de la première offensive de Rommel, Rachid Ali Ghailani, pro-allemand, s’empara du pouvoir en Irak à la suite d’un coup d’État (3 avril 1941) et rompit avec l’Angleterre. Celle-ci riposta énergiquement et installa Nouri Saïd qui respecta l’alliance et aida les Anglais. En Egypte, c’est lors de la seconde attaque que les nationalistes manifestèrent dans la rue contre les Anglais. Ces derniers imposèrent alors au roi Farouk, Nahas pacha, chef du Wafd, vieil adversaire de l’Angleterre pourtant, mais encore plus ennemi du nazisme. Après la victoire d’El Alamein, l’Égypte se calma. En Palestine, le « Livre blanc » de 1939 avait satisfait les Arabes et profondément irrité les Juifs. Devant l’holocauste, ceux-ci ne pouvaient cependant pas souhaiter la victoire de l’Allemagne. Les Arabes étaient divisés et une partie derrière le mufti de Jérusalem, Hadj al Husseini, réfugié à Berlin, désirait la victoire allemande, mais ils furent inactifs en Palestine. La période 1939-1942 y fut calme, mais à partir de 1943, quand le danger allemand fut écarté, les affrontements reprirent, surtout entre Juifs et Anglais.

L’Afrique du Nord fut également un terrain d’opérations. Les Américains débarquèrent au Maroc et en Algérie en novembre 1942 et des combats sanglants eurent lieu entre Alliés et Allemands en Tunisie. A l’occasion de la défaite et de la division des Français, le nationalisme maghrébin se durcit et se radicalisa. Au Maroc, lors de la conférence d’Anfa en 1943, le sultan Mohammed V rencontra Roosevelt. En 1944 (le 11 janvier) naissait le parti de l’Istiqlal (« Indépendance ») avec pour objectif l’indépendance, la reconstruction du pays sur la base de l’islam et une monarchie constitutionnelle autour du trône alaouite. En Algérie, Feh- rat Abbas publia en 1943 le « Manifeste du peuple algérien » avec des projets de réforme. En Tunisie, le 19 juin 1942, le nouveau bey, Moncef, très proche des nationalistes, fut déposé sous le prétexte de collaboration avec l’Axe, tandis que Bourguiba restait fidèle à sa politique de collaboration avec les Alliés.

Les indépendance

  •  À la suite de l’effondrement italien, la Libye fut prise en main par l’O.N.U. et devint effectivement indépendante en octobre 1951. Peuplée à quatre vingt- dix pour cent d’analphabètes, sa libération constituait un exemple pour les populations beaucoup plus évoluées du Maghreb.
  • À l’autre extrémité du monde islamique, l’Indonésie recevait aussi son indépendance. En 1947, c’était la partition de l’Inde et la naissance de l’État musulman e plus peuplé, le Pakistan, formé de deux parties : le Pakistan occidental et le Pakistan oriental (futur Bangladesh, né en 1971).
  • En Afrique du Nord, la marche vers les indépendances fut longue par suite de la pression des Français qui y étaient installés et de la faiblesse des gouvernements de la quatrième république.
  •  En Tunisie, la France adopta une position dure en 1945. Bourguiba tenta de constituer un front maghrébin en Orient et d’intéresser les pays du Moyen-Orient à la libération du Maghreb (1945-1949). Revenu en 1949, il maintint par sa forte personnalité la cohésion du parti qui s’appuyait sur la petite bourgeoisie des villes, surtout celles du Sahel. La force du Néo-Des- tour provenait du contact étroit qu’il entretenait avec les populations urbaines et rurales. L’autonomie interne fut accordée en 1954 par le gouvernement Men- dès-France et la Tunisie devint indépendante le 20 mars 1956. Une scission était intervenue dans le parti entre les partisans de Bourguiba majoritaires et ceux de Salah ben Youssef exigeant une indépendance radicale et une adhésion de la Tunisie au panarabisme. La république fut proclamée le 25 juin 1957.
  •  Au Maroc, le nationalisme manifesta sa fidélité à la tradition monarchique et à l’islam. En 1947, par son discours de Tanger, Mohammed V prend la tête du nationalisme entouré par la bourgeoisie, les intellectuels arabisants de l’Istiqlal d’Allal el Fasi, les intellectuels ouverts à l’Occident… Le sultan est menacé par l’alliance des forces colonialistes et des grands caïds réactionnaires des montagnes (El Glaoui, Kittani). Le complot aboutit à sa déposition le 15 août 1953 et à son remplacement par un vieillard fantoche : Moulay ben Arafa. L’agitation nationaliste grandissait tandis qu’apparaissait une insurrection armée. Le rappel de Mohammed V d’exil en 1955 fut suivi de négociations ainsi que de la proclamation de l’indépendance le 2 mars 1956.

 En Algérie, l’indépendance ne fut accordée qu’à la suite d’une dramatique et longue guerre de décolonisation. Déjà en 1945, l’insurrection de Sétif avait été impitoyablement réprimée. En 1947, une assemblée élue composée de cinquante pour cent d’Européens et de cinquante pour cent de musulmans semblait apporter la détente. L’opinion était accaparée par les événements du Maroc et de Tunisie lorsque éclata, le premier novembre 1954, l’insurrection qui partait d’un petit groupe, le « Comité révolutionnaire d’unité et d’action », issu du parti de Messali Hadj. C’est dès lors l’escalade de la violence avec l’engrenage du terrorisme et de la répression qui amène peu à peu les modérés à rejoindre les rangs du F.L.N. (Front de Libération nationale). Les opérations françaises, comme la bataille d’Alger (1957), radicalisèrent les positions, tandis qu’on se trouvait dans l’impossibilité de faire appliquer des réformes. La quatrième république tomba, à cause de son incapacité à régler le problème algérien. L’insurrection le 13 mai 1958 des partisans de l’Algérie française déclencha un mouvement  qui porta De Gaulle à la tête du gouvernement. Au G.P.R.A. (Gouvernement provisoire de la République algérienne), formé en septembre 1958, De Gaulle proposa d’abord « la paix des braves », puis « l’autodétermination » (septembre 1959). Les partisans de l’Algérie française tentèrent des coups de force : « semaine des barricades » (janvier 1960) ; « putsch des généraux » (22 avril 1961), puis passèrent au terrorisme (O.A.S. : Organisation Armée secrète). Les négociations difficiles et souvent ajournées entre la France et le G.P.R.A. aboutirent aux accords d’Évian (18 mars 1962) qui imposèrent le cessez-le-feu et donnèrent l’indépendance à l’Algérie. Les conséquences démographiques, sociales et politiques furent énormes. La majeure partie de la population européenne quitta l’Algérie en 1962.

 

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